12 Storeys

Eric Khoo passe d’une vue générale de Singapour à celle d’un groupe d’immeubles, puis à l’image plus resserrée d’un bâtiment seul et enfin à celle d’un appartement. Sa caméra pourrait être aussi bien un microscope dont il ferait tourner le barillet pour changer de degré de grossissement. Entomologiste à l’œil humaniste, le réalisateur nous donne sa vision de Singapour où coexistent de multiples ethnies : chinois, malais, indiens, philippins…

Avec ce deuxième long-métrage, Eric Khoo introduit le spectateur dans l’arrière cours de la cité-Etat, derrière l’image lisse et immaculée véhiculée par la propagande du gouvernement. Celle d’un pays modèle où ethnies et religions diverses cohabiteraient harmonieusement. 12 Storeys montre un segment de cette société, miné par l’incompréhension régnant entre ses membres.

Tôt le matin, un jeune homme logeant dans un HLM de Singapour se suicide en jetant du douzième étage. Le film s’attache à la vie de certains de ses voisins au cours des 24 heures suivantes. Un grand frère n’arrive pas à se faire respecter par son frère et sa sœur qu’il est censé chapeauter pendant l’absence des parents. Une femme originaire des Philippines ne se remet pas du choc du décès de sa mère. Une chinoise récemment arrivée du continent se refuse à son mari singapourien, qui a enjolivé sa situation sociale pour la conquérir.

12 Storeys est un film intimiste auquel le réalisateur singapourien arrive à insuffler une vraie dynamique. Le spectateur s’intéresse aux personnages, non pas par sympathie, mais parce qu’ils gagnent en complexité au fur et à mesure du déroulement du film.

Comme le grand frère - singapourien modèle et modelé par le gouvernement - qui est exaspéré par un mégot de cigarette abandonné par terre. Ses rêves matérialistes pourront faire sourire le spectateur (il aurait pu s’acheter une Mercedes s’il n’aidait pas à financer les études de sa sœur), mais il s’agit finalement du personnage le plus pathétique. Il est passé sous toutes les fourches caudines de cette société, mais le résultat obtenu au bout du chemin n’est pas à la hauteur de ses espérances. La finesse dans la description des personnages, c’est cela qui fait le prix du cinéma d’Eric Khoo.

Malgré les limites évidentes du jeu des acteurs, le film est le théâtre de scènes très intenses. Les tensions qui s’accumulaient entre les personnages débordent. Ces tensions naissent de leur incompréhension mutuelle. Elle existe même entre deux membres d’une famille à la différence d’âge pourtant minime. Mais elle n’est jamais aussi frappante que dans les deux témoignages sur le suicidé qui renvoient à une image opposée de sa personnalité.

Dans 12 storeys, Eric Khoo effleure certains sujets qu’il développera par la suite. La brève discussion entre les deux nounous des philippines regrettant de ne pas avoir vu leur enfant depuis longtemps donnera naissance à Pas un jour de congé, un des segments du film à sketches Talk to Her. Dans cette séquence, il laisse aussi percer tout le mal qu’il pense des nantis de Singapour aux comportements arrogants.

Kizushii | 25.01.2010 | Singapour

12 Storeys a été projeté dans le cadre de la rétrospective consacrée au cinéma de Singapour et de Malaisie au Centre Pompidou.

aka Shier lou | Singapour | 1997 | Un film d’Eric Khoo | Avec Chuang Yi Fong, Jack Neo, Koh Boon Pin, Lucilla Teoh
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