39 -Keihô Dai Sanjûkyu Jô-

L’article 39 du code pénal japonais stipule que toute personne ne possédant pas ses pleines facultés mentales ne peut être jugée devant une cour, quelque soit l’infraction commise...

Un double assassinat est commis. Osamu Hatada et sa femme Megumi, enceinte de cinq mois, en sont les victimes. Sur le lieux du crime, un ticket de théâtre est retrouvé. La police ne perd pas de temps et arrête un suspect, Masaki Shibata, comédien de son état. L’homme n’oppose aucune résistance et avoue le crime. Placé en détention, il est confronté au professeur Fujishiro, un psychiatre, et à son assistante Kafka ( !) Ogawa. En plein entretien, Shibata, alors très calme, se met à trembler de tout son corps puis attrape soudainement Ogawa par le cou en tentant de l’étrangler... Le jour du procès est arrivé. Shibata ne nie rien et explique le motif de son meurtre ; Megumi Hatada aurait interrompu sa prestation lors d’une représentation. Avant la délibération, le juge demande à l’accusé s’il à quelque chose à ajouter. Ce dernier se lève et se met à réciter à toute vitesse un passage d’Hamlet. Shibata est envoyé en hôpital psychiatrique... Le professeur Fujishiro parvient à la conclusion que le sujet est atteint de schizophrénie et qu’il n’est pas apte à être jugé. Ogawa quant à elle, est persuadée qu’il n’en est rien et que les passés de Shibata et Osamu Hatada sont intimement liés...

Yoshimitsu Morita est sans conteste l’un des réalisateurs japonais les plus éclectiques (bon ok, super loin derrière qui vous savez !) et également l’un des rares à être reconnu par le grand public ainsi que par la critique. Il était donc tout naturel qu’il s’attaque un jour au thriller psychologique. Avec Keihô Dai 39 Jô, il nous livre un film qui slalome allègrement entre l’expérimentation visuelle quasi-expérimentale et une mise en scène d’un classicisme presque audacieux aujourd’hui, dont la structure ne nous laisse à aucun moment imaginer le dénouement final.

Traiter un sujet tel que celui de Keihô... est un exercice plutôt périlleux pour n’importe quel réalisateur, le risque d’en faire un pamphlet prônant l’auto-justice étant latent. Oui mais c’est sans compter sur le talent de Morita, qui à l’instar d’un Arthur Penn et de son excellent The Chase (La Poursuite Impitoyable /1965) parvient donc à éviter brillamment le hors-sujet... Il y a néanmoins un problème avec ce film ; difficile d’en parler réellement sans en dévoiler les tenants et aboutissants... Bref, Yoshimitsu Morita est un habitué de la critique - ou de l’étude c’est selon - de la société nippone, cachée derrière un film aux allures de simple divertissement, de l’incommensurable Kazoku Gêmu [1] à Shitsurakuen en passant par Sorobanzuku, Bakayarô ! ou encore (Haru).

Keihô... est une sorte de puzzle ; un étrange puzzle qui une fois achevé représenterait un damier, soit une certaine simplicité cachée derrière une apparence insurmontable. Pourquoi ? Comment ? Qui ? De quelle manière ?... autant de questions qui paraissent bien trop simples à élucider dès le début du film. Puis, au fur et à mesure que l’intrigue progresse, certains éléments semblent ne plus vouloir rien signifier, pour finalement - peut-être - devenir d’une vive clarté... Soudain, la découverte d’un fait horrible dans le passé de Shibata, relevant tout simplement de l’inconcevable, vient bousculer toutes les théories alors construites... à moins qu’il ne les parachève...

Morita s’est entouré d’un casting de choix ; dans le rôle d’Ogawa, on retrouve Kyoka Suzuki, vue notamment dans 119 (Naoto Takenaka /1994), Rajio no Jikan (Koki Mitani /1997), Bullet Ballet (Shinya Tsukamoto /1998) ou encore Satorare (Katsuyuki Motohiro /2001), sans compter le grand nombre de dorama dans lequels elle a (et continue de) joué(er). A ses côtés, l’excellent Shinichi Tsutsumi dans le difficile rôle de Shibata, acteur fétiche et ami de Sabu - donc un peu notre ami aussi finalement ! - puisqu’il a couru pour lui pendant tout un film (Dangan Runner /1996), distribué du courrier (Postman Blues /1997), été le plus malchanceux des hommes (Unlucky Monkey /1998), ou encore un salary-man dont toute la vie bascule à cause d’un verre de trop (Monday /2000), et tout récemment, salary-man enlevé par des malfrats (Drive /2002)... hormis les films de son alter-ego, Tsutsumi est un grand comédien de théâtre, quant au grand public nippon, il peut se délecter de ses apparitions sur le petit écran dans des dorama, comme par exemple l’excellent Koi no Chikara diffusé en début d’année. Gravitent tout autour d’eux Ittoku Kishibe (Sonno Otoko Kyobo Ni Tsuki - Violent Cop, Samehada Otoko to Momojiri Onna, Kao,...) ou encore Kirin Kiki (Zingeunerweizen, Pistol Opera... tiens, deux chef-d’œuvres de Suzuki !) qui dans la vie n’est autre que Madame Yûya Uchida [2], ou si vous préférez, la belle-mère de Masahiro Motoki (Gonin, Gemini)... hum ! Intéressant n’est-ce pas ?!

Film maîtrisé de bout en bout, tant sur le fond que la forme (le travail sur le son est tout bonnement fan-tas-tique !), Keihô... est une œuvre à part qui ne laissera personne indifférent, et peut être largement considéré comme une nouvelle réussite dans la carrière de son metteur en scène.

Kuro | 11.09.2002 | Japon

DVD (pas vu) | Bandai Visual | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Son : Dolby Surround | Suppléments : Le trailer et une interview de Morita. | Le DVD ne comporte pas de sous-titres.

VHS (Japon) | Shochiku Home Video | NTSC | Format respecté - Dolby Surround.

[1Cf. article Kazoku Gêmu.

[2Cf. article Jukkai no Mosukîto.

aka 39 - Keihou | Japon | 1999 | Un film de Yoshimitsu Morita | Avec Kyoka Suzuki, Shinichi Tsutsumi, Ittoku Kishibe, Kirin Kiki, Hideko Yoshida, Mirai Yamamoto, Toru Emori, Naoki Sugiura
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