A-1

Elaine Ling (Angelica Lee) est journaliste de mode pour le quotidien hongkongais Citizen Daily. Adepte des gagdgets high-tech, Ling se ruine en portables et autres lecteurs mp3 ; aussi est-elle endettée bien au-delà du raisonnable. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir donner sa démission : la jeune femme supporte mal l’idée de continuer à travailler dans le même bureau que Peter, qu’elle vient de larguer. Lequel Peter, journaliste perpétuellement en quête de « breaking news », décède dans un accident de voiture, ivre mort... Ling est bouleversée ; lorsqu’elle rentre chez elle et que l’y attendent Fei (Anthony Wong) et Ma (Eric Kot), deux hommes au service de ses créanciers, elle les agresse et mord Fei au bras. A tel point que ce sont les gangsters qui appellent la police pour porter plainte ! Pourtant on voit bien que quelque chose chez la jeune femme touche Fei, ex-policier mis au rebut à cause de ses dettes envers les triades, ex-mari délaissé par sa femme, et globalement ex-vivant... Lorsque, le lendemain, Fei et Ma se proposent d’accompagner Ling rendre un dernier hommage à Peter sur le lieu de sa mort, Fei lâche une véritable bombe : il a l’impression que le décès du reporter n’est pas un accident, mais un meurtre. Le doute s’empare de Ling : sur quoi enquêtait son ex au moment de sa mort ? Que recherche Tsang, le rédacteur en chef du Citizen Daily, dans les effets de la « victime » ? Est-ce que tout cela pourrait avoir un lien avec l’apparent suicide d’un top model quelques temps auparavant ? Ling, assistée de son collègue photographe Kevin (Edison Chen) et de Fei, décide de mener l’enquête, afin de faire éclater la vérité au grand jour...

Quête d’une vérité certes, mais d’une vérité pour qui - et surtout pourquoi ? Toute l’intrigue de A-1, film inhabituellement ambitieux pour un Gordon Chan qui délaisse ses films d’action inhabituels, part non pas d’un besoin de vérité mais d’une envie - celle du personnage de Fei - de créer l’action plutôt que de rester à l’attendre. Il s’agit, à partir d’une intuition qui est héritée d’un mode de vie perdu - la vie « antérieure » de Fei en tant que membre des forces de l’ordre - non pas tant de mettre le doigt sur une vérité ou un mensonge, que de retrouver une force de vie dans une série de morts qui, accidentelles ou non, apparaissent tout de même reliées. Cette impulsion naît autant d’un réflexe de l’ex-détective, que de l’étincelle qu’il entrevoit dans le personnage de Ling. Et s’il pouvait retrouver la force d’aller de l’avant en l’assistant dans une quête qu’il a lui même provoquée ? A partir de ce postulat, le moteur narratif de A-1 se justifie paradoxalement par son absence : il ne s’agit non pas de résoudre un meurtre qui pourrait avoir eu lieu, mais de dépeindre une histoire d’amour en creux - et, au passage, de s’attarder sur le pouvoir des médias de masse, dans la fabrication d’une objectivité.

A-1 est du coup forcément un film complexe, qui demande des propres mots des réalisateurs, beaucoup de patience au spectateur. Il s’agit d’accepter de suivre cette intrigue lente, basée sur les personnages et non sur l’action, qui pose avant tout la question de la responsabilité des médias : un journal doit-il se faire le reflet des soupçons d’une journaliste, non pas pour dire la vérité, mais simplement la provoquer ? Les nuances de ce genre sont nombreuses dans A-1, ainsi que le précise Fei à Ling lorsqu’il expose la différence, purement syntaxique, entre une accusation et une supposition. Car le film ne joue jamais le jeu d’une accusation franche, contrairement à ce que recherche son héroïne, idéaliste naïve : Gordon Chan et Rico Chung ne tracent pas un trait entre la vérité et le mensonge, mais nuancent les deux de nombreuses considérations, politiques et humaines.

Le chemin parcouru par A-1 pourra donc paraître inutilement tortueux ; il se fait simplement le reflet du cheminement d’une réflexion, sur le besoin de Fei de renouer avec la vie au travers de sa participation à une enquête, fût-elle imaginaire. Anthony Wong y est, comme d’habitude, splendide de retenue maladroite, à la fois irritant et touchant, tandis qu’Angelica Lee - en plus d’être l’une des femmes les plus belles à avoir traversé nos écrans - y confirme son immense talent d’actrice. La réalisation de Chan et Chung se prête parfaitement au récit, dans une volonté de retranscription de la réalité - et donc de la vérité -, elle même reflet de la difficulté d’aboutir à un discours objectif lorsque l’on choisit un point de vue narratif. A-1 n’est pas une réussite à 100%, car il est certainement trop ambitieux dans sa volonté de travestir une quête existentielle en film policier et hésite parfois entre les deux approches. Il est néanmoins un film précieux et intelligent, qui traduit bien la perpétuelle quête de renouveau d’un cinéma hongkongais toujours plus riche et varié.

Akatomy | 7.04.2005 | Hong Kong

A-1 est disponible en DVD HK, copie anamorphique à la compression hésitante et sous-titres anglais optionnels. Fait sufisamment rare pour être apprécié, les interviews des réalisateurs et d’Anthony Wong - étonnantes de franchise par rapport à l’échec commercial du film à Hong Kong - sont elles aussi sous-titrées en anglais, et constituent une lettre d’intention rétroactive, essentielle à l’appréciation du projet.

aka A-1 : Headline | Hong Kong | 2004 | Un film de Gordon Chan Car-Seung & Rico Chung Kai Cheong | Avec Angelica Lee Sum-Kit (Sin Je, Sinje Li), Anthony Wong Chau-Sang, Edison Chen Koon Hei, Eric Kot Man-Fai, Gordon Lam Ka-Tung, Tony Leung Ka-Fai, Dante Lam Chiu-Yin, Cara Chan
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