A Bonanza

Réalisé au début des années 60, A Bonanza vient juste après l’énorme succès populaire de Sunny Fields. Sans tourner le dos à sa recette éprouvée du subtil mélange des genres, Chung Chang-wha souhaite ici refléter son époque et les difficiles conditions de vie de son peuple à l’orée des années 60, au travers d’un sujet contemporain. Portait sociologique de la Corée populaire et mélodrame familial, situé à Pusan, ville côtière et portuaire de la Corée du sud, A Bonanza raconte la vie de Woong-chil, chercheur d’or parti dans les montagnes après avoir abandonné sa famille, et les conséquences de son départ.

Le film débute par le retour en ville de Woong-chil qui, après plus de vingt ans d’absence, cherche à retrouver sa fille et le fils de son compagnon de route, mort dans les montagnes. Il est rentré avec une fortune qu’il a finit par trouver à force de persévérance. A la faveur de flashbacks, Woong-chil, ayant échoué dans une échoppe, cherche à se souvenir de ce qui l’a mené jusque là.

Chung nous décrit le personnage sans le juger et entreprend de nous raconter les raisons de son départ. On apprend alors que, trop pauvre et sans travail, son premier amour l’a quitté pour un homme plus fortuné. Il a ensuite épousé une femme pauvre mais travailleuse, ramassant du charbon sur la voie ferrée. Ayant rencontré un compagnon de fortune qui l’a convaincu de l’accompagner chercher de l’or, il quitte sa femme alors qu’elle doit accoucher de sa fille et part plusieurs années tenter sa chance. Sa femme qui élève seule sa fille, meurt accidentellement écrasée par un train lors d’un scène fort émouvante, évoquant le néoréalisme italien des année 50. Retournant chez lui, il apprendra sa mort tragique et décidera de recueillir sa fille pour l’emmener avec lui sur les pentes escarpées des montagnes. Incapable de s’occuper de l’enfant il sera tenté de la tuer mais gardant sa part d’humanisme, il l’abandonnera finalement en la laissant attachée à un arbre. Cette première partie est l’occasion pour Chung de montrer ses préoccupations sociales et de décrire la rude vie coréenne de l’époque et l’avidité de l’homme. Il filme avec émotion l’abandon d’une famille par son père, nous questionnant sur la fuite des responsabilités de l’homme coréen.

Si le mélodrame familial domine la première partie, Chung y introduit vite des éléments propres à dynamiser son récit. Sa fille est devenue une pickpocket agissant pour le compte d’un gangster local et le fils de son compagnon de fortune, Park Chong-il est devenu un marin bourru rejeté par sa mère. Les deux personnages se croiseront au hasard d’une ruelle sombre alors que la fille, Yeoung-ok, essaye d’attirer le marin pour le détrousser. D’une relation conflictuelle naîtra une attirance allant crescendo entre les deux jeunes, tous deux orphelins de père. Chung introduisant du romantisme, en vogue dans les films de jeunesse de l’époque, en favorisant une histoire d’amour entre les deux marginaux.

Woong-chil qui est désormais un homme riche, cherche à retrouver Par Chong-il, afin d’honorer les dernières volontés de son compagnon de route et ainsi partager sa fortune avec le fils. Chung s’attache à montrer l’hypocrisie de la société qui flatte le nouveau riche, attitrant à lui toute sorte d’escrocs. L’une des scènes proprement comique montre une salle d’attente de l’hôtel où réside Woong-chil, remplie de personnages hauts en couleurs se réclamant de sa famille ou voulant apporter leur services au vieux Woong-chil. Celui-ci se prête innocemment à la presse et raconte son histoire, ce qui ne manque pas d’attirer l’oeil du gangster local et protecteur de sa fille. Chung, à l’image de Kurosawa 10 ans plus tôt dans Scandale, anticipe déjà les risques d’une médiatisation naissante. Le film prend alors la tournure d’un polar, prétexte à une descente dans les bas fonds nocturne de la pègre. L’emprunt au style film noir hollywoodien des années 40 donne une autre facette du talent de Chung Chang-wha, éternel expérimentateur. Il joue merveilleusement bien des atmosphères nocturnes de ruelles et son cadrage renforce l’expressionnisme de certaines scènes. Le gunfight final dans les montagnes rappelant les vieux Bogart de High Sierra ou du Trésor de la Sierra Madre.

Chung sert ici parfaitement un scénario riche et ambitieux à partir d’un montage concis. On regrette néanmoins le sentimentalisme de certaines scènes et une fin hollywoodienne flairant l’optimisme naïf, et qui s’écarte nettement des ambitions sociales initiales. Le mélange des genres, parfaitement opéré ne nuit pas à la cohérence de l’ensemble, même si souvent chez Chung Chan-wha il y a un petit goût d’inachevé, signe de son expérimentation constante avec les techniques narratives et le montage. A Bonanza apporte un éclairage intéressant sur le cinéma coréen populaire des années 60.

Dimitri Ianni | 24.07.2004 | Corée du Sud

A Bonanza a été diffusé au Forum des Images (Paris), dans le cadre d’une rétrospective Chung Chang-Wah qui s’est tenue du 2 au 11 juillet 2004.

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