A Colt Is My Passport

Ne pas raconter le dénouement ou les moments clés d’un film est l’une des règles cardinales de la critique, même si elle est parfois violée. La briser serait d’autant plus sacrilège que l’effet de surprise est au cœur de ce film. Je ne vous dévoilerai donc pas le final de A Colt Is My Passport, qui est l’acmé du film. 

Shuji Kamimura, tueur à gage interprété par Jo Shishido, est recruté par l’oyabun [1] d’un clan yakuza pour dessouder celui d’un autre gang qui a eu le toupet de prendre sa place pour signer un partenariat avec une organisation mafieuse étrangère. Il exécute son contrat, mais les subalternes de sa victime l’empêchent de quitter le Japon par avion avec son complice, comme leur plan le prévoyait. Le commanditaire leur trouve une planque près du port de Yokohama, en attendant qu’un bateau puisse les emmener à l’étranger. Traqué par les sbires du chef de gang assassiné, ils sont aussi lâchés par le commanditaire. Il n’avait que peu goûté leurs méthodes et s’est réconcilié avec le clan opposé. Le sicaire se trouve pris au piège, mais il a l’intention de vendre chèrement sa peau.
 
Ne pas entrer en action là et quand on l’attend est l’une des qualités demandées à un tueur à gage : l’effet de surprise est sa meilleure arme. La première partie du film montre que mesuré à cette aune, Shuji Kamimura est un assassin hors pair. Les premières minutes du film montrent Jo Shishido et un des lieutenants de son client prendre la cible en filature pour préparer son exécution. A l’heure où le contrat doit être exécuté, la caméra revient sur les principaux endroits présentés en ouverture, mais ils sont déserts. Le tueur a décidé d’un tout autre endroit pour exécuter sa besogne à la plus grande surprise de son client. Et des surprises, Shuji Kamimura leur en réserve d’autres...
 
Un vernis de réalisme contribue au charme du film. Désormais rejeté par le monde des gangsters, Joe Shishido trouve dans celui des bateliers, eux-mêmes discriminés, des alliés de circonstance. Débarrassé de son costume occidental sombre pour être habillé d’un duster [2], Jo Shishido, devenu desperado, ne dépareillerait pas dans un film de Sergio Sollima, Sergio Corbucci...

A commencer par le titre, A Colt Is My Passport se place sous le signe du western. Ce genre n’est pas étranger à la Nikkatsu qui devait faire preuve d’imagination pour alimenter son réseau de salles. Juste retour des choses après les emprunts de Sergio Leone au cinéma japonais, le réalisateur puise son inspiration dans les westerns spaghetti, musique moriconnesque en tête.

Interviewé par Marc Shilling pour son livre No Borders, No Limits : The World Of Nikkatsu Action, Jo Shishido a déclaré qu’il s’agissait de l’un de ses films préférés parmi les 170 qu’il a tournés pour la Nikkatsu, car il s’agissait de l’un de ses premiers rôles principaux.

A Colt Is My Passport a été projeté lors du 33ème Festival des 3 Continents à Nantes, dans le cadre de l’hommage rendu au studio Nikkatsu qui fête ses 100 ans. Il est disponible dans le coffret Criterion Eclipse Series 17 : Nikkatsu Noir.

[1Chef d’un clan yakuza.

[2Manteau de cocher permettant de se protéger de la poussière (dust).

aka 拳銃は俺のパスポート | Japon| 1967 | Un film de Takashi Nomura | Avec Jo Shishido, Chitose Kobayashi, Jerry Fujio, Ryōtarō Sugi
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