A Perfect Getaway

Fraîchement mariés, Cliff et Cydney embarquent pour Hawaï, dans l’idée de rejoindre l’une de ses plages secrètes pour consommer leur union. Lui est scénariste, sur la pente ascendante, tandis qu’elle paraît bien niaise, rose à ongles, pipe facile et rêves de famille surnuméraire. Sur place, ils croisent un groupe de jeunes femmes, alertées par la découverte sur une île voisine, des corps d’un homme et d’une femme, convolant eux aussi en noces, brutalement assassinés. Et la rumeur voudrait que leurs assassins, en couple, se soient réfugiés dans la densité végétale de Kauai ... Se pourrait-il que les criminels soient Kale et K.C., éconduits par nos héros quelque temps auparavant en autostop, ou Nick, vétéran à tendance Rambo mythomane, et sa charmante compagne Gina, avec qui Nick et Cydney tentent d’atteindre leur précieuse destination ?

Quelques années lumières séparent probablement la surface de Helion Prime, foulée par Richard B. Riddick, et les plages de l’archipel hawaïen – bien que certaines formations rocheuses de Kauai paraissent d’un autre monde. Pourtant David Twohy s’y promène avec la même aisance, le temps d’une escapade bien nommée, où la vanité réfléchie construit une liberté virtuose, à même de transformer une série B plan plan en film-plaisir jouissif, généreux et égocentrique à la fois.

Pourtant dans sa première heure, A Perfect Getaway est quelque peu déstabilisant, avec sa propension à énoncer, au travers d’un Nick cinéphile qui se gausse de la gloire anticipée de Clif, les ressorts de la cinématographie du suspense qu’il déploie. Du journal écrasé, qui annonce au spectateur la menace qui pèse sur nos héros, aux trop évidents coupables incarnés par Kale et K.C., Twohy s’amuse avec les poncifs du survival en végétation luxuriante et isolée, ses fausses pistes et ses jolies minettes. Au point presque, de désintéresser ; de la bouche de Cydney, pourquoi de parfaits étrangers partageraient-ils d’intimes traumatismes, ou des exploits et autres anecdotes – Sadam Hussein et sa passion sexuelle pour les héros de comics, aquatiques et francisants – classifiés top secret ? Twohy se promène, comme ses protagonistes, le long d’un sentier narratif fait de dénivelés, regarde le paysage et la beauté de ses héroïnes, cumule les potentiels sans en exploiter aucun. Un petit branleur somme toute.

Seulement voilà ; David Twohy a prévu un twist au poil, qui intervient, fort explicitement et avec une amorce des split screens sous acide à venir, bien avant la fin du métrage. La réalité, maline, éclate au grand jour et l’on se plait à se dire qu’on ne s’y attendait pas, tout en rejetant avec un énervement certain les pistes et informations inutiles que le scénariste s’est amusé à jeter au vent. A trop vouloir balancer le bébé avec l’eau du bain, on passerait presque à côté de l’évidence : aucun détail, si vain et futile soit-il, n’est pourtant gratuit dans A Perfect Getaway. Son auteur-réalisateur, dans l’attente du troisième opus de sa saga spatiale au gazole, s’est simplement construit un véritable espace de liberté cinématographique, puzzle consciencieux d’auto-satisfaction narrative.

De la parabole du scorpion piégé dans une bouteille d’alcool au choix des mots de Cliff lorsqu’il contemple avec dédain la photo de mariage de Kale et K.C. – « suitable for framing », les anglophones apprécieront –, en passant par la supposée plaque de métal qui consolide le crâne de Nick, chaque détail trouve sa place dans un dernier acte virtuose, dans lequel Twohy transcende les écrans partagés (l’écran divisé en 4, les translations verticales de l’image pendant une poursuite à pieds), les ralentis hérités des Chroniques de Riddick, et donne une nouvelle pertinence à l’exercice de la narration rétroactive. Car le twist dans A Perfect Getaway, n’est pas un but en soi, sinon l’un des éléments nécessaires à la construction de ce petit défouloir, sauvage et presque expérimental, d’une quinzaine de minutes, à même de justifier la vision du film et le plaisir qui lui survit. Et je ne dis pas ça simplement par ce que je suis un fan, hardcore et déraisonnable, de Milla Jovovich [1] : il y a un plaisir énorme à se faire promener ainsi, de la vanité à la pertinence stylistique, dans un même élan purement onaniste.

Akatomy | 3.05.2010 | Hors-Asie

A Perfect Getaway est disponible, en France comme ailleurs, en DVD, voire mieux.

[1] Et si mes articles sur Resident Evil et sa suite ne vous suffisent pas, attendez que je défende, un jour prochain, Ultraviolet...

aka Escapade Fatale | USA | 2009 | Un film de David Twohy | Avec Milla Jovovich, Steve Zahn, Timothy Olyphant, Kiele Sanchez, Chris Hemsworth, Katie Chonacas
Justice
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