A Snake of June

Rinko (Asuka Kurosawa) travaille en tant qu’assistante sociale. Toute la journée, elle répond aux appels de personnes en détresse - certaines au bord du suicide. D’une voix douce et tranquille, Rinko parvient à les convaincre de trouver une raison d’aller de l’avant, en faisant ce qu’ils ont envie de faire, quoique ce soit. Son mari Shigehiko (Yuji Kohtari) est un salaryman obsédé par la propreté : sitôt rentré chez lui, il s’acharne sur l’évier, la baignoire, un syphon - n’importe quelle surface dont il est susceptible d’optimiser l’éclat et la pureté. Entre Rinko et Shigehiko, la communication semble restreinte à un minimum poli, dans lequel on détecte certes un fond amoureux, mais dont le "contact" - à tous niveaux - est parfaitement absent. Les deux époux dorment d’ailleurs séparément : Rinko dans une chambre, Shigehiko sur un fauteuil dans le salon.
Un jour, Rinko reçoit une enveloppe, censée contenir les "secrets de son mari". A l’intérieur, des photos... d’elle-même en train de se masturber dans le domicile du couple. Un autre jour, d’autres photos : Rinko en train de découper des vêtements pour se fabriquer une jupe moulante très, très courte. Au fond d’une enveloppe, un téléphone - qui sonne. Au bout du fil, Iguchi (Shinya Tsukamoto) - un de ces malheureux à qui Rinko a donné l’envie de continuer à vivre. Mais pourquoi donner de bons conseils aux autres si on n’est pas capable de les appliquer soi-même ? C’est ce qu’aimerait savoir l’interlocuteur / photographe de Rinko : n’a-t-elle pas envie de se promener vétue d’une jupe courte devant tout le monde ? N’a-t-elle pas des désirs sexuels refoulés ? Afin de récupérer les négatifs des photos, Rinko accepte de se préter à un jeu de piste organisé par téléphone par son persécuteur. Un jeu au cours duquel elle devra notamment accepter de garder un vibromasseur entre les cuisses, télécommandé à distance par Iguchi...

Allez savoir pourquoi, depuis le temps que j’essaye d’écrire des articles sur les films que je vois, j’ai toujours autant de mal à écrire sur les films de Sieur Tsukamoto. Je me souviens encore de ma première expérience en salle devant Tetsuo, il y a presque dix ans de cela, qui nous avaient laissés ma mère et moi dans un état de choc profond. Depuis, à chaque film une nouvelle claque - le sommet ayant été atteint avec Tokyo Fist, film "coup de poing" (désolé pour le mauvais jeu de mots) par excellence.
Comment en effet décrire des films qui constituent avant toute chose des expériences sensorielles ? Des amalgames de teintes, de formes, de mouvements et de sonorités qui m’ont toujours touché de façon permanente sans que je sois capable de façon explicite, d’expliquer pourquoi. Pourtant, depuis Gemini, l’univers de Tsukamoto devient plus abordable, la narration et son objectif plus clairs, plus mûrs. Avec A Snake of June, Shinya Tsukamoto franchit un nouveau pas dans sa carrière de réalisateur, optimisant l’impact de sa mise en scène au service d’une histoire plus orientée sur l’homme biologique que sur l’homme-machine, sur sa survie en société plus que sur une destruction mutuelle inévitable, provoquée par son prochain, par l’environnement ou la société.

Et pourtant A Snake of June partage avec Tokyo Fist une méthode et un fond communs : un intervenant extérieur pour rétablir le dialogue dans un couple, la boxe et le piercing étant ici remplacés par une libération sexuelle exacerbée. Mais c’est justement ce "médiateur" qui fait toute la différence : la répression de la violence - produit social, des autres - est remplacée par la répression sexuelle - produit humain, de soi. Le dialogue ne passe plus par un affrontement de l’autre mais par un affontement personnel, en marge de la société. Rinko et Shigehiko sont d’ailleurs parfaitement intégrés dans leurs milieux respectifs, et ne semblent pas souffrir tant que Iguchi ne met pas le doigt sur les désirs de Rinko. A Snake of June va donc à la fois plus et moins loin que Tokyo Fist en restreignant son discours. Moins loin dans le sens où la société est laissée de côté. Plus loin dans le sens où le travail de Rinko est justement beaucoup plus "personnel", solitaire.

Sur le plan de la réalisation, Tsukamoto est de plus en plus doué, il n’y a pas de doute. La visualisation des photos qui ressemblent à des films dans le film, en "stop-motion". Les scènes de libération "forcée" de Rinko, filmées comme autant de traumatismes violents, avec une caméra à l’épaule instable, tremblante. L’intervention d’un univers effrayant, très courte, qui reprend les mouvements mécaniques des débuts du réalisateur. L’intégration subtile de la maladie dans la narration et la mise en scène. Enfin, cette vision phénoménale de Rinko vivant l’explosion de son désir/plaisir, nue sous la pluie, sous l’assaut des flashs d’Iguchi, tandis que son mari contemple la scène, partageant avec Rinko un plaisir solitaire qui annonce le retour d’un dialogue sexuel.

A l’écran, Asuka Kurosawa se dévoile de façon saisissante. Son jeu est très intense, et elle donne à l’évolution de son personnage une force absolument incroyable, jouant parfaitement la transformation intellectuelle / bestiale de Rinko devant l’objectif parfois si agressif de Tsukamoto. On prend plaisir aux nombreux caméos du films, de Tomorowo Taguchi à l’inévitable Susumu Terajima.
D’une certaine façon, si l’on devait comparer A Snake of June à un film existant sur le sujet du couple et de l’importance des relations sexuelles, ce serait sans doute à Eyes Wide Shut. Cet académisme pernicieux en moins (tout aussi passionnant), Tsukamoto plongeant toujours jusqu’au fond de son sujet, avec une assurance en opposition totale avec sa timidité maladive face à ses spectateurs.

A Snake of June sortira prochaînement dans les salles françaises.

aka Rokugatsu no Hebi | Japon | 2002 | Un film de Shinya Tsukamoto | Avec Asuka Kurosawa, Yuji Kohtari, Shinya Tsukamoto, Mansaku Fuwa, Susumu Terajima, Tomorowo Taguchi
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