A Wicked Woman

Dans les rues du Tokyo du début de l’ère Meiji (1870), des policiers tentent de rattraper une femme en fuite. Celle-ci néanmoins parvient à leur échapper en grimpant dans un pousse-pousse. Alors qu’elle avait demandé au "chauffeur" de l’emmener à Atagoshita, O-Den (Katsuko Wakasugi) ne tarde pas à se rendre compte que l’homme ne l’emmène pas dans la bonne direction. Lorsqu’il s’arrête enfin, la fuyarde découvre que celui-ci n’est autre que Jinjuro, son premier mari qu’elle a abandonné avec sa fille O-Mitsu. Ce dernier était un samurai reconnu et honnêtement rémunéré, mais a dépensé tous ses revenus au jeu, en alcool et en femmes. Aujourd’hui il demande à O-Den qui s’est remariée, de lui donner de l’argent pour subvenir aux besoins de sa fille. O-Den accepte ; elle aimerait revoir cette enfant qu’elle a pourtant abandonnée, mais Jinjuro repart en refusant.
Revenue à Tokyo, O-Den pénètre dans une joaillerie et y dérobe un diamant. Les commerçants ne sont pas dupes mais une fouille au corps ne donne rien. Namikawa, policier appelé pour résoudre l’affaire, prend alors la défense de cette femme, que le patron du magasin (Tetsuro Tanba) n’a pas hésité à faire déshabiller par sa servante... jusqu’au moment où la raccompagnant près de chez elle, il se rend compte que la pierre volée a été dissimulée dans son ombrelle. Namikawa veut arrêter la criminelle, mais O-Den parvient à le séduire, et à faire de lui son amant.
Quand elle n’est pas en train d’accomplir quelque fourberie, O-Den s’occupe de son second mari, atteint de tuberculose. Ce dernier sait que sa femme le trompe régulièrement, mais O-Den continue de lui asséner mensonge sur mensonge. Ichizo, l’un des employés de la joaillerie n’est pas dupe non plus, et ramène O-Den à son patron. Ce dernier s’avère être un truand, vivant notamment de traite de femmes. Il propose à notre "héroïne" de s’associer avec lui ; O-Den devient de plus son amante...

Il y avait longtemps que je ne m’étais pas replongé dans le merveilleux cinéma, injustement méconnu, de Nobuo Nakagawa. Aujourd’hui toutefois, ce n’est pas à l’occasion d’un film d’épouvante que nous renouons avec le réalisateur, mais avec un redoutable film noir en costumes.
A Wicked Woman en effet, est le portrait attachant et déroutant, d’O-Den, femme fatale à la malignité maladive. Je dis bien portrait, car le personnage éponyme est à la fois le protagoniste et le sujet du film, son histoire [1]. Il n’y a pas d’enquête à proprement parler pour rythmer le film : le spectateur assiste simplement aux larcins d’O-Den et à l’implication inévitable des hommes qu’elle croise et qui tombent sous son emprise.
Nakagawa dépeint cette femme avec beaucoup de justesse, sans jamais tenter d’en faire une femme perfide, calculatrice. O-Den est malade, impulsive. Elle cumule les amants par accident, comme seul moyen d’échapper à la prison ou à la vengeance d’un truand. Avec ce même détachement, Nakagawa s’intéresse à la toile de mensonge et de violence qui se tisse autour de son personnage, et notamment à l’évolution du personnage du policier, Namikawa. Chaque personnage par ailleurs est juste, parfaitement dessiné sans jamais verser dans la caricature. Et surtout, chacun de ces "satellites" d’O-Den, s’avère souvent être plus mauvais qu’elle, car justement calculateur. On pense notamment à l’épouvantable Jinjuro, et au sort qu’il réserve à la petite O-Mitsu - seul espoir de rédemption d’O-Den.

Comme toujours dans les films de Nakagawa, la "cinématographie" est exploitée à son maximum. Les décors en studio sont superbes, et le réalisateur soigne ses cadrages pour tirer le meilleur parti du format plein-cadre (je pense notamment à l’utilisation des miroirs et des fenêtres dans la mise en scène, comme pour ce plan où l’on peut voir à la fois O-Den à l’extérieur de la maison, et son mari malade à l’intérieur depuis une ouverture dans le toit). Le jeu des acteurs comme la mise en scène, est très moderne et tous sont excellents ; notamment Testuro Tanba, que le réalisateur retrouve peu de temps après The Ghosts of Kasane Swamp, et bien entendu la superbe Katsuko Wakasugi, elle aussi à l’affiche du film sus cité, que l’on reverra par ailleurs l’année suivante dans Tokaido-Yotsuyakaidan.

Autant d’éléments qui, couplés à l’intelligence de Nakagawa de ne juger aucun de ses personnages, et de se contenter de les accompagner dans le récit de leur chute parfaitement humaine, font de A Wicked Woman un chef-d’oeuvre de plus à l’actif du réalisateur de Jigoku.

Akatomy | 12.08.2003 | Japon

Comme la plupart des Nobuo Nakagawa, A Wicked Woman est disponible en DVD zone 2 NTSC nippon chez Beam Entertainment.
La copie utilisée est un peu abimée et un léger souffle hante la bande-son, mais l’ensemble est plus que bon pour un film de cette époque ! D’autant que, comme pour les autres titres de la collection lancée par l’éditeur, le film est sous-titré en anglais.

[1Le personnage d’O-Den a réellement existé : il s’agit de O-Den Takahashi, la dernière criminelle a avoir été décapitée au Japon.

aka Dokufu Takahashi Oden - Poisonous Woman Takahashi O-Den | Japon | 1958 | Un film de Nobuo Nakagawa | Avec Katsuko Wakasugi (Kazuko Wakasugi), Juzaburo Akechi, Tetsuro Tanba (Testuro Tamba), Akira Nakamura, Gen Funabashi, Asao Matsumoto, Shin Shibata, Fumiko Miyata
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