Ah ! Ikkenya Puroresu

Ray Rougeau über alles !!

Shishiou, catcheur le plus populaire du groupe Zero, vient d’acquérir une somptueuse villa ; afin de fêter dignement l’évènement, il organise une gigantesque garden party à laquelle il convie ses amis et compagnons de ring... mais la fête tourne rapidement au vinaigre ; Ichijou, éternel rival de Shishiou, s’y invite et provoque ce dernier. Une bagarre générale éclate, jusqu’à sombrer dans le chaos le plus apocalyptique, dont le point d’orgue est l’explosion de la maison. La jeune épouse de Shishiou, gravement blessée, contracte une étrange maladie suite à ses nombreuses brûlures... C’est alors qu’un vil producteur de télévision propose à Shishiou de gagner une somme d’argent pharamineuse si celui-ci accepte de participer à un nouveau concept télévisuel ; ce dernier se voit contraint d’accepter, afin de pouvoir payer les soins nécessaires à la guérison de sa femme...

... si d’ordinaire SOD (Soft on Demand) rime plutôt avec bukkake et autres (ré)jouissances à caractère pornographique, Ah ! Ikkenya Puroresu marque une nouvelle ère au sein de la société de production indépendante d’AV la plus tentaculaire du Japon [1], en sa qualité de produit non classé X distribué en salles... et il faut bien avouer que le résultat est plutôt probant ! Tourné en vidéo HD, Ah ! Ikkenya Puroresu est qualitativement à mille lieues de bon nombre de direct to video, les moyens techniques mis en œuvre par SOD visiblement importants, permettant à cette première production quasi-mainstream d’éviter brillamment de sombrer dans le cheap...

Si en matière de pornographie SOD connaît son boulot mieux que quiconque, en produisant autant de films que de goûts en la matière, avec une moyenne de plus d’une centaine de vidéos originales éditées tous les mois, il en est a fortiori tout autre en ce qui concerne leur position au sein de l’industrie cinématographique dite classique ; Soft on Demand a bien compris que le public visé ne pouvait être que celui des adeptes du V-Cinema, des séances nocturnes, ou en recherche d’œuvres moins consensuelles que celles proposées par les grands studios ; bref, un public qui possède le pouvoir de créer les phénomènes de culte autour de tel ou tel film...

Avec son casting plutôt hétéroclite composé de personnalités in du Geinoukai [2] nippon dont la plus grande surprise est sans aucun doute la présence de Sonin, charmante jeune femme d’origine coréenne qui revient de loin, puisque sa carrière débuta au sein d’EE JUMP, duo (formé avec Yûki Gôto, le frère de Gomaki -ex-Momosu) modelé par Tsunku himself... aujourd’hui, Sonin est sortie d’affaire, et est sans conteste la "création" du Pygmalion de la J-pop la plus intéressante, artistiquement parlant (car les Momosu et Ayaya c’est quand même grave le bonheur !). Mais le véritable héros de Ah ! Ikkenya Puroresu n’est autre que le grand Shinya Hashimoto, catcheur pro qui démarre sa carrière à la fin des années 80 pour devenir l’un des deux seuls lutteurs à avoir remporté les trois plus importants championnats poids lourds du Japon (All Japan Triple Crown, IWGP Heavyweight Championship, et le NWA World Heavyweight Championship). Hashimoto succombe à une rupture d’anévrisme le 11 Juillet 2005 à l’âge de quarante ans...

A l’origine du projet, Terry Itô, personnalité haute en couleurs du petit écran, homme associé autant au monde de la mode qu’aux débats socio-politiques. L’histoire de base est ensuite remaniée par deux scénaristes : Naoki Kubo, le réalisateur, à qui l’on doit notamment le script de l’ofni Kemonogare Orera No Saru To (Hideaki Sunaga /2002), et Izô Hashimoto, également réalisateur à ses heures, co-scénariste entre autres, de l’adaptation sur grand écran de Akira (Katsuhiro Otomo /1989), ou plus récemment du lyrique Tengoku Kara Kita Otokotachi (Takashi Miike /2001)...

... sous ses allures de film "pré-culte" et barré, Ah ! Ikkenya Puroresu se révèle rapidement bien plus "sage" et engagé qu’il n’y paraît ; certes, la véhémence de ses propos à l’encontre de la société du spectacle est renforcée par sa forme, puisque le concept créé par l’infâme producteur n’est autre qu’un combat -au sens physique du terme- contre des monstres... Etrange mélange entre le brûlot anti-médias et le conte emprunt d’un véritable lyrisme jamais galvaudé, piochant allègrement dans le gore, le burlesque, et la tragédie pure, sans parler d’une relecture évidente du mythe des sirènes, Ah ! Ikkenya Puroresu est le film syncrétique par excellence. Adeptes de catch et autres réjouissances telle que le cat fight rassurez-vous, Sonin nous gratifiant d’une séquence mémorable dans laquelle son corps athlétique se retrouve aux prises avec le seul membre féminin de l’organisation criminelle DDD, interprété par l’impressionnante April Hunter... du très grand Art !

Critique du pouvoir, de l’argent et des médias, fable tragi-comico-gore glorifiant l’amour par-dessus tout, Ah ! Ikkenya Puroresu n’est finalement rien d’autre qu’un conte moderne qui va au-delà de l’image qu’il peut renvoyer de prime abord, permettant ainsi à SOD de transformer brillamment ce premier essai en dehors du porno...

Kuro | 25.08.2005 | Japon

DVD (Japon) | Soft on Demand | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:77 - 16/9 | Images : Magnifiques. | Son : Un 5.1 tonitruant ! | Suppléments : Making of, interviews, teaser/trailers...

Ce DVD ne contient pas de sous-titres.

Site Officiel du film : http://www.ahah.jp/

[1Cf. article Ginga Tokusou Sharion.

[2"Monde du spectacle".

aka Ah ! House Collapses ! - Ah ! Ikken-ya Pro-Wrestle | Japon | 2004 | Un film de Naoki Kubo | Avec Shinya Hashimoto, Sonin, Urara Awata, Shirou Sano, Nicholas Pettas, Koutarou Yanagi, Jin Katagiri, Hakase Suidoubashi, Sujitarou Tamabukuro, Shun Sugata, The Predator, April Hunter
Solo, Solitude
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
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Désirs volés
J’ai rencontré le diable
Toilet Blues
Island Etude
Electric Shadows
La vengeance est à moi
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Pole Pole Higashinakano - Motohashi Seiichi, Ohara Osamu & Doi Kouchi
4-16 productions
Wang Bing
My Wife is a Gangster
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What A Wonderful World
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La Femme d’eau
Metropolitan Police Branch 82 (III)
My Sassy Girl
Kôji Fukada et Ken Fukazawa
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Journal d’une jeune nord-coréenne