Akai Tejou Shikeishuu Saori

I spit on your grave...

Violée par son beau-père à l’âge de quatorze ans, battue et accusée par sa mère, la jeune adolescente Saori assassine ses deux tortionnaires dans un élan de rage et de désespoir, avant d’être incarcérée en maison de redressement... Après expertise psychiatrique, la jeune femme est libérée à l’âge de vingt ans ; retrouvant un semblant d’équilibre, Saori se marie... mais son époux croule sous les dettes, et elle est victime d’un viol collectif aux allures de remboursement des créanciers. Dans un déluge de douleur, enragée, la jeune femme les massacre tous. Condamnée à mort par la justice, Saori s’échappe de prison...

Les deux flics qui sont à sa poursuite, Narita et Yamazaki, reçoivent un signalement correspondant à Saori ; elle se trouverait dans un Love Hotel à Kabukichô. Arrivés sur place, pas de trace apparente de la jeune femme, mais le cadavre d’un homme...

Du haut de ses trente-huit ans, Naoyuki Tomomatsu est avant tout "connu" en nos contrées pour sa fable sentimentalo-écolo-gore Stacy (son onzième long-métrage), et plus récemment -de manière rétroactive- avec son troisième long-métrage Kogyarugui Ôsaka Telekura hen (aka Eat the School Girl - Osaka Telephone Club). Mais le réalisateur nippon n’a pas attendu de s’attaquer aux collégiennes-zombies pour passer derrière la caméra ; en 1992, alors qu’il n’a que vingt-cinq ans, il réalise Natsuiro Roman, moyen-métrage qui reçoit les honneurs de nombreux festivals... au même moment, il co-signe le scénario de Za Ninpu réalisé par Shinichi Kawamura. L’année suivante, Tomomatsu met en scène son premier long-métrage, Barâdo ni Dakarete...

Ainsi en treize années, Naoyuki Tomomatsu se retrouve à la tête d’une filmographie relativement hétéroclite composée d’un moyen-métrage, dix-huit longs, deux séries télévisées (Hatu - Vampire Syndrome), sans compter l’écriture avec pas moins de trente-cinq scénarios écrits -principalement pour le V-Cinema- notamment pour deux épisodes des Kishiwada Shônen Gurentai Kaoru-chan ou encore quinze aventures de la saga fleuve "yakuzesque" Minami no Teiou avec l’inénarrable, l’extraordinaire Riki Takeuchi... Il faut bien avouer que l’œuvre de Tomomatsu ne représente pas le parfait exemple de films facilement exploitables en dehors d’un cercle très fermé, comme en témoignent notamment sa parodie érotique de Odoru Daisousasen, Nureru Daisousasen - Nijiiro Oohashi de Sounyuuseyo ! (assez difficilement traduisible...), ou ses nombreuses collaborations avec TMC et Engel, plus connus pour l’anatomie de leurs actrices dénudées que pour la qualité globale de leurs produits... Alors évidemment, lorsque ce dernier s’attaque aux mythes de la Tôei que constituent les Joshuu Sasori période 70’s et le nihiliste Akai Wappa (Les menottes rouges), que la production n’est autre que TMC par le biais de son récent label Junk Film, et que l’actrice principale est la séduisante (sic !) pornstar Karen Kisaragi, il y a de quoi se ruer sur ce film aux allures de produit improbable, secrètement espéré par tous les fans d’exploit’ nippone depuis trente ans...

...les premières images de Akai Tejou Shikeishuu Saori sont assez jubilatoires, puisque l’on y découvre Saori tout de noir vêtue, déambulant nonchalamment dans la nuit tokyoïte aux allures de jungle électrique éclairée par des milliers de néons multicolores... Bon, autant rentrer dans le vif du sujet ; l’infinie richesse graphique des films de Shunya Ito n’est évidemment pas comparable avec ce petit direct to video, images en Scope tournées dans un flamboyant 35mm, contre un 1:66 -pour parler moins "technique", il s’agit des plus petites "bandes noires"- tourné en vidéo numérique, la comparaison est disproportionnée et n’a finalement pas lieu d’être ; les 70’s sont loin, et le cynisme propre à ce début de XXIème siècle rend le film de Genre (du WIP au WWG) relativement désuet... Précision faite, on peut alors se plonger pleinement dans cet hommage aux films d’exploit’ nippons des années soixante-dix...

Soyons francs, Akai Tejou Shikeishuu Saori est un film relativement inégal ; Tomomatsu, plus ou moins enthousiaste selon les séquences, slalome allègrement entre une mise en scène brillante et jouissive, et le plan-plan peu inspiré. La scène de viol -que l’on devine "obligatoire" aux vues du produit- dans un bus, assez surréaliste voire grotesque, semble arriver ici comme un cheveu sur la soupe... Puis, un peu plus tard, Tomomatsu tourne la scène de viol d’une Saori âgée de quatorze ans à la manière d’une sitcom, sur une scène, en présence d’un public qui rie lors de chaque violence ou dialogue excessif, atteignant un paradoxe assez génial lorsque la jeune fille assassine sa vile marâtre et son ignoble beau-père, sous les rires à gorge déployée d’un public en transe. Mais l’intérêt de Akai Tejou Shikeishuu Saori réside également dans le fait que Tomomatsu ne se borne pas à filmer les divers viols qui parsèment le film (toutes les scènes de "sexe" du film sont des viols...) de manière complaisante ; il les rend anti-érotiques, déshumanisant au maximum ces rapports forcés là où bon nombre de tâcherons du V-Cinema rose auraient certainement éprouvé un malin plaisir à les rendre "excitantes", ou tout simplement esthétiques. Au niveau du scénario en lui-même, ça ne casse pas des briques, forcément (les scènes où l’on suit Yuki, jeune lycéenne à l’air demeuré sont parfois... étranges !), le film reprenant quelques éléments d’un Joshuu Sasori par-ci, d’Akai Wappa par-là...

Avec son lot de démembrements violents, de crevage d’œil, d’écrabouillage de membres à l’aide d’une masse, de plantage de tire-bouchon, mais aussi le choix infiniment judicieux de son actrice principale la belle Karen Kisaragi, qui campe une véritable héroïne émouvante et tragique à l’enfance volée, jeune femme ravagée qui n’aspire à rien d’autre qu’au bonheur, Akai Tejou Shikeishuu Saori essuiera certainement les plâtres aux vues de son statut de film d’exploit’ réservé au marché de la vidéo, du fait de la quasi-inévitable comparaison avec ses illustres prédécesseurs en Scope, le personnage principal reprenant l’imagerie développée par le personnage de Nami dans les Joshuu Sasori -manteau et chapeau noirs, longue chevelure, silhouette fine, visage impassible et regard intense... Reste que le monde évolue, que les années soixante-dix sont très loin, et que cet exercice de style, aussi improbable soit-il, transcendé par un final aussi sombre que nihiliste reste à ce jour l’évolution la plus intéressante que le Genre ait pu espérer... avec ses qualités et ses défauts.

Kuro | 2.06.2005 | Japon

DVD (Japon) | Junk Film en association avec TMC | Zone 2 - NTSC | Format : 1:1:66 - 4/3 | Images : Un magnifique pressage aux couleurs vives. | Son : Bonne stéréo. | Suppléments : nada...!!!

Ce DVD ne possède pas le moindre sous-titre.

Existe également en VHS (NTSC) au Japon.

aka Akai Tejô Shikeishû Saori - Death Penalty Female Prisoner Saori | Japon | 2004 | Un film de Naoyuki Tomomatsu | Avec Karen Kisaragi, Mizue Hayasaka, Saki Anzu, Tsuyoshi Nakano, Isamu Nagatomo, Kazutomo Nakatsukasa, Hiroshi Fujita
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