Akame Shijûyataki Shinjûmisui

"Vous qui entrez, perdez tout espoir" Dante, L’Enfer

Yoichi Ikushima se sent perdu ; jeune homme éduqué, écrivain malheureux, être en quête de réponses à son existence, il quitte Tôkyô pour la petite ville d’Amagasaki, à l’Ouest d’Ôsaka. Là, il rencontre Seiko, ex-prostituée énigmatique patronne d’un Yakitori-ya, qui accepte de l’employer. Ikushima passe ses journées enfermé dans une chambre vétuste dévorée par la pourriture, à faire des brochettes de viande. Mille par jour. Il n’est pas le seul à vivre dans cette pension de fortune ; Horimayu, tatoueur sexagénaire insondable et impressionnant, vit avec Aya, troublante jeune femme d’origine coréenne, qui se prostitue afin de subvenir aux besoins de son frère derrière les barreaux. Aya a dans le dos un tatouage représentant Karyôbinga. Troublé par la mystérieuse beauté, Ikushima est paralysé chaque fois qu’il la croise, l’insignifiance de son existence l’oppressant dans une léthargie morbide. Une nuit, elle pénètre dans sa chambre ; ils font l’amour, créant une chimère à deux corps. La sérénité se profile alors ; Aya demande à Ikushima de l’emmener loin de ce monde, et les deux amants errent en quête d’un endroit où mourir...

Genjirô Arato fut l’homme providentiel pour tout un pan du cinéma d’auteur nippon contemporain, en produisant notamment la -stupéfiante de perfection- Trilogie Taishô de Seijun Suzuki, ou encore les quatre premiers long-métrages réalisés par Junji Sakamoto [1]. Huit ans après le difficile Father Fucker, il réalise son second film, une fable érotico-métaphysique soumise à la moiteur de l’été japonais...

Ikushima cherche un sens à sa vie, et à tout ce qui l’entoure ; mais pour trouver un sens aux choses, encore faut-il les comprendre... Accueilli à la gare d’Amagasaki par une citation tout droit sortie de L’Enfer de Dante, Ikushima pénètre dans un monde à la fois hostile et étrangement attirant, où il devient le spectateur privilégié de sa propre existence. Destin fantasmé, processus de création qui prend le pas sur la réalité, difficile pour lui de définir réellement le monde dans lequel il a pénétré. Répéter inlassablement les mêmes gestes devient alors son quotidien. Sa vie n’a plus de sens... mais en a-t-elle déjà eu un ? Peu importe, Ikushima semble se satisfaire de cette situation insolite. Il est là où il voulait être ; là où tous ceux qui n’ont pas leur place dans la société se retrouvent. La chaleur et la moiteur s’installent. Il évite soigneusement tout contact humain... jusqu’à Aya. Aya est le paradoxe, l’illusion et la désillusion, celle qui va lui donner goût à la vie et l’envie de mourir, tandis qu’ elle voit en lui l’opportunité de s’échapper de son triste sort...

Avec Akame Shijûyataki Shinjûmisui, Arato prend son temps ; il utilise la moindre seconde qui compose les cent soixante minutes de son long-métrage. La nature, triomphante, y tient un rôle tout particulier, et les majestueuses cascades d’Akame [2], violentes et sublimes, sont là pour nous rappeler que l’homme n’est qu’un frêle détail éphémère... telle la vie d’Ikushima, suspendue entre un onirisme troublant et une sinistre réalité. Amagasaki serait-elle une représentation des Enfers, et Horimayu le tatoueur, Lucifer ? Road-movie métaphorique à travers les méandres de l’esprit humain et ses contradictions, Akame Shijûyataki Shinjûmisui est a priori l’archétype même d’un certain cinéma "auteurisant"... pourtant, rien d’emphatique dans son scénario, puisqu’il s’agit avant tout d’une histoire d’amour aux allures de tragédie antique, à laquelle la vision sombre et claustrophobe de Genjirô Arato apporte une structure alambiquée aux allures de labyrinthe aux murs suintant de sensualité...

...et sa mise en scène offre aux comédiens la meilleure substance qui soit pour porter leur art ; de la silhouette gracile d’Ikushima, qui donne à Takijirô Ônishi son premier rôle au cinéma, à celle, impressionnante, de Horimayu campé par Yûya Uchida, dantesque. Arato retrouve également la divine Michiyo Ôkusu, mythique interprète de la Trilogie Taishô de Seijun Suzuki (et plus particulièrement du magnifique Zigeunerweisen)... mais la beauté incarnée, le désir, la sensualité, et peut-être également la folie, sont transcendés par Shinobu Terajima, sublime et bouleversante...

Fable humaine paradoxale déchirée entre onirisme, grotesque et pure expérimentation formelle, Akame Shijûyataki Shinjûmisui s’impose en un film radicalement "différent", où les désillusions de l’âme humaine, complexe et tourmentée, laissent place à la souveraineté des éléments, et où la passion amoureuse se mue en une ultime danse macabre...

Kuro | 28.02.2006 | Japon

DVD (Japon) | Neoplex | NTSC - Zone 2 | Format : 1:2:35 - 16/9 | Images : Sublimes. | Son : Excellent Dolby Surround . | Suppléments : 17 minutes de scènes coupées, ainsi qu’un CD qui contient deux titres.

Ce DVD ne comporte pas le moindre sous-titre.

[1Dotsuitarunen, Tekken, Oute et Tokarev

[2"yeux rouges" ; nommées ainsi d’après la légende qui dit que la divinité Fudô en émergea en chevauchant une vache aux yeux rouges...

aka Akameshijuuyatakishinjuumisui - Akame Shijyuyataki Shinjyumisui - Akame 48 Waterfalls | Japon | 2003 | Un film de Genjirô Arato | D’après le roman écrit par Chôkitsu Kurumatani | Avec Takijirô Ônishi, Shinobu Terajima, Michiyo Ôkusu, Yûya Uchida, Hidekazu Akai, Akaji Maro, Hirofumi Arai, Genta Dairaku, Nao Ômori, Takato Enokida, Michio Akiyama, Kensaku Watanabe, Kohaku Ômura, Hideko Okiyama, Shungiku Uchida, Moeko Ezawa, Yoshiyuki Morishita, Kiyofumi Kaneko, Yûya Moriyama, Ichido Takeda, Zengorô Mamiana, Hiroyuki Kojima, Hisashi Ozono, Michiko Iwai, Haruo Tsujimoto
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