All the Boys Love Mandy Lane

C’est ça aussi l’informatique : alors que j’ai passé un bon ce moment ce matin à tenter de trouver les mots justes pour décrire l’aura qui entoure le personnage éponyme du film de Jonathan Levine, All the Boys Love Mandy Lane, un heurt dans les circuits de mon ordinateur a causé leur disparition. Si vous laissez quelquefois votre clavier s’épancher sur un sujet ou un autre, vous savez combien il est difficile alors de reprendre le travail à zéro, sans se heurter à la rémanence de mots évaporés. Pourtant l’esquisse à la fois superficielle et détaillée de ce parangon de désir adolescent, telle qu’effectuée tout au long du film, est tellement obsédante que je ne saurais être tranquille sans essayer de la restituer de nouveau.

Une poitrine tout d’abord, puis un visage et enfin un fessier ; c’est en empruntant le regard des étudiants qu’elle croise en déambulant dans les couloirs de son lycée, que Levine nous présente Mandy Lane. Figure virginale exacerbée, blanche jusque dans ses sous-vêtements qui refusent de se défaire d’une innocence à conquérir, Mandy Lane est le ciment, involontaire ou presque, d’une mécanique sociale axée autour d’une sexualité omniprésente. Puisqu’elle génère désir et frustration, elle est le fantasme moteur d’une sexualité faite de pis-aller, définit la géométrie variable et méprisante des relations au sein d’un microcosme pré-adulte, en refusant simplement de s’y intégrer. Elle induit la facilité ouverte des autres filles, qui se disputent les restes de désirs éconduits ; suscite la jalousie alors que, d’une certaine façon, sa beauté intouchable est responsable de leur épanouissement physique, les garçons cédant facilement, faute de mieux, à leurs avances.

Sa séduction est un passage obligé pour tous, et pas même la mort d’un de ses prétendants, désireux de l’impressionner et encouragée par son seul et meilleur ami Emmet, ne peut ternir cet Everest de la puberté qui devient presque une métaphore du rite de passage qu’est la graduation. Au contraire même : le sacrifice devient une pierre constituante de plus, du mythe qui entoure son inatteignable beauté. Pourtant l’incident est un déclic chez la jeune femme, de quitter la périphérie de ce groupe qu’elle définit dans son équilibre instable, pour gagner en maturité. Et c’est pourquoi elle accepte l’invitation de Red, à passer un week end dans son ranch en compagnie de ses amis, en dépit des intentions affichées de la testostérone en présence. Le groupe toutefois, est fragilisé par son acceptation. L’hypocrisie de ses accouplements devient trop évidente, et la satisfaction en creux se teinte d’un ennui attentiste et gêné, que vient troubler l’obsession meurtrière d’un invité improviste...

On aime tous Mandy Lane, pourtant la jeune femme n’existe que physiquement. Jonathan Levine fait d’elle un paradoxe, plus superficiel encore que les demoiselles sans soutien gorge qui envient ses traits et sa silhouette. Elle ne parle pas ou peu, ne se définit que dans sa grâce, dans sa capacité à absorber toutes les sources de lumière à l’écran, à être l’objet de toutes les conversations. Mandy Lane n’est rien d’autre que le désir incarné, le fantasme absolu ; elle rappelle en cela la beauté obsédante de Lux Lisbon, l’héroïne distante de Virgin Suicides interprétée tout en présence par Kirsten Dunst, rare figure féminine argentique dont la rencontre est capable de créer un véritable manque. All the Boys Love Mandy Lane n’est jamais aussi étonnant que lorsque Levine cède, comme Sofia Coppola avant lui, à l’amour de son personnage, s’attarde en silence sur ses gestes, sa conscience du regard des autres et sa faculté à s’imposer en restant à l’écart. La réalisation est alors impeccable, le grain conférant de plus un côté onirique à l’ensemble, et Amber Heard réussit à vampiriser l’image quelque soit l’objet premier de la caméra. Tellement, finalement, qu’on en viendrait presque à oublier que nous sommes face à un slasher.

Atypique, certes, mais un slasher tout de même, qui trouve forcément dans la légèreté sexuelle de ses protagonistes un opportun terrain d’expression, et dans lequel Mandy Lane hésite constamment à devenir une victime potentielle, notamment lors d’un face à face avec la complexée Chloe, riche en sous-entendus lesbiens. C’est son hésitation permanente à rompre avec son innocence, qui confère autant de suspense au film, alors même que son tueur est identifié. Et lorsqu’ All the Boys Love Mandy Lane dévoile son véritable visage, son twist tristement contemporain s’impose avec la logique de la violence de l’adolescence, de velléités contradictoires d’appartenance et de différence, d’amitiés ternies par l’incarnation physique du sentiment amoureux. Mandy Lane, et Amber Heard au travers elle, est une adolescente sublime et elle sublime l’adolescence, dans ce qu’elle renferme de plus destructeur.

Akatomy | 26.11.2009 | Hors-Asie

All the Boys Love Mandy Lane est notamment disponible en DVD zone 2 UK chez Optimum Releasing. En guise de supplément, une interview d’Amber Heard dont je vous déconseille un peu la vision, au risque de briser l’artifice merveilleux de son personnage dans le film.

USA | 2006 | Un film de Jonathan Levine | Avec Amber Heard, Anson Mount, Whitney Able, Michael Welch, Edwin Hodge, Aaron Himelstein, Luke Grimes, Melissa Price, Adam Powell, Peyton Hayslip, Brooke Bloom, Robert Earl Keen
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