All Tomorrow’s Parties

Dans un futur post apocalyptique, deux jeunes hommes se préparent à se faire la belle pour échapper au régime politique qui les gouverne, et atteindre leur rêve de toujours : l’océan. Mais la secte Gui Dao, mélange dictatorial de technocratie religieuse et de guérilléros installés, qui régit alors le monde asiatique, les rattrape et ils sont condamnés à rejoindre le camp de rééducation de Prospérité afin de réapprendre à suivre le droit chemin. Le frère aîné, Zhuai, y succombe aux charmes de la belle Mian accompagnée de son petit garçon, tandis que le petit frère rencontre la jeune Lanlan. Le quotidien est réglé dans cet univers limité, et tout l’enjeu du film interviendra réellement lorsque les protagonistes de l’histoire seront livrés à leurs choix, dans un paysage défiguré par l’industrie lourde, qui reste toujours sombre ...

Ce n’est pas tout à fait à une projection "gaie" qu’il faut s’attendre lorsque l’on se rend au visionnage des 96 minutes que compte All Tomorrow’s Parties !
Pour être parfaitement honnête, on ne peut pas dire non plus que le réalisateur manque totalement d’humour, mais les franches rigolades ne sont pas de la partie ! Certes, l’utilisation à chaque fois que possible de gadgets made in Hong Kong - telles ces indétrônables fleurs de lotus luminescentes et tournoyantes, qui servent de moyen de contact entre les membres dirigeants de la secte ou de moyen de détection de toutes les infractions possibles et imaginables, ou bien encore ces non moins célébrissimes tableaux décoratifs électriques de chutes d’eau mouvantes de nos restaurants chinois de banlieue préférés - ne manqueront pas de nous amuser... et il faut en profiter !

Mais ce sera à peu près tout pour les sourires ; ah si, il est vrai qu’un petit enfant ébahi peut également parfois nous arracher un sourire... ou que deux adultes redécouvrant le savon et se reniflant comme des petits mammifères pourront également prêter à sourire, tant l’innocence de ces scènes enchante le spectateur gavé de moments durs et bien décalés.

Non, en réalité le fond du film reste de bout en bout généralement indissociable du travail de lumière et de couleur opéré magistralement sur ce récit. Jamais la barrière du gris bleu ou ocre n’est franchie. Le blanc lumineux est toujours une couleur de l’extérieur, de ce que l’on ne voit pas, mais qui est de toute façon inatteignable, d’une autre réalité que celle du quotidien des personnages. Nos protagonistes, même libérés du joug de la secte et livrés à leur nature profonde, ne peuvent plus rien changer à cette ambiance : le mal est fait. La civilisation est passée par là et leur a enlevé la couleur. L’environnement pour les êtres humains n’est plus le paradis et sa flore luxuriante.

Mais ça, finalement, ce n’est pas très nouveau ; Eve nous en a privés il y a bien longtemps ! Alors que reste-t-il à ces derniers hommes libres, au final ? C’est très certainement l’enjeu de ce film. Difficile de ne pas céder au désespoir du réalisateur qui nous rappelle le danger des armes ou des technologies stakhanovistes de production surindustrialisée, pour la santé de l’homme - mentale comme physique du reste.

Un point qui me semble également indissociable de l’image : la musique. Bon, d’accord, le dossier de presse en parle sur tous les tons !!
Remarquons donc, à notre échelle - en rappelant au passage que l’un de mes meilleurs amis m’a conseillé il y a déjà des décennies maintenant de me faire greffer des tympans - que si la musique du film est totalement et magistralement (quelle régalade, vraiment !) ethnique, le seul moment véritable de liberté partagé par les deux frères est une transe déchaînée sur le titre Insight de Joy Division. Le titre du film, quant à lui, appartient au répertoire du Velvet Underground.

Mais cet univers post apocalyptique si souvent rêvé par les populations punk (et leur inaltérable "No Future") est trop noir pour le réalisateur qui tient à nous donner une leçon à tous, grâce aux panneaux lumineux de propagande à l’entrée du camp de redressement : "Vénérer la vie future, Mépriser le présent". Car il ne s’agit pas d’être bien malin pour savoir que le futur même très proche, se construit certainement depuis hier, certes, mais surtout sur des bases actuelles !

Ravie par le travail sur pellicule, je m’apprêtais néanmoins à rentrer chez moi l’âme un peu en peine... je ne révèlerai rien de plus... si ce n’est (quelle menteuse quand même quand j’y pense !) que la couleur de la fin vaut le détour ! Mais là encore, difficile de tirer une leçon de ses 10 dernières magnifiques minutes qui permettent à Zhuai de se réaliser... parce que seul, il n’a plus rien d’autre à faire ! Quel fatalisme quand même dans tout cela !

- Lire l’interview du réalisateur.

All Tomorrow’s Parties sortira sur les écrans français le 28 avril 2004.

Site officiel du film :
- http://www.advitamdistribution.com/fiche.php?film_id=52

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