Amer Béton

Dans la ville de Takaramachi - « Treasure Town » - Kuro et Shiro (« Noir » et « Blanc »), deux orphelins, ne se contentent pas de survivre. Représentant à eux seuls les forces des Neko (les chats), ils veillent sur la ville et règnent sur ses quartiers depuis la hauteur de ses toits, qu’ils parcourent en courant et en sautant avec une agilité déconcertante, justifiant à elle seule le surnom du duo terrible. Bagarreurs, les deux garçons s’opposent à tous les enfants qui convoitent leur poste, ainsi qu’aux yakuza qui tentent d’imposer le crime « old-school » dans les rues de Takara. Ceux-ci sont d’ailleurs bien décidés à se débarrasser de Kuro et Shiro à la manière forte ; ce que pourrait bien réussir Hebi (« serpent ») et ses acolytes extraterrestres...

Adaptation du titre culte de Tayou Matsumoto (Blue Spring, Ping Pong), œuvre générationnelle par excellence qui constitue en quelque sorte le Coin Locker Babies du manga, Amer Béton est un film unique. Le résultat de nombreuses années de travail initiées par Michael Arias et Koji Morimoto en 1999 au cours d’un pilote tout en synthèse ; il s’agit qui plus est du premier film d’animation réalisé par un gaijin au Japon. Michael Arias toutefois, n’est pas n’importe quel gaijin : à Tokyo depuis plus de dix ans, il a notamment développé les logiciels qui ont permis au Studio Ghibli de mélanger 2D et 3D au sein de Princesse Mononoke. Professionnel dans le milieu des effets spéciaux, il coproduit en 2003 l’omnibus Animatrix pour les frères Wachowski, supervisant plus particulièrement le magnifique Beyond de Morimoto. Si son curriculum vous intéresse peu, retenez toutefois ceci : c’est au cours des années 90 qu’il découvre, le travail de Matsumoto, étincelle qui a permis au chef-d’œuvre Amer Béton, le film, de voir le jour. Une affection tournant à l’obsession, vieille de onze ans, et qui a permis à Arias et à la technologie de se développer conjointement, pour rendre justice au périple emblématique de Kuro et Shiro.

Amer Béton plus que toute autre chose, est un projet colossal sur la notion d’équilibre - et si c’est déjà vrai du manga, c’est encore plus juste du film. Kuro et Shiro, Noir et Blanc... deux forces opposées qui évoluent ensemble, s’équilibrent mutuellement : l’innocence de Shiro tempère la violence de Kuro, son optimisme réduit la peur de Kuro à néant. Les enfants protagonistes représentent explicitement une force duale, chaque membre tiraillant le duo dans une direction opposée, pour aboutir à un statu quo précaire, certes, mais qui garantit leur survie au quotidien.

Cet équilibre du noir et blanc, trouve écho dans toutes les couches du film, des décors à l’accompagnement sonore. Techniquement fulgurant, Amer Béton propose à la manière de Mind Game mais avec une retenue moins expérimentale, un mélange d’animation traditionnelle en 2D et de mouvements de caméra en 3D, au sein de décors qui puisent leur profondeur dans une astucieuse succession de couches architecturales. L’architecture de Takaramachi, oscillant entre le rétro et le futuriste, est aussi un équilibre parfait, duquel résulte l’intemporalité de l’aventure. Personnage à part entière, la ville ne s’occulte jamais devant les Neko mais ne leur vole jamais la vedette pour autant, les complétant pour aboutir à une symbiose mesurée, des personnages humains et du personnage urbain. Dans sa confrontation visuelle de l’ancien et du nouveau, Takara oppose constamment la nostalgie et l’avenir : la première est celle des yakuza, par exemple, mais aussi de Kuro qui ne veut pas voir sa ville changer. Le second est celui que brigue Hebi, lieu de perversion où l’homme sera corrompu dès l’enfance ; l’enfance, ce lieu d’avenir que symbolise Shiro. Si elles s’opposent souvent, les entités positives - les enfants - et négatives - les yakuza - du film se complètent aussi régulièrement, Kimura représentant une vieille école de truands qui regrette de voir l’équilibre criminel de son système disparaître sous le fait d’une ambition extérieure.

L’action enfin, si elle est omniprésente et cinétique, souvent très brutale, ne prend jamais le dessus sur les personnages et leur caractérisation : le même soin est apporté aux déplacements et aux affrontements, qu’à l’existence des personnages. A la manière de Kiki dans le chef-d’œuvre discret de Miyazaki, Kuro et plus particulièrement Shiro bénéficient d’une attention toute particulière lorsqu’il s’agit de les voir accomplir des gestes de la vie quotidienne, s’habiller ou porter les légendaires bonnets/cagoules en forme d’animaux de la moitié positive des Neko.

A la fois violent et délicat, Amer Béton va même jusqu’à être effrayant dans sa troisième partie, qui dissout l’équilibre du Noir et du Blanc, plongeant les deux enfants dans un trouble existentiel complémentaire. C’est sans doute dans cet ultime retournement que l’adaptation d’Arias gagne définitivement ses galons de chef-d’œuvre, avec une intelligence de la mise en scène et de l’emploi technique incroyable, ainsi une compréhension totale des enjeux du manga d’origine. Accompagné par les notes pertinentes de Plaid, qui évoluent en même temps que tous les personnages, humains et ville, le périple de Kuro et Shiro s’impose sans difficulté comme un nouvel édifice phare à la manière d’Akira, rien de moins. Le même conflit d’opposés et l’équilibre qui en découle, se dissout et se recrée, la même enfance qui risque d’être perdue, entraînant avec elle l’avenir qu’elle représente. Avec, en plus, une intemporalité qui, paradoxalement, est celle d’une époque, ni fin de siècle ni post-moderne, mais éternellement contemporaine : en ce sens où, quel que soit le point de vue d’où l’on se situe, elle est autant tournée vers le passé que vers l’avenir, omnisciente, identitaire et incontournable.

Présenté au sein de la section Panorama de la 9ème édition du Festival du film asiatique de Deauville, Amer Béton sortira sur les écrans français le 2 mai 2007.

aka Tekkonkinkreet | Japon | 2006 | Un film de Michael Arias | Avec les voix de Kazunari Ninomiya, Yû Aoi, Masahiro Motoki, Nao Omori, Yusuke Iseya
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