American Mary

Mary Mason a beau être une étudiante brillante en médecine, caressant le rêve de devenir chirurgienne, elle n’en est pas moins fauchée. La recherche d’un boulot à même de financer ses études l’amène accidentellement à œuvrer dans la chirurgie underground et les modifications corporelles. D’abord à temps partiel, en marge de ses études, puis à temps plein lorsque sa vie bascule au détour d’une soirée avec certains membres du corps professoral...

American Mary, second long-métrage des sœurs Soska après un premier opus au nom évocateur de Dead Hooker in a Trunk, c’est avant tout la redécouverte de Katharine Isabelle. L’actrice qui, à 19 ans déjà, brillait dans l’excellent Ginger Snaps, apparaît ici douze ans plus tard toute en frange et noir, taille fine et séduction résignée, et s’accapare l’écran – certes dépeuplé - comme une pinup des fifties débarquée en pleine réalité cronenbergienne. A la fois excentrée et centrale, étrangère et constamment à sa place, Katharine Isabelle, pour qui le film a été écrit, en est de façon frappante la moelle épinière.

Pas besoin du coup, de combler l’image de protagonistes multiples. Mary emplit si bien l’écran, qu’elle induit un univers qu’il n’est jamais besoin de peupler véritablement, tout au plus parsemer de rencontres à même de dessiner la perversion trompeuse de ce substrat de réalité. Les marginaux d’American Mary sont un peu effrayants – Beatriss et son incarnation inexpressive de Betty Boop, Ruby Realgirl qui se métamorphose peu à peu en poupée asexuée – mais les gens "normaux" eux, le sont énormément. Les premiers aimables et sereins, les seconds puants, incertains. Il suffit de voir le Docteur Walsh demander à Mary d’annoncer à une famille, dans une salle d’attente de l’hôpital où elle est interne, que leur proche vient de faire une crise cardiaque. Puis, dans la foulée, la renvoyer leur annoncer qu’il est décédé. La perversion des hommes "sociaux" dans American Mary est suintante, abjecte, hurlante. Le cadrage stoïque des sœurs Soska, qui se contente de capter l’expression de cette perversion en bord cadre, ou dans la continuité de sa fascination constante pour Katharine Isabelle, renforce l’effroi silencieux.

De l’univers parallèle ou de l’héroïne, on se demande qui est le greffon de l’autre. Cette déliquescence de la réalité, Mary semble toujours l’assimiler avec un temps de retard, la traversant avec un mélange déconcertant d’innocence et de cynisme. Pour autant les marginaux eux, l’intègrent de fait, par anticipation presque, et pour cause : puisque c’est Mary qui les aide à s’affirmer, à exprimer leur différence, ce n’est pas l’underground qui la façonne, mais elle qui le définit. D’où cette singulière impression d’interdépendance, entre le personnage et l’environnement. D’où cette condition suffisante à la réussite d’American Mary, que Katharine Isabelle l’incarne tout entier.

C’est pour cette raison que, lorsque, dans les dernières bobines, surgit le spectre d’une narration plus traditionnelle, moins obnubilée par Mary/Katharine, la force du métrage se dissipe, dans une satisfaction de cohérence et de résolution un peu trop classique. Mais en amont, tant que son héroïne est laissée libre d’évoluer, de façonner l’image et de s’y définir, American Mary brille d’une cinégénie contenue, proprement fascinante.

Akatomy | 20.12.2013 | Hors-Asie

Pour l’instant inédit chez nous, American Mary est disponible - et très abordable - en DVD ou Blu-ray en éditions UK ou US au choix, pour anglophones uniquement dans les deux cas.

Canada | 2012 | Un film de Jen et Sylvia Soska | Avec Katharine Isabelle, Antonio Cupo, Tristan Risk, David Lovgren, Paula Lindberg, Clay St. Thomas, John Emmet Tracy, Twan Holliday
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