Amoklauf

24 heures de la vie d’un serial killer.

Avant de se faire un nom, et beaucoup d’ennemis, dans l’adaptation de jeux vidéo sur grand écran, Uwe Boll a eu une carrière en Allemagne. Amoklauf, film cheap et rageur, est le pendant noir de son film sur l’Amérique post 11 septembre, Postal, dont il partage la dimension nihiliste. Amoklauf, qui fait penser à Angst de Gerald Kargl selon les connaisseurs, renvoie l’image d’une civilisation barbare qui crée des monstres.

Le film s’ouvre sur une jeune femme qui roule à vélo sur une route de campagne. Caché dans un champs, un homme va surgir et la poignarder. Amoklauf raconte quelques jours de la vie de cet homme qui travaille comme serveur. Elle semble se résumer à la petite lucarne de la télévision dans son appartement où il regarde, enregistré sur des K7, le jeu du Juste Prix, des scènes d’exécution à la chaise électrique... Même sa ravissante voisine blonde n’arrive pas à le faire sortir de sa torpeur de zombie. Enfin, jusqu’au jour où il va finir par péter un câble qui sectionnera quelques têtes.

Lors d’une interview pour Exotica, Atom Egoyan expliquait que chacun crée ses rites pour gérer ses propres névroses. Ceux-ci peuvent prendre bien des formes : j’en connais qui lors d’épisodes dépressifs se matent en boucle des épisodes du soap californien Newport Beach. Mais notre homme est bien plus gravement atteint. Son horizon de vie est borné par l’angle de la pièce dans lequel se trouve son récepteur TV. Regarder en boucle des émissions de jeux télévisuels que l’on aura auparavant enregistrées tient plus de la punition que de la récompense. Il semble se nourrir des nouveaux jeux du cirque et se soulager grâce au sexe mécanique de la pornographie. Oui, parce que le film est hardcore et pas seulement au niveau de la violence.

Ces rites lui permettent de penser à autre chose qu’à sa misérable existence, car ce n’est pas dans son métier qu’il va s’épanouir. Dans l’une des meilleures scènes du film, on le voit assister à la vivisection d’un poisson par deux clients du restaurant où il travaille. Finalement peu ragoûtés par ce qu’ils viennent de faire, ils vont demander de la viande. Une partie de cette scène est filmée du point de vue du poisson !

Dans ce moyen métrage, le spectateur peut se sentir frustré comme le personnage. Mais sa frustration vient des longues séquences où il regarde ses programmes favoris. Au risque que le spectateur pète aussi un plomb et décide de sortir de la salle. Conscient de cette faiblesse, le réalisateur, présent dans la salle au début du spectacle lors de sa projection à l’Etrange Festival 2009, conseillait aux spectateurs de ne pas la quitter car les vingt dernières minutes allaient être sanglantes...

Le film comporte heureusement des qualités et en particulier l’approche choisie pour traiter le thème du tueur. Uwe Boll s’est contenté d’observer la triste vie de l’assassin sans jamais le juger. Il ne livre pas non plus d’indication sur ce qui le pousse à agir comme il le fait. La seule manière d’évoquer les dispositions mentales du personnage passe par la manipulation de l’image. A plusieurs reprises, des morceaux de scènes sont repris en gros plan, leur donnant ainsi un grain et une couleur étranges.

La musique de Richard Strauss flotte comme un gros nuage noir au-dessus de la fin du film, lorsque le rite le plus sacré du meurtrier a été interrompu. Le refoulément le plus noir éclate alors à la face du monde. Le réalisateur a choisi une pièce musicale de circonstance puisqu’il s’agit du poème symphonique Mort et Transfiguration. Preuve qu’Amoklauf est un film réfléchi.

Amoklauf a été présenté dans le cadre de la quinzième édition de l’Etrange Festival (2009). Un DVD du film a été édité en Allemagne.

Allemagne | 1994 | Un film d’Uwe Boll | Ave Michael Rasmussen, Susanne Leutenegger, Christian Kahrmann, Martin Armknecht
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