An Empress and the Warriors

Alors que l’armée de Yan affronte pour une nouvelle fois celle de Zhao, conflit qui fait rage depuis l’unification des dix royaumes, son roi, père de la princesse Yan Feier (Kelly Chen), est mortellement blessé au combat. Dans son dernier souffle, il déclare qu’il souhaite que l’un de ses deux généraux, l’orphelin Muyong Xuehu (Donnie Yen), reçoive la symbolique Epée Hirondelle et prenne sa succession. Mais le général Wu Ba (Guo Xiao-Dong), neveu du défunt et piètre stratège, qui voit le sacrifice de ses soldats comme un du, ne l’entend pas de cette oreille, refusant qu’un bâtard dépourvu de sang royal accède au trône ; c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il avait, secrètement, précipité l’agonie de son oncle. Sur les recommandations de Muyong et en dépit des protestations de Wu Ba et d’une partie du gouvernement, c’est la propre fille du défunt, Yan, qui prend la tête du peuple et de l’armée de Yan. Pour faire taire ses opposants, elle accepte de se soumettre à l’enseignement brutal de celui qu’elle considère comme son « frère Hu », Muyong, et de devenir un soldat à part entière. Wu Ba fomente alors l’assassinat de la princesse, avant son couronnement ; poursuivie par des guerriers masqués qui parviennent à l’empoisonner, Yan est protégée puis recueillie par un ermite écolo, Duan Lanquan (Leon Lai), dont l’hospitalité bienveillante et désarmée va la mettre sur le chemin, non seulement de la sagesse, mais aussi du sentiment amoureux. Pendant ce temps là, dans la salle des épées de Yan, les motions contre la princesse disparue, perçue comme une déserteuse, tentent d’avoir raison de la loyauté de Muyong...

C’est peu de temps avant de nous offrir Painted Skin et son ode à la beauté de Zhao Wei, que Ching Siu-tung a rencontré un certain succès en Asie avec An Empress and the Warriors, prétendue épopée en costumes, guerrière et clinquante. Pourquoi prétendue ? Parce que sous ses apparats impeccables de superproduction dopée par et pour le grand frère chinois, tel quelques Zhang Yimou avant lui, l’agréable rejeton de Ching Siu-tung dissimule un film hongkongais plus classique, presque désuet, avec son héroïne sur la voie de l’âge adulte, pop star, chipie boudeuse et improbable combattante, et ses intermèdes romantiques qui, à n’en pas douter, repousseront plus d’un amateur de récits sanglants et épiques.

Il faut bien avouer que, lorsque Yan est recueillie par Duan, découvre sa version miniature et unipersonnelle du village des Ewoks, joue les adolescentes pudiques et assiste sans le savoir l’ermite herbivore à fignoler la toile de l’une des premières montgolfières d’une Histoire réappropriée, le film tranche avec le rythme soutenu imposé jusqu’alors, entre les batailles, les trahisons et les antagonismes, d’ambitions personnelles et politiques. Pourtant, miraculeusement, bien que Leon Lai oppose une bienséance omnisciente un peu tête à claque, face à une Kelly Chen momentanément sur les traces de Charlene Choi plus que d’une quelconque amazone, Ching Siu-tung parvient à garder le cap de son récit charnière. On s’étonne certes un peu de voir avec quelle facilité Yan s’éveille à la nature et la féminité alors que sa dynastie s’effondre, mais on comprend aussi que An Empress and the Warriors n’est pas le récit des hauts faits d’un Donnie Yen nettement moins freestyle que dans Painted Skin, mais celui de la trajectoire de Yan. Et c’est justement parce qu’il est improbable, quelque part entre le conte de fée et l’épopée barbare, qu’il parvient à être si agréable.

La réalisation, de qualité, tire le meilleur parti de décors naturels grandiloquents, qui s’opposent à la scène de théâtre qui restreindra peu de temps après Painted Skin. Pendant longtemps, les affrontements doivent plus à Ridley Scott qu’à une quelconque tradition chinoise, mais à l’image des splendides armures que portent presque constamment les protagonistes à l’écran, mélange esthétique et fonctionnel de parures issues de moult époques et cultures, cela permet à An Empress and the Warriors de se démarquer de ses nombreux confrères. Dans les derniers instants du film, Ching Siu-tung lâche de plus la bride de Donnie Yen, qui s’abandonne à son surjeu onaniste dans un one man stand contre l’armée du traître Wu Ba, et livre une séquence des plus jouissives, qui m’a même procuré quelques frissons. Si vous rajoutez à cela la beauté de Kelly Chen, au delà de l’appréciation de ses compétences artistiques, la splendeur des paysages et le duo musical de l’actrice avec Leon Lai qui accompagne le générique de fin – je n’osais en rêver - An Empress and the Warriors devient hautement recommandable, vrai-faux film HK doré à l’or fin de moyens conséquents. A condition de savoir, peut-être, dans quel univers équilibriste vous mettez les pieds.

Akatomy | 26.04.2010 | Hong Kong, Chine

Disponible dans tous les formats numériques encore en vie à Hong Kong, An Empress and the Warriors est sorti en DVD et Blu-ray en France grâce à l’ouverture d’esprit de Wild Side. Le Blu-ray a récemment vu son prix baisser à 15 euros ; au vu de la qualité ahurissante de l’image, et du plaisir évident procuré par le film, il serait un peu bête de s’en priver.

aka Kingdom of War - Le Royaume des guerriers – 江山美人 - Kong saan mei yan | Hong Kong / Chine | 2008 | Un film de Ching Siu-Tung | Avec Donnie Yen Ji-Dan, Kelly Chen, Leon Lai Ming, Guo Xiao-Dong, Kau Jan-Hoi
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