Angel Dust

C’est rigolo... Le second article que j’ai écrit pour SdA traitait de Gojoe et était intitulé, pompeusement, "Du ressenti cinématographique". Pourquoi ? Parce que le film de sabre de Sogo Ishii, que j’avais pourtant vu sans sous-titres, avait réussi à me toucher à un point que je n’aurais pas pu imaginer, par la simple force du travail visuel et sonore. Pour tout vous dire, j’ai depuis eu l’occasion de revoir le film sous-titré, et je vous jure que la compréhension de tous les dialogues ne m’a apporté aucun plaisir supplémentaire. Je sais que pour beaucoup d’entre vous ça paraît stupide (je ne peux d’ailleurs le reprocher à personne), mais parfois il suffit de comprendre une histoire dans les grandes lignes ; la réalisation fait le reste. C’est le cas avec chacun des films de Sogo Ishii, je pense. Electric Dragon 80 000 V est d’ailleurs l’exemple même du film 300% ressenti ; au fur et à mesure que le film évolue, les dialogues s’intègrent à la musicalité de l’ensemble - leur compréhension n’apportant finalement que peu d’éléments supplémentaires. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut à tout prix regarder les films de Sogo Ishii sans sous-titres, non. Ce que je voudrais vous faire comprendre, c’est que les images de ce réalisateur iconoclaste et souvent expérimental se suffisent souvent à elles-même. Comme dans Angel Dust, tenez, puisque nous y sommes...

La troublante Kaho Minami incarne une psychologue au service de la police, du nom de Setsuko Suma. Dotée de compétences quasi-paranormales (difficile de dire si ses impressions sont le résultat de visions ou le fruit d’une réfléxion), elle est appelée pour aider les forces de l’ordre à résoudre une série de meurtres particulièrement troublants : tous les lundi à 18 heures, sur la ligne de métro tokyoïte de Yamanote, une jeune fille s’écroule, victime d’une injection mortelle. Setsuko se plonge corps et âme dans l’affaire, tentant de comprendre le choix des victimes. Son enquête la rapproche d’un ancien collègue et petit-ami, le docteur Rei Aku (Takeshi Wakamatsu), qui travaille désormais en tant que spécialiste - fort controversé - de la "déprogrammation" des membres de secte. Désireux de reprendre le contrôle de l’esprit de Setsuko, le mystérieux Rei entraîne la jeune femme à croire que le tueur est "en elle". Commence alors pour Setsuko une introspection dangereuse, qui l’entraînera aux limites de la folie...

Souvent taxé de Silence des agneaux japonais, ce film de serial-killer "à la Ishii" n’a pourtant rien à voir avec l’illustre film de Jonathan Demme (auquel je préfère largement le Hannibal de Ridley Scott, d’ailleurs - allez comprendre). Enfin si, puisque Angel Dust place lui aussi une jeune psychologue dans les mains d’un dangereux manipulateur, potentiellement criminel. Mais les ressemblances s’arrêtent là. Là où le travail de Demme - fidèle au roman de Harris - était principalement réthorique, celui de Ishii est avant tout physique - voire métaphysique.
L’univers d’Angel Dust, bien plus qu’un univers "humain", est un univers abstrait fait de formes et de sons. En effet, le travail sur le motif de la convergence en triangle (fenêtres, robes, montagnes... et leurs juxtapositions) joue un rôle particulier dans l’approche visuelle du réalisateur. Du coup, à la manière des univers créés par Kiyoshi Kurosawa, la réalité du quotidien semble légèrement déformée, Ishii parvenant à créer un univers inconnu sans introduire aucun élément véritablement fantastique. Pour rendre cette ambiance plus "étrangère" encore, Sogo Ishii multiplie les techniques de réalisation et de montage, et souligne l’ensemble par un travail sonore hallucinant. De la musique (qui va de l’électro-ambient au noise) aux effets sonores, l’univers de Angel Dust est bruyant ; chaque déplacement de l’aiguille d’une horloge, chaque pas - ou encore le bruit du ventilateur d’un projecteur de diapositives - devenant oppressant, effrayant.

Grâce à ces éléments purement techniques, Sogo Ishii parvient, de façon expérimentale, à créer son propre langage d’expression, étrangement intelligible ; ou tout au moins jusqu’au dénouement final - pour le coup trop "réel" - qui nous sort quelque peu de l’hypnose dans laquelle l’ensemble nous avait jusque là plongés. L’ensemble demeure toutefois fascinant !

Angel Dust est disponible en DVD au Japon sans sous-titres, mais aussi à Hong Kong dans une version sous-titrée en anglais. Je vous conseillerais bien sûr, malgré tout, cette seconde édition !

aka Enjeru Dasuto | Japon | 1994 | Un film de Sôgo Ishii | Avec Kaho Minami, Takeshi Wakamatsu, Etsushi Toyokawa
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