April Story

Le printemps au Japon, ses cerisiers en fleurs, sa rentrée des classes... La jeune Nireno Uzuki quitte sa famille et Hokkaido pour rentrer à l’université, à Tokyo. Elle emménage, seule, dans un petit appartement, dans lequel elle ne peut même pas faire rentrer tous ses meubles. Timide, son intégration dans la capitale semble plutôt difficile, les autres élèves la trouvant plus curieuse qu’une tokyoïte ayant étudié à l’étranger. Nireno parvient tout de même à se lier d’amitié avec une fille de son âge, au travers de son inscription dans un club de pêche. Mais ce qui la motive bizarrement, ce sont ses visites répétées, jusque plusieurs fois par jour, dans une librairie de quartier...

Le talent de Shunji Iwai est tel, que chaque personnage de ses films s’inscrit durablement dans la mémoire des spectateurs, pour devenir un ami. Parfois de longue date, parfois de trop courte durée, mais toujours d’une importance rare : celle, précieuse, portée par une émotion authentique et un amour de la vie, de son rythme et de son appréciable complexité. Nireno Uzuki n’échappe aucunement à cette règle. Shunji Iwai prend son temps pour nous dévoiler les traits de cette jeune fille, qui quitte le confort de la cellule familiale pour se lancer dans la vie. Sa rencontre, nous la faisons d’abord en vue subjective, pour mieux assimiler le poids de son départ en train, lorsque sa main se pose, par nostalgie anticipée, sur la fenêtre qui la sépare d’une portion de vie qui s’éloigne. Puis Nireno arrive à Tokyo, et ce n’est que dans son nouvel appartement que nous rencontrons réellement l’héroïne d’April Story. Elle nous est alors familière et pourtant étrangère, redéfinie par cette localisation nouvelle.

Shunji Iwai avec délicatesse, manipule ainsi les attentes du spectateur pour mieux le plonger dans le bouleversement vécu par Nireno. Ce changement radical, chacun d’entre nous est à même de le comprendre et de s’y reconnaître ; pourtant il y a quelque chose dans la migration de Nireno, qui n’appartient qu’à elle, et qui se définit au travers de cette librairie qui lui sert de point d’ancrage à Tokyo. Tranquillement, au travers de ses rencontres et de quelques discussions, Iwai amène Nireno à se livrer, aussi bien au spectateur qu’à elle-même, à affirmer un amour secret qui lui sert de volonté, qui justifie ce choix de venir à l’université à Tokyo. Et crée, en nous, une affection remarquable pour cette jeune femme sincère, si complète et pourtant esquissée en peu de temps.

April Story ne dure en effet qu’à peine plus d’une heure, pourtant il semble à la fois être une éternité et un simple instant ; quelque chose finalement, comme une véritable déclaration d’amour. On pourrait presque le qualifier de film à "twist" ; mais si twist il y a, il s’agit de celui, merveilleusement discret et sensible, qui naît de la pudeur et du respect envers l’être humain. Au travers de ces images d’une bouleversante banalité, Shunji Iwai et Takako Matsu, magnifique Nireno, nous démontrent si l’on en doutait encore, que les chefs-d’œuvres les plus remarquables sont souvent les plus simples : cette histoire d’avril, tout comme la perception de son dénouement par une femme en devenir, est un véritable miracle d’amour.

April Story est disponible en DVD au Japon et en Corée ; c’est toutefois sur le second que se porte notre choix puisque, non content d’être superbe, il est accompagné de sous-titres anglais.

aka Shigatsu monogatari | Japon | 1998 | Un film de Shunji Iwai | Avec Takako Matsu, Kahori Fujii, Kazuhiko Kato, Kae Minami, Seiichi Tanabe, Kanji Tsuda
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