Arahan

Vous le savez certainement mieux que quiconque : les jeunes de nos jours, ce n’est plus ce que c’était. La preuve, c’est que plus personne ne s’intéresse au Tao, que les gens refusent d’accepter l’existence de leur propre Chi, et qu’il est plus difficile que jamais de trouver des disciples pour assurer la transmission des talents martiaux de nos ancètres. C’est du moins le constat effectué avec humour par Wu-Un (Ahn Seong-Gi) et ses collègues, cinq maîtres désespérés par la difficulté de l’exercice de leurs « fonctions » dans notre société, matérialiste et superficielle. Ils n’ont à vrai dire pour élève qu’une seule personne : la délicieuse Eui-Jin (Yun So-Yi), fille de Mu-Un qui ne peut échapper aux inerties sociales et navigue de boulot mineur en petit travail. Pour compenser cette vacuité apparente, Eui-Jin utilise ses redoutables capacités martiales (courir le long des murs, sauter d’immeuble en immeuble et j’en passe) contre la racaille inhérente à toute métropole urbaine.

C’est d’ailleurs au cours de l’une de ces expéditions punitives contre un voleur, à la tire et en moto, qu’Eui-Jin « rencontre » Sang-Hwan (Ryu Seung-Bom), au détour d’un « Palm Blast » mal maîtrisé. Sonné, Sang-Hwan est ramené chez les cinq maîtres, où ceux-ci - qui étaient à l’origine sept - lui révèlent l’incroyable vérité. Selon Wu-Un en effet, seul quelqu’un possédant un Chi hors du commun peut se relever d’un tel choc, et il se pourrait que le jeune homme, flic naïf et maladroit qui passe son temps à se faire tabasser par excès de zèle, soit en réalité Maruchi, un maître capable de protéger le secret d’Arahan, force capable de contrôler le Chi de l’univers... Sang-Hwan bien sûr n’en croit rien, en dépit de la manifestation de certaines capacités aussi surréalistes que non maîtrisées. Tout ce qui l’intéresse lui, c’est de maîtriser le Palm Blast pour venir à bout des gangsters locaux qui le passent à tabac ! Ses motivations sont certes mauvaises, mais un mauvais élève vaut mieux qu’aucun. D’autant que les cinq maîtres s’apprêtent à subir une épreuve de force au travers de l’affrontement de l’un des leurs, renégat réveillé d’un sommeil séculaire et désireux de devenir Arahan...

Arahan est une oeuvre résolument contemporaine. La discussion d’ouverture, qui dissimule l’enjeu narratif du film sous une bonne dose d’humour et de considérations cyniques, rappelle certains plans très prisés par Tarantino et consorts, visant à asseoir de façon décomplexée et surtout sans artifice, le sujet du film. Une simplicité qui contraste immédiatement avec la débauche visuelle de notre rencontre avec Eui-Jin et Sang-Hwan : pendant que le flic protagoniste crache ses poumons en poursuivant le voleur en deux roues, sa future partenaire se la joue super-héroïne sans lycra, conservant son attitude branchouille - sac DJ impeccablement maintenu en bandoulière - tout en accomplissant exploit sur exploit. Le résultat est une certaine distanciation du spectateur par rapport à l’action : celle-ci apparaît comme étant « normale », et plus spectaculaire que violente. Continuant d’assimiler les ressorts narratifs de sa génération, Arahan enchaine sur une approche des arts martiaux qui est celle des grands complots type X-Files (ils sont partout mais vous n’en savez rien), pour finir par revenir à sa préoccupation pré-générique : l’ignorance et le désintéressement de nos contemporains pour leur développement morale et physique, et la préservation de leur historicité. Au cours d’une promenade simple, héritée de Shaolin Soccer - et ce jusque dans certaines variations de la bande-son -, Arahan s’affirme alors explicitement comme le penchant coréen du carton de Stephen Chiau : Ryu Seung-Wan vise à redorrer le blason des arts-martiaux.

Pour ce faire, le réalisateur de Die Bad et No Blood No Tears offre à ses spectateurs deux possibilités d’identification. Les filles pourront bien sûr se projeter en la belle Eui-Jin, combattante hors-pair qui ne délaisse pas pour autant le maquillage et autres préoccupations cosmétiques. Quant aux garçons, c’est au travers de la prestation de Ryu Seung-Bom (formidable héros de No Manners) qu’ils sont invités à s’intéresser aux arts martiaux. Le parcours effectué par le jeune homme est d’ailleurs très crédible - sa seule volonté est de savoir se battre -, et donne aux adeptes de la maîtrise de la Nature et de soi, une occasion de reformuler leur speech de recrutement avec une clémence nouvelle. Peu importe que vous soyiez mû par la violence, la vengeance ou une autre force « obscure » : la réalité des arts-martiaux s’imposera d’elle-même en cours de route. Vous êtes feignant, aggressif, maladroit ? Même chose : seule compte l’envie d’y arriver. Qui sait, un destin exceptionnel se forgera peut-être pour vous en cours de route...

Pendant plus d’une heure, Arahan applique à la lettre cette nouvelle campagne marketing de l’Agence Martiale, dosant parfaitement sa narration entre le premier degré (implicite) et le second degré (explicite). Les scènes d’action sont peu nombreuses et leur gestion rend crédible l’évolution de Sang-Hwan. D’autant que celui-ci reste tout le long du film, un être imparfait, impulsif, et irresistiblement attiré par les attributs de Eui-Jin. Que ceux qui ne se reconnaissent pas lèvent la main.

Puis Arahan offre à son héros la révélation qui lui était promise : une force incommensurable, difficile à contrôler. La possibilité comme dans tout conte initiatique, de rester du côté des Jedi ou de pencher pour la Sith attitude... Arahan délaisse alors l’humour pour sombrer dans l’action pure et surtout violente, plongeant notamment tête baissée dans un combat final d’une longueur rare. Un choix étonnant, servant a priori avant tout de nappage à l’ensemble du métrage, et ce d’autant plus qu’il s’efface intelligemment au cours des dernières minutes du film. Les arts martiaux reviennent alors discrètement dans le quotidien de nos deux héros, partie intégrante mais non soulignée, tandis que l’on devine la renaissance de cette culture chez une bonne partie de leurs contemporains - encore une fois à la manière de Shaolin Soccer.

On comprend alors que le long combat qui oppose Sang-Hwan au « wannabe » Arahan est en réalité nécessaire, pour souligner la singularité d’un véritable affrontement, qui ne doit intervenir que dans un cas extrème. Le reste du temps, vos aptitudes doivent s’étaler en creux, dans l’expression suspendue d’une possibilité et non pas dans une proposition aggressive ; d’où la construction de la démonstration « retenue » de Ryu Seung-Wan. Nettement plus complexe et par conséquent moins évident que l’appel au Kung Fu de sieur Chau, Arahan est un « grand petit film », aussi ambitieux que sympathique et maîtrisé.

Arahan est disponible en DVD coréen dans une édition 2 DVDs (l’édition collector, comprenant 3 disques et une floppée de goodies, est quant à elle épuisée depuis bien longtemps).

aka Arahan - Urban Martial Arts Action | Corée du Sud | 2004 | Un film de Ryu Seung-Wan | Avec Ryu Seung-Bom, Yun So-Yi, Ahn Seong-Gi
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