Art of the Devil

Une jeune fille s’éprend d’un homme marié, millionaire notable. Leur relation évolue rapidement et la Lolita malgré elle tombe enceinte. Evidemment, l’homme lui demande de ne pas garder le bébé... pour étouffer l’affaire, son amante lui demande un million de bahts. Pour cette somme, l’honorable homme d’affaires (hum) estime qu’il mérite plus qu’une simple liaison, aussi décide-t-il d’offrir sa proie à ses trois partenaires, qui la violent sur une plage. La jeune femme bafouée n’en peut plus, fait éclater la vérité devant la famille du monstre. Les violeurs et la famille du millionaire décèdent dans d’étranges circonstances. Et notre jeune futur maman se fait renverser par une voiture. Gloups... l’ex-femme du millionaire hérite de sa propriété, et vient y vivre avec la première portée d’enfants du défunt... et voici que notre Lolita refait surface, en tant que fiancée du plus grand des enfants de cette première famille, et sans grossesse à l’horizon...

Thanit Jitnukul fait désormais partie des figures de proue du nouveau cinéma thaïlandais, à la fois en tant que producteur et en tant que réalisateur. Délaissées les velléités historiques et guerrières de ses premières œuvres, et notamment du fantastique Bang Rajan, Art of the Devil surfe sur la vague du film d’horreur teinté de superstition, actuellement très en vogue en Thaïlande, sous un emballage teenager tout de même enrichi d’une cruauté remarquable. Car il faut bien avouer que, au sein de la sélection « Continent B : Très méchant(e) » de la 27ème édition du Festival des 3 Continents, Art of the Devil ne vole aucunement sa place. De bout en bout, le film de Jitnukul est d’une méchanceté hallucinante. Il suffit d’assister aux quinze premières minutes du film, résumées ci-dessus, et dans lesquelles se succèdent adultère à la limite de la légalité, viol de groupe, meurtres graphiques (y compris d’enfants) et violence automobile sur femme enceinte, pour marché sur les traces d’une Category III HK aujourd’hui principalement révolue.

Au cours de cet étalage pour le moins étonnant de cruauté et de malsain, Art of the Devil affirme son caractère singulier. Couplées à un autre présent de narration qui est celui de la fin du film, ces scènes ont en effet la faculté de griller les cartouches du film avec une générosité déroutante. La narration semble avancer trop vite, au risque de priver le film de tout contenu et suspense. Suspense qui est en effet ici bizarrement géré, puisque l’on sait déjà pour la majeure partie comment le film va finir. Mais les mécaniques de suspense, au fur et à mesure de la progression d’Art of the Devil, lui apparaissent de plus en plus étrangères au profit d’une appréhension : il s’agit ici d’avoir le spectateur à l’usure, de l’éprouver sans cesse un peu plus, au travers de meutres interminables et d’une souffrance psychologique certaine, tout en jouissant de plus de terrifiantes apparitions, empruntant les traits d’une petite fille albinos. Les demoiselles présentes pendant la projection en hurlent encore.

Art of the Devil n’est pas un film remarquable, mais il est réellement différent de bon nombre de ses contemporains dans cette démarche affirmée d’usure du spectateur, sorte de "guerilla malsaine". Si l’on n’est pas plus terrifié que ça (en dehors des apparitions de l’enfant sus-citée, of course), il se noue tout de même dans l’estomac du spectateur une certaine panique à l’idée de supporter encore un peu plus de malsain et de méchanceté humaine. D’autant que Jitnukul ne lésine pas sur les visuels cauchemardesques liés à la pratique de la magie noire - la palme revenant sans hésitation à cette scène où un journaliste enquêtant sur l’affaire, se taillade le corps pour glisser la main sous sa chair, et tenter de déloger un corps étranger, introduit là par incantation. Argh.

S’il n’était pas aussi explicitement orienté vers un public ado - notamment au travers de ses deux héroïnes, mignonnes et très distinctes jeunes aguicheuses - Art of the Devil ne possèderait pas un tel potentiel dérangeant. En l’état c’est le cas ; ça ne suffit pas à en faire un vrai bon film, mais ça suffit par contre très largement à lui faire remplir son objectif. Introduire un nid de vipères au creux de votre estomac, qui ne vous quittera qu’à la fin de la projection, ravi que ce théâtre de cruauté soit enfin terminé !

Projeté au cours de la 27ème édition du Festival des 3 Continents à Nantes dans la sélection « Continent B : Très méchant(e) », Art of the Devil est disponible en DVD, aussi bien en Thaïlande que chez Japan Shock. A noter qu’une suite a déjà été tournée, et que son trailer laisse entrevoir une oeuvre épouvantablement graphique... chouette ! ;-)

aka L’art du diable - Khon le khong | Thaïlande | 2005 | Un film de Thanit Jitnukul (Tanit Jitnukul) | Avec Supakson Chaimongkol, Somchai Satuthum, Arisa Will
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