Barberousse

De retour à Edo après avoir étudié la médecine occidentale, Noboru Yasumoto pense être nommé médecin au château du Shogun, point de départ d’une carrière prometteuse. A son grand étonnement et mécontentement, il se retrouve affecté au dispensaire d’un quartier pauvre. Un placement qu’il pense être le résultat des manœuvres du père de sa fiancée, qui l’a abandonné pour un autre. Le jeune homme se refuse à travailler pour le docteur Niide, surnommé Barberousse, qui règne sur les lieux, et cherche à se faire congédier. Après avoir été attaqué par une patiente folle et soigné par Barberousse, le jeune homme va commencer à regarder d’un œil différent son affectation.

Ce vingt quatrième long métrage du réalisateur japonais et dernier en noir et blanc est un grand film humaniste. Récit d’apprentissage, il déroule les trajectoires personnelles de Noboru Yasumoto, d’une fillette recueillie par le dispensaire et d’un patient réparateur de roues, Sahachi. D’âges et de conditions totalement différentes, ils vont apprendre à faire don de soi, chacun selon ses moyens.

Akira Kurozawa fait confiance aux scènes déjà suffisamment poignantes et à son sens de la mise en scène pour communiquer l’émotion aux spectateurs, ajoutant rarement une musique de circonstance. L’utilisation de plans séquences pour certaines scènes clés du film contribue à l’immersion émotionnelle du spectateur. A l’instar de celle où Barberousse laisse le jeune homme assister seul un mourant dans ses derniers instants. La vie ne se trouve pas dans les livres, une des leçons de Barberousse à celui qui n’est encore qu’un blanc bec.

Est-il encore nécessaire de le préciser en parlant d’un film de l’Empereur que la photographie et les compositions sont un véritable travail d’orfèvre ? Dans ce film où le spectateur est plongé dans la noirceur de la misère humaine, le réalisateur et ses deux directeurs de la photographie ont réalisé des prouesses pour aller chercher des détails dans les ombres. Ils arrivent ainsi à faire ressortir les larmes versées par le jeune docteur dont le visage est dans la pénombre lors de la visite de Barberousse après son agression. La restauration fait honneur à leur travail.

Le film est célèbre pour la reconstitution historique détaillée réalisée - magnifique veinure des portes en bois du dispensaires et rues de la ville, mais elle n’est jamais montrée en plan général. Seules certaines parties sont cadrées pour donner vie à certaines scènes. Le spectateur n’est pas distrait du récit par le décor, quel que soit sa qualité.

La séquence pendant laquelle la fillette aide Noboru à recouvrer la santé est particulièrement remarquable et touchante. Magnifiquement filmée en plans rapprochés et à hauteur du malade couché, le chef du dispensaire lui donne une leçon de vie : elle aussi peut faire le bien. Une première brèche a été creusée dans le mur de méfiance qu’elle a érigé autour d’elle. Elle contient l’un des principaux messages du film : l’égoïsme n’est pas une fatalité et peut être combattu en montrant le bon exemple. Le fait que l’exemple ne vienne pas exclusivement d’en haut est l’une des raisons pour laquelle Barberousse évite l’écueil du sentimentalisme, même s’il contient son lot de scènes poignantes.

L’une des autres raisons se trouve dans la personnalité du docteur en charge du dispensaire joué par Toshiro Mifune. Brut de décoffrage, il n’est pas un saint et n’hésite pas à bousculer la loi pour faire avancer sa cause. Il appartient à une longue lignée de personnages de Kurosawa, du policier de chien enragé aux villageois des Sept samouraïs, qui vont jusqu’au bout pour atteindre leur but.

Un diffèrent sur l’interprétation de Barberousse signera la fin de la collaboration entre Akira Kurozawa et son acteur fétiche, qui avait débuté avec L’ange ivre. L’un des personnages principaux était déjà un docteur interprété alors par le grand Takashi Shimura. Ce dernier joue ici un petit rôle, celui d’un banquier client de Barberousse, dont il vide le gousset.

Kizushii | 11.09.2017 | Japon

Barberousse est disponible depuis le 30 août chez Wild Side en Blu-ray et en DVD, dans des versions restaurées. Ils sont accompagnés comme pour les précédents films d’un livre d’une soixantaine de pages de Linda Tahir.
Remerciements à l’équipe de Wild Side.

aka Akahige - 赤ひげ | Japon | 1965 | Un film de Akira Kurosawa | Avec Toshiro Mifune, Kyōko Kagawa, Yūzō Kayama, Tsutomu Yamazaki, Terumi Niki, Takashi Shimura, Yoshio Tsuchiya, Chishū Ryū, Reiko Dan, Eijirō Tōno, Akemi Negishi
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