Be With Me

Etonnant est le qualificatif qui s’est imposé à moi à l’issue de la projection du film d’Eric Khoo, Be With Me. La troisième réalisation du singapourien a été présentée à la Quinzaine des réalisateurs lors de l’édition 2005 du festival de Cannes.

A l’origine du film se trouve l’histoire vraie d’une singapourienne sourde et aveugle, Theresa Chan, dont la trajectoire de vie est pour le moins exemplaire.

Elle est la figure tutélaire de ce film, qui nous emmène sur les pas de trois personnages confrontés à une séparation avec l’être aimé : un vieillard n’arrive pas à faire le deuil de sa femme, une lycéenne dont l’amour est trop envahissant fait fuir sa camarade de classe, et enfin un vigile qui n’ose pas aborder une jeune cadre dynamique travaillant dans son immeuble.

Eric Khoo nous offre un beau moment de cinéma : la rencontre à distance entre le veuf et Thérésa. Lui en lisant ses mémoires et elle par l’intermédiaire de deux des trois sens qui lui reste, l’odeur et le goût, lorsqu’elle déguste les plats qu’il mitonne. Ce film se place en effet sous le signe des sens : du goût pour les acteurs et visuel pour le spectateur.

La gastronomie sous ses formes les plus diverses, de la plus fine à la plus vulgaire, le fast food, occupe une place de premier choix dans ce film. Le vieil homme apporte un soin amoureux à la préparation des repas : du choix des ingrédients au marché à leur préparation, leur cuisson et à leur dégustation. Le gros vigile y enfouit ses frustrations sentimentales et le mépris de sa famille. Pour la jeune adolescente, la confirmation de la trahison de son amie aura lieu dans un fast-food.

Eric Khoo a adopté un dispositif des plus épurés. La parole est donnée au cadre avec une caméra qui reste quasiment immobile et des dialogues réduits au minimum. L’usage du SMS, en particulier pour l’histoire de l’adolescente, le permet. Après The World, le SMS semble avoir gagné cette année ses galons d’outil cinématographique pour les réalisateurs asiatiques. Ce dispositif permet de donner une unité de style au film, où l’émotion passe en priorité par l’image. Le réalisateur singapourien a filmé en numérique haute définition et choisi des couleurs désaturées, en accord avec le ton grave du scénario.

Be With Me traite également de l’amour à trois différents stades de la vie : l’adolescence, l’age adulte et la vieillesse. Même si au final, les comportements des personnages ressemblent à ceux d’adolescents. Le vigile se comporte comme un amoureux transi. Il suit l’objet de son affection jusque chez elle, et trop timide pour l’aborder sue sang et eau pour lui écrire un billet doux sur un papier à lettre fleuri.

Be With Me n’échappe cependant pas à la règle des films à histoires multiples : les trois récits n’ont pas le même intérêt. En outre, le spectateur se demande pendant une bonne partie du film quand les trois histoires, au-delà de la thématique commune, vont se rejoindre.

PS : Cette oeuvre n’est pas facile d’accès et devrait en rebuter plus d’un.

Lire aussi l’interview du réalisateur Eric Khoo.

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