Beautiful Miss Jin

Beautiful Miss Jin n’était peut-être pas le film le plus marquant de la sélection de la 14ème édition du Festival du film asiatique de Deauville – ne serait-ce que parmi ses compatriotes sud-coréens, Pink étant plus obsédant, War of the Arrows plus prenant – mais, n’ayant pas eu l’occasion d’assister à la projection du Saya Zamurai de Hitoshi Matsumoto (Dai-Nipponjin, Symbol), c’est le seul à nous avoir offert le sourire pour principale émotion. Le réalisateur Jang Hee-chul y conte la rencontre de Soo Dong, gardien d’un passage à niveau dont la vie personnelle est aussi étriquée que la vie professionnelle, et de trois sans abris - Miss Jin, la petite fille qui l’accompagne (surnommée Miss Piggie pour son appétit), et un ivrogne envahissant -, inattendus remèdes à sa solitude.

Son tableau de solidarité, plus affective que sociale, Jang Hee-chul le dessine à l’aide de saynètes tendres et humoristiques. Tandis que la merveilleuse Miss Jin et sa jeune compagne occupent la gare de Soo Dong, au désarroi désemparé de son directeur, accaparant la salle d’attente pour regarder des dramas, dormir et faire de la gymnastique, Soo Dong s’impose peu à peu comme un remarquable héros ordinaire, ni trop bon ni trop con, qui s’occupe de cette simili-famille sans pitié ni jugement. Il est un peu plus dur, parfois, avec le troisième larron, mais son implication avec ce collant trublion est aussi plus conséquente, puisqu’il prend même soin de lui dans son petit appartement, lorsque l’ivrogne s’écroule, ivre mort, dans les toilettes de la gare.

La singularité de Beautiful Miss Jin réside dans sa décontextualisation. Jamais Jang Hee-chul ne se sert-il de Soo Dong pour faire la lumière sur l’histoire de Miss Jin ou de la petite fille, attendrir par le mélodrame. Et si, en oreille attentive, le gardien écoute l’histoire de l’ivrogne, c’est plus par politesse que par intérêt. Peu lui importe leur origine : Soo Dong apprécie la compagnie et la gratitude affective de la femme et de l’enfant, et ne saurait se résoudre à exclure leur encombrante connaissance, tout simplement. Tout misérabilisme ainsi exclus, il est plus aisé de profiter de la bienveillance naïve de l’édifice, qui n’omet pas pour autant d’imposer à l’enfance une certaine réalité sociale.

Ce rappel à l’ordre, qui parvient à créer une courte mais très intense appréhension chez le spectateur, est la seule concession du réalisateur au social, qui reste toutefois dépourvu de tout commentaire. C’est d’ailleurs certainement ce que lui reprocheront ses détracteurs : en refusant de parler de misère, de difficultés, d’évoquer des parcours ou des trajectoires, Jang Hee-chul livre un film largement biaisé, un peu frivole. Mais son but n’étant pas de dresser le portrait d’une réalité socio-économique, sinon de puiser dans une configuration cinégénique une solution ambivalente à l’exclusion, il est aisé de lui pardonner ses lacunes pour profiter de sa bonne humeur. D’autant que Jang Hee-chul n’applique pas sa légèreté à sa mise en scène, simple mais emplie de belles images. Comme ce reflet de Miss Piggie dans les lunettes de Miss Jin, fausse aveugle dans les couloirs du métro, qui n’est pas un effet d’optique mais une projection sentimentale, touchante incarnation d’attachement.

Beautiful Miss Jin a été présenté en compétition au 14ème Festival du Film Asiatique de Deauville (2012).

aka Misseu Jineun Yeobbeuda | Corée du Sud | 2011 | Un film de Jang Hee-chul | Avec Sun-mi Jin, Park Na-kyung, Ha Hyun-kwan, Choi Jae-woong
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