Beauty

Au nord de l’Argentine, Yola, jeune femme d’origine Wichi - l’un des nombreux peuples indigènes de la région - s’est éloignée des siens pour assister la mère d’Anto, comme bonne mais aussi fille de substitution, moins revêche que l’adolescente aux cheveux rebelles en passe de fêter ses quinze ans. Ses cheveux, autrement plus beaux, Yola y tient : ne pas les couper fait partie des traditions de son peuple. Anto est fascinée par ces longs cheveux noirs, obsédée même, au point de les coiffer ou les rincer au citron de force. Lorsque la mère d’Anto fait couper les cheveux de Yola contre son gré, la jeune femme, déjà peu bavarde, se renferme plus encore...

De la même façon que, d’une certaine façon, Memories Look at Me trouvait un compagnon en Sleepless Night au sein de la compétition de l’édition 2012 du Festival des 3 Continents, Beauty fonctionnait à mes yeux de paire avec le film iranien It’s A Dream. Les problématiques socio-culturelles que les deux films dépeignent ne sont certes pas les mêmes ; toutefois tous deux fonctionnent sur le même principe d’un objectif narratif dévoilé de façon progressive et implicite. Leurs objets, jamais clairement évoqués, voire tus, ne sont rendus intelligibles que par l’appréhension a posteriori de leurs narrations respectives.

Dans le cas de Beauty, il s’agit de traiter, comme l’a joliment résumé la jeune réalisatrice Daniela Seggiaro, à l’issue de la projection du film en compétition officielle, de la non-rencontre entre les argentins et le peuple Wichi, entre leurs cultures. Dans Beauty, les protagonistes se parlent, certes, mais ne se répondent ni ne s’écoutent, pas plus qu’ils ne se comprennent. Cette mère, très belle, qui s’occupe plus de Yola que de ses propres enfants, est pour le spectateur lui-même insaisissable, dans son relationnel familial, son rapport à la fois affectif et distant à l’héroïne... Elle s’adresse à Yola comme si elle savait que celle-ci ne lui répondrait pas, et pour cause : ce qu’elle attend de l’indigène n’est pas un échange affectif, ou culturel, mais autre chose.

Si Yola ne s’exprime pas au sein de cette famille, ou si peu, elle le fait en off, dans sa propre langue, narratrice d’une introspection évocatrice de ses origines qui rythme le métrage, distille cette beauté qui lui donne son titre. Daniela Seggiaro y utilise le sous-titrage, au centre de l’image, comme un composant de sa mise en scène, pour insister sur l’importance de cette langue, parmi tant d’autres méprisées au profit du seul espagnol dans son pays. Entre chacune de ces excursions Wichi, qui définissent cette héroïne malgré elle, Yola semble flotter, éthérée, dans un univers qui n’est pas le sien, qu’elle ne comprend pas et qui ne souhaite pas la connaître - si l’on excepte un prétendant que Yola éconduit sans cesse avec le plus beau des sourire, ne devenant jamais la Juliette qu’elle aurait pu incarner dans un contexte différent. La réalisatrice restitue à merveille, dans l’imprécision de sa narration, ce flottement du déracinement ; cependant, si le film y gagne en cohérence, on peine parfois à gratter sa surface, à se défaire de la distance imposée par Yola, à voir la mère d’Anto plutôt que de simplement la regarder.

C’est dans ses derniers instants, mise en scène habile d’un détestable mépris, humain et culturel, qui donne sens à l’incident capillaire en son cœur et à ses singulières dynamiques relationnelles, que Beauty s’offre une complétude inattendue. Daniela Seggiaro achève ainsi de mettre en scène une belle et cruelle anecdote, révélatrice d’une triste incompatibilité culturelle à double sens ; avec une certaine froideur peut-être, mais aussi un talent évident pour l’observation et la narration induite.

Beauty a été présenté lors de l’édition 2012 du Festival des 3 Continents (Nantes), en compétition officielle, où il a remporté la Montgolfière d’Argent.

aka Nosilatiaj. La Belleza | Argentine | 2011 | Un film de Daniela Seggiaro | Avec Rosmeri Segundo, Sasa Sharet Isabel Mendoza, Ximena Banús, Víctor Hugo Carrizo, Camila Romagnolo
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