Beijing Bicycle

La Chine et ses vélos, voilà une réalité qui va bien au-delà du simple cliché... Pékin en est encore aujourd’hui encombrée, et ceux-ci restent toujours un fort symbole de réussite sociale dans le pays. C’est pourquoi cette fable ne pouvait prendre sa dimension tragique que dans ces lieux. Ce « vélo de Pékin » est ainsi l’occasion pour le réalisateur, Wang Xiaoshuai, de transcender une trame anodine par sa mise en perspective dans un contexte social et politique bien particulier.

Guei, jeune homme de la campagne, monte comme tant d’autres à Pékin pour y trouver du travail. Il est embauché comme coursier à vélo, et peut alors réaliser un double rêve : Gagner sa vie, et acquérir son vélo au bout d’un court mois de courses. Toute sa vie bascule lorsqu’il se fait voler son outil de travail. Une seule idée fixe, retrouver son vélo, coûte que coûte, dans une ville qui en compte des millions...

Wang Xiaoshuai dépeint dans son film une Chine de contrastes. Entre tradition et modernité, campagnes et villes, la nouvelle génération et leurs aînés. A travers toutes ses oppositions, le vélo fait figure de fil conducteur et garde l’unité du film, du point de vue de l’histoire comme de la mise en scène. La caméra suiveuse, lors des longues courses à vélo, traverse tour à tour les larges avenues modernes de la ville nouvelle et le labyrinthe de ruelles du vieux Pékin. Egalement, le vélo représente pour l’ensemble des protagonistes, quel que soit leur âge ou leur origine, un instrument d’ascension sociale : à la fois outil de travail et d’intégration, accessoire de drague, signe extérieur de richesse et d’appartenance à une bande. Le titre du film est pour le moins parlant, opposant également le traditionnel vélo de Pékin (moyen de transport favori des chinois) et l’anglais, langue de la modernité et témoignage de l’ouverture de la Chine. L’œuvre de Wang Xiashuai se veut donc une évocation de l’état des grandes villes chinoises, au niveau architectural (au travers des longs travellings à vélo, dans le centre urbain écrasant de hauteur comme dans les vieux quartiers aux maisons basses et délabrées), et social.

C’est ce dernier niveau de lecture qui prédomine, en raison d’une part de l’excellence des acteurs mais également d’une profusion de trames parallèles mettant chacune en valeur un drame de la société contemporaine chinoise. De la lutte des classes, omniprésente à l’écran (opposition employés/PDG, une servante qui joue à la patronne, notre héros perdu dans un salon de massage haut de gamme), aux multiples conflits physiques orchestrés par le réalisateur, c’est un tableau bien sombre de la Chine et de ses métropoles qui se dévoile sous nos yeux. Victime des violences urbaines des gangs, victime du désoeuvrement d’une jeunesse en manque de repères et en rébellion totale contre la génération précédente, Pékin titube sur le chemin de la modernité. Présente dans le titre, la ville de Pékin l’est bel et bien dans le film, protagoniste à part entière. Le faible nombre de personnages principaux (4 ou 5) augmente cette impression. La ville, montrée à l’écran, englobe ainsi ces millions de personnes anonymes (ou, d’ailleurs, homonymes) croisées au fil de l’histoire, pour constituer une personne additionnelle, avec laquelle les héros interagissent. Une personne que le réalisateur nous fait découvrir avec tristesse et, parfois, honte.

Car si la caméra se fait plutôt discrète, la multiplication des plans fixes sur les visages et la part belle laissée aux sentiments forcent le spectateur à partager les émotions des protagonistes. C’est là le tour de force de Wang Xiashuai et de sa troupe d’acteurs. Par petites touches, sans ostentation ni effets de manche, ils distillent tour à tour le désespoir, la joie, l’humiliation et la domination. Au public de les ressentir, et finalement de porter un jugement sur ces personnages et leurs péripéties, à l’inverse d’un réalisateur qui se garde bien de trancher. Seule entorse à ce parti pris presque documentaire et propre aux cinéastes de la 6ème génération, quelques scènes jubilatoires de poursuites (à vélos et à pieds) tournées frénétiquement et ponctuées d’un grand éclat de rire. Elles désamorcent certaines scènes provocantes épargnant au film toute lourdeur dramatique.

Pas foncièrement pessimiste, Beijing Bicycle est clairement le film d’un réalisateur en proie au doute. La fin, laissée ouverte, laisse une fois encore le champ libre au spectateur pour se forger une opinion. Une chose est sûre, le film fait l’apologie de la persévérance, frisant l’obstination. Un écho à la difficulté de réaliser ce type de cinéma en Chine aujourd’hui, dans la clandestinité ? Quand on veut, on peut, ce film en est une (très belle) preuve.

David Decloux | 20.03.2006 | Taiwan, Chine

Edité en DVD simple ou en coffret prestige chez One Plus One, on ne saurait trop conseiller le coffret, comprenant deux films supplémentaires, Shower et Suzhou River, ainsi qu’un essai sur le cinéma chinois passionnant. Du point de vue technique, l’image est belle avec un minimum de défaut de compression et le son stéréo très correct fait honneur à l’agréable musique du film. Complétée d’une brève analyse, d’un court-métrage inédit et des traditionnelles bande-annonce et filmographies, c’est une belle édition pour découvrir le film dans les meilleures conditions.

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