Beyond the Years

Song-hwa et Dong-ho sont recueillis par un musicien ambulant. Les premières années de leur jeunes vies sont jonchées d’apprentissage du chant pour Song-hwa et du tambour pour Dong-ho. Mais alors que ce dernier va bientôt devenir un homme, les conflits se font de plus en plus nombreux et le misérabilisme de leur quotidien le conduit à abandonner Song-hwa et leur maître, et ce malgré l’attirance qu’il éprouve pour sa demi-sœur. Devenu régisseur dans une troupe itinérante, Dong-ho s’attire les faveurs de la jeune chanteuse de “pansori” et lui fait un enfant. En parallèle de sa paternité, il essaye par tous les moyens de retrouver la trace de Song-hwa… rendue aveugle par leur père adoptif.

D’une simplicité limpide et d’une force incroyable, Beyond the Years nous conquit dès ses premières images. La séquence d’ouverture du père et des deux enfants arrivant devant ce paysage calme de Sunhak est d’une magie incomparable. Contempler cette montagne qui aurait l’apparence d’une grue au repos est un moment inoubliable, et on a vraiment l’impression de s’y trouver en leur compagnie.

Im Kwon Taek choisit pour toile de fond, une fois encore, le pansori - art regroupant d’autres formes d’art comme le chant et la poésie, et qui est accompagné d’un tambour double. Le “chanteur” peut déclamer en étant assis ou bien mimer ce qu’il narre. Pansori signifie « chant de lieu de rencontre », ce qui finalement définit le mieux ce genre traditionnel.

La volonté d’Im Kwon Taek de raconter une histoire simple n’a d’égal que celle que possède Dong-ho d’aller au bout de sa quête, de son amour pour Song-hwa. Il la recherche durant des années, la retrouvant de ci de là, entendant parler d’elle de temps à autres, pouvant l’imaginer se mouvoir dans les chambres qu’elle a occupées, des chants qu’elle a chantés. Dong-Ho acceptera même d’aller jusqu’au Moyen-Orient pour gagner de l’argent et offrir une maison capable d’accueillir Song-hwa ainsi que son infirmité.

Mais là où réside l’intelligence d’Im Kwon Taek, c’est dans le choix de nous imposer le rôle de l’aubergiste de Sunhak que les deux héros ont rencontré des années auparavant dans leur enfance. Véritable clé de voûte de l’histoire d’amour de Dong et Song, ce personnage tour à tour détestable et attachant, est le moteur qu’il fallait à Dong pour reprendre du poil de la bête dans ses recherches jusqu’alors infructueuses. Les souvenirs s’entremêlent et Dong repense tantôt aux cours harassants de leur père et tantôt à sa vie dans la troupe et en particulier celle plus intime avec Dan-Shim, la jeune chanteuse.

D’une poésie jamais, ô grand jamais larmoyante, ce magnifique centième film du réalisateur coréen va jusqu’au bout du temps, des volontés de chacun, du pacte secret qui lie les frères et sœurs amants !!! L’abnégation de Dong-ho est contagieuse et l’envie de partager les différentes émotions qu’il rencontre nous gagne. On se prend parfois même à rêver qu’il la retrouve, et l’on crie au désespoir lorsqu’il la rate de peu. C’est en ça que Beyond the Years dépasse Ivre de femmes et de peinture. Tandis que d’un côté on devient noir d’empathie pour ce personnage de peintre surdoué à qui tout sourit (une compagne, un mécène, une clientèle) et qui inlassablement va s’évertuer à s’auto-détruire, de l’autre Dong-ho est lui bien plus touchant et il nous suffit de se laisser porter un tantinet pour désirer participer à sa vie et pourquoi pas devenir, pour lui et Song, un frère ou une sœur.

Beyond the Years est plus abouti par le fait qu’il prend son temps sans la moindre lenteur et surtout sans apitoiements. Les personnages restent persuadés qu’il se retrouveront tôt ou tard. Ils sont à la fois désireux et anxieux, en pleine appréhension de leurs retrouvailles. Prouesse psychologique de leur part et force incroyable insufflé par Im Kwon Taek, qui de métrage en métrage s’amuse, exprimant sa maîtrise du 7ème art en voguant de genre en genre : biographique, polar, action, piété...

Réaliser un film sur l’amour était une volonté d’Im Kwon Taek et ce dès la lecture du roman de Yi Chung-jun, The Wanderer of Seonhak-Dong. Ce dernier désirait au travers de Beyond the Years « retranscrire sa vision et son expérience de la vie et de l’amour »… Il y est parvenu et de façon assez spectaculaire, et ce sans trop s’éloigner du sujet principal : la recherche de soi au travers de l’autre. Dépouillé de tout artifice de mise en scène, cet Au-delà des années d’Im Kwon Taek prouve jusqu’où est capable d’aller l’amour d’une façon non fictionnelle, et donc bien réelle.

C’est Jo Jae-Hyun qui prête ses traits au héros Dong-ho. Refusant des rôles pour pouvoir se consacrer entièrement au film (le tournage étant calqué sur les quatre saisons que dure le scénario), Jo Jae-Hyun est allé jusqu’à apprendre l’art du tambour auprès de Kim Cheong Man pour son personnage. Aussi somptueux qu’il fut détestable dans le Bad Guy de Kim Ki Duk, Jo Jae-Hyun est un habitué des rôles complexes puisqu’il a enchaîné Crocodile, The Isle, Address Unknown et le précité. Quel homme !!

Quant à la jeune Song-hwa, c’est Oh Jung-Hae qui reprend son rôle de chanteuse aveugle qu’elle tenait déjà dans La Chanteuse de Pansori. Coutumière des œuvres d’Im Kwon Taek puisqu’à ce jour elle a tourné ces quatre seuls films avec lui, Oh Jung-Hae resplendit et représente la perfection faite actrice tant il est enivrant de l’entendre déclamer.

Ce couple est aussi plutôt bien servi par des seconds rôles honnêtes. Mais ce qui rend le tout cohérent, c’est qu’aucun des acteurs ne prend le dessus sur l’autre, tous servent le propos de Beyond the Years… Ce qui en fait pour finir et sans nul doute le meilleur film coréen depuis bien longtemps, et un chef d’œuvre follement et tendrement universel.

Beyond the Years a été présenté dans la sélection Panorama de la dixième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2008). Et quelle bonne idée !!
(Il sortira par ailleurs sur les écrans français le 16 juillet 2008 a priori.)

aka Souvenir - 천년학 - Cheon nyeon hak | Corée du Sud | 2007 | Un film de Im Kwon Taek | Avec Oh Jung-hae, Jo Jae-hyun
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