Black Belt

Il est des films totalement inutiles dont on rechigne parfois à dire du mal, par respect pour l’auteur et le travail accompli. Il en est d’autres pourtant qui, en raison d’une accroche tape-à-l’œil et d’un marketing prétentieux, ne méritent pas un tel tact. Black Belt est de ceux-là. Présenté comme le film d’art martiaux ultime « Real fight – Real Karate – Real Japan », un film qui va au-delà du simple film d’action dans son portrait du karaté moderne, cette « ceinture noire » est aussi délavée que l’objet éponyme si convoité par les protagonistes.

Taïkan, Choei et Giryu étudient le karaté auprès de leur maître dans un dojo reculé. Ce dernier meurt prématurément avant que la "kuro-obi", la ceinture noire désignant son successeur, n’ait été transmise… Dur !

Une baraque perdue dans la montagne, des personnages à l’abri des soucis d’un monde extérieur militairement agité, toute référence à Heïdi n’est évidemment pas fortuite. C’est joli, bien pensant, bourré de bons sentiments, bref, c’est laqué comme un canard. On subit dans ce film quasiment tous les clichés éculés des films traditionnels d’arts martiaux, desquels Black Belt semblait pourtant vouloir se distinguer. La méditation dans les ajoncs ou sous la cascade, les personnages manichéens et stéréotypés (le rêveur, l’ambitieux, le pourri, le sage, etc.), les réminiscences auditives du grand maître (« Tends voir la joue gauche »), rien ne nous est épargné. Black Belt est un complet échec, une caricature de ce qu’il aurait voulu être. Par manque d’ambition et paresse générale - dans l’écriture, la réalisation, et l’interprétation.

La trame simpliste n’est qu’un prétexte à la réunion finale des héros initialement séparés, chacun prenant un chemin différent vers son propre accomplissement personnel. Déjà caricaturaux à l’origine, les personnages montent sur le « ring final » avec une personnalité monochrome (tout comme l’image) qui les rend insipides. Leurs tribulations ne nous touchent pas, pas plus que leurs motivations, au demeurant pas toujours évidentes. Si une piste historique est bien explorée lors du générique, elle s’arrête dès la fin des titres et l’ancrage dans une époque pourtant intéressante tourne court. Le jeu inexpressif des acteurs contribue à tenir le spectateur à distance respectable d’une histoire qu’il a de toute façon probablement déjà vue. Le choix de professionnels des arts martiaux (tous ceintures noires dans la vie) est d’ailleurs assez difficilement compréhensible au vu du relatif petit nombre de combats. L’émotion exprimée par des acteurs de talent aurait pu faire de cette fable simple et naïve un film agréable, c’est déjà arrivé.

Peu de combats, beaucoup filmés de nuit dans des cages à lapin, mais que reste-t-il donc du karaté ? Bonne question. J’imagine que la réponse de l’équipe du film et de l’initiateur du projet aurait été : « la philosophie ». Se pose alors le dilemme qui rend ce film si bancal : comment faire un film de combat en présentant un art qui prône l’interdiction d’attaquer ? La réponse apportée par Black Belt est, malheureusement, tout sauf subtile. Nous est rabâché, tout au long du film, un art de vivre naïf qui confine à la niaiserie. Au travers d’une répétition de leitmotivs que n’aurait pas reniés le sage des vieux karaté kids, le film construit une morale de pacotille et rencontre un dénouement ridicule mais évidemment heureux. L’honneur est sauf, mais le spectateur abîmé.

Le karaté souffre lui aussi d’un tel traitement, et ne mérite vraiment pas çà. Si l’intention de départ était certes louable bien que trop affichée, le film « ultime » de karaté semble un objet utopique, tant cet art est multiple et commande la subtilité. Il y aura donc toujours DES films de karaté et il s’y définira dans tous et dans aucun en particulier. De ce point de vue là, Black Belt n’apporte pas vraiment sa pierre à l’édifice. Pour voir du karaté « réel », le mieux reste encore d’aller le voir en vrai.

Black Belt a été présenté en compétiton dans la sélection Action Asia de la dixième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2008).

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