Blades of Blood
aka 구르믈 버서난 달처럼 | Corée du Sud | 2010 | Un film de Lee Joon-ik | Avec Hwang Jung-min, Cha Seung-won, Han Ji-hye, Baek Sung-hyun
Blades of Blood

Dans la lignée d’un King and the Clown plutôt très réussi (critique à suivre), Lee Joon-Ik nous offre de nouveau, avec Blades of Blood, un excellent drame historique. N’en déplaise aux organisateurs du dernier festival de Deauville, Blades of Blood n’est pas un film d’action. A travers lui, le réalisateur nous prouve une fois encore sa maîtrise dans une œuvre parfaitement équilibrée, entre action et humour, intrigue et romance, performance physique et jeu d’acteurs. Alternant fidélité historique et liberté scénaristique, Lee Joon-Ik capture avec réalisme une période de l’histoire coréenne tout en la rendant moderne et accessible, au travers des combats notamment. C’est la réussite majeure d’un réalisateur à l’image des lames de son titre. Affuté.

Dans un royaume de Corée paralysé par les désaccords internes de ses gouvernants et la faiblesse de son roi, la Grande Alliance, coalition de guerriers formée pour prévenir toute attaque du voisin japonais, voit son influence grandir. Lee Mong-hak, son leader, vise le trône et se lance dans la conquête meurtrière de son propre pays. Il trouvera sur son chemin Hwang, combattant aveugle et ancien allié dont il a tué l’ami ; Kyun-ja, le fils batârd d’un ministre qu’il a assassiné et Baek-ji, une concubine qui n’est pas prête à renoncer à lui.

Si, sur cette trame simple, on anticipe naturellement une histoire de vengeance plutôt banale, Lee Joon-Ik se joue de nous. Il met tour à tour sur le devant de la scène chacun de ses personnages, avec ses motivations, ses doutes, ses émotions. Volontairement éparpillé, le film change constamment de genre (action, drame, comédie, guerre), de thématique (politique, initiatique, tragique) et de point de vue. Ce méli-mélo est à l’image de la Corée de l’époque, divisée entre cabinet de l’Est et cabinet de l’Ouest, incapable de se focaliser sur l’envahisseur japonais. Le pays, les personnages, et au final le spectateur, sont pris en otage par les jeux de pouvoir, les intrigues de palais et les égos. Ce pari osé, qui érige le manque de cohérence en objectif assumé, fonctionne grâce à la fluidité du scénario, un montage ubiquitaire maîtrisé, des acteurs charismatiques et une résonance dans l’actualité tristement évidente. A un changement de points cardinaux près…

Si le film conserve sa lisibilité en dépit de son parti pris désordonné, il le doit en grande partie au jeu de ses acteurs principaux. Véritables points de repère pour le spectateur, ils accaparent chacune de leurs scènes, nous facilitant une constante remise en situation. Cha Seung-won (Lee Mong-hak) est impressionnant de présence à l’écran, véritable Lee Van Cleef coréen tout de raideur et d’émotion contrôlée. Hwang Jeong-min (Hwang) est son contrepoint parfait, multipliant mimiques et légèretés, dans un hommage décalé au légendaire combattant aveugle, Zatoïchi. Sevrés de dialogues, apanage des personnages secondaires, les quatre protagonistes principaux laissent éclater leurs émotions, à travers leur jeu et leurs expressions. Hostile, joueur, naïf, provocatrice, mais tous tellement humains.

Chacun d’eux porte avec lui un rêve profond, qui se révèle au fur et à mesure de sa quête, tout au long du film. Cette cohérence de fond bénéficie au film mais également aux séquences de sabre, qui extraient rage et tension des motivations des combattants. Inventifs et rythmés, les combats sont réalistes (pas ou peu d’usage de câbles) et millimétrés. L’usage, parfois un peu prononcé, du ralenti, a le mérite de montrer à quel point les lames sont proches des acteurs. Lee Joon-ik montre une fois encore son savoir-faire dans la réalisation de ces scènes, mettant en valeur l’usage du corps, presque aussi important que la pointe d’acier ou le bois du bâton. En dépit de son titre, le film n’est pas particulièrement sanglant, le cinéaste privilégiant le mouvement et l’esthétique des duels plutôt que leur issue. Une esthétique qui, à l’instar de son King and the Clown, ne se dément pas, ni dans les somptueux costumes, ni dans le choix des décors, opposant le sobre et le coloré, le grouillant et le désertique, la droiture et la corruption.

Tout au long de son tortueux déroulement, Blades of Blood est une œuvre parfaitement maîtrisée, sur le fond et sur la forme, par un cinéaste désormais coutumier du fait. C’est un objet hybride, un fleuve cinématographique aux multiples sources qui, au fur et à mesure qu’elles se rejoignent, renforcent son rythme jusqu’au dénouement, certes caricatural, mais d’une magnifique brutalité. Le très beau tableau final du film, à la quiétude céleste, montre les rêves de chacun finalement réalisés. Mais à quel prix ? Ils offrent tout simplement la Corée aux japonais.

Blades of Blood a été présenté dans la sélection Action Asia de la treizième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2011).

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