Blood and Bones

Vivre malheureux est bien plus triste que mourir.

Fraîchement débarqué de sa Corée natale, Kim Shunpei s’installe à Osaka, des rêves plein la tête. Expatrié au Japon à la recherche de la gloire, de la fortune et surtout d’un travail, Kim Shunpei est un homme qui a toujours agit selon son bon vouloir. Aussi il n’était pas rare qu’un soir, après des jours et des mois d’absence, il rentre ivre mort pour retrouver une famille qui s’accommode de mieux en mieux de ces fugues. Cette soirée là, le seul et unique mot qu’il adressera à sa femme sera « KIMCHI ». A peine ce mot prononcé, Kim, pris d’une pulsion animale, se jette sur son épouse et la viole devant les yeux de leur fille en bas âge, qui regarde sans trop comprendre ce qu’elle voit.

Le lendemain, tout auréolé de finances, Kim décide d’ouvrir une usine de confection de pâté de poisson. Bien vite cette affaire est un succès et l’exploitation de ses employés, permet à Kim de devenir le marchand le plus riche du quartier. C’est alors que font irruption, dans les vies plus ou moins misérables des résidents de ce même quartier, un jeune homme et sa femme. L’homme, qui clame être le fils issu d’un viol que Kim aurait commis quelques années auparavant, a tout d’un yakuza gigolo, et de par ce statut, il gagne rapidement l’admiration du jeune fils de Kim. D’autant plus que ce curieux personnage est le premier à tenir tête à Kim, ce qui reste un exploit dans la vie de cette petite localité.

La fascination qu’exerce, sur le jeune fils de Kim Shunpei, ce nouveau membre de la famille est considérable. Car outre le fait de faire front au terrible Kim, ce nouvel « aniki » est un être complètement oisif et - gêne paternel oblige - passe le plus clair de son temps à copuler avec sa chérie. Mais ce grand frère tant désiré est aussi atteint d’une identique fureur de vivre sans bornes. Ainsi les deux forts, très forts, caractères ne tardent bien évidemment pas à s’affronter physiquement. L’intrus est chassé et la vie pitoyable du quartier et de la famille de Kim reprend son cours, comme si cet interlude n’avait jamais existé. Les années passent et rien ne peut apaiser la brutalité tortionnaire de Kim. De plus ce dernier élargit son champ d’action en devenant prêteur sur gages : un usurier de la pire espèce est né...

L’alcool et sa brutalité naturelle font de Kim Shunpei un être abject, cupide et inhumain. Et pourtant c’est sans sourciller le moins du monde qu’il prendra soin de sa seconde épouse (administrativement parlant), alors devenu un légume suite au traitement de ses métastases au niveau de son cerveau.

A côté de cela, la femme de Kim continue à l’inviter à tous les évènements importants concernant la famille : au mariage de leur fille par exemple. D’ailleurs en écho à cette scène existe celle des funérailles de leur fille. Kim y fera irruption et mettra l’appartement et l’autel sur lequel repose sa fille sans dessus dessous... en criant à qui veut l’ entendre ou l’écouter : « Où est ma fille ? »... Comme s’il criait son chagrin en frappant tout ce qui bouge au mépris du respect dû aux morts... L’homme est peut-être attachant... A vrai dire le spectateur est à l’image de sa famille, il ne sait pas que penser de cet ostrogoth. D’autant plus que Yoichi Sai ne nous donne aucune autre alternative puisque, à part son arrivée par bateau alors qu’il est encore adolescent, on ne connaît de Kim que son aspect adulte et violent. Ainsi ce qui aurait pu nous servir de circonstances atténuantes, si nos yeux avaient été témoins d’actes répréhensibles commis à son encontre, durant sa jeunesse, nous est caché. En outre Yoichi Sai prend un malin plaisir à alterner les scènes dont le seul but est la mise en valeur de l’humanité de Kim, et les séquences prouvant une fois de plus qu’il s’agit d’un rebut de la pire espèce... d’ailleurs ne dit-on pas rebut de l’humanité.

Yoichi Sai ne veut pas que l’on s’attache à Kim. Dès qu’une scène met en valeur le peu de bonté dont est capable Kim, la séquence qui suit casse le personnage qui se retrouve labellisé comme ordure inhumaine. C’est sans nul doute une des raisons qui font de ce film un fleuron de la bizarrerie cinématographique. On ne sait que penser de Kim Shunpei. Il fait pitié, il mérite une correction et même la mort à plusieurs reprises, sans concession aucune.

Pourtant... Pourtant Kim possède une apparence nobiliaire qui peut forcer un certain respect, ne serait-ce qu’en rapport direct avec son sens des affaires inné et son intellect bien au dessus de la moyenne... L’homme est pourri, d’ailleurs il se nourrit de viande faisandée parsemée de multiples vers, d’où émane une odeur de charogne. L’homme dégoûte mais personne ne fait rien, alors qu’il suffirait de s’y mettre à plusieurs pour lui régler son compte d’alcoolique névrosé.

Autour d’un Kitano Takeshi transfiguré on retrouve bon nombre d’acteurs confirmés puisque Kyoka Suzuki (sa femme) donnera le meilleur d’elle dans plusieurs drama : Hikon Kazoku, Netsuretsuteki Chukahanten, ou Say Hello to Black Jack ; et apparaîtra dans bon nombre de films : Satorare, Radio no Jikan, Shiritsu Tantei Mike Hama de Shinji Aoyama (Namae no nai Mori) et le Zebraman de notre bien aimé Miike.

La jeune Tomoko Tabata (sa fille) a joué dans la série télé Kaidan Shin Mimibukuro et dans le Sabu de Takashi Miike. Quand au fils de Kim Shunpei, Yutaka Matsushige, il est apparu dans le Chakushin Ari signé Miike, Go, Last Life in the Universe de Pen-Ek Ratanaruang, Keimusho no naka (Doing Time) déjà de Yoichi Sai, Jigoku no Keiibin de Kurosawa Kiyoshi. Notons au passage la présence d’un Joe Odagiri bien tranquille dans son rôle d’employé soumis, à l’opposé de ses compositions pour les direct to video dont il est la star.

Bien évidemment Chi To Hone doit beaucoup à Yoichi Sai, qui a su trouver les mots pour convaincre un Beat Takeshi plutôt réticent à l’approche du film et du rôle. Mais le monde étant ce qu’il est, et la vie trop courte pour s’agiter et se battre, l’immense Kitano accepta la demande de son partenaire de Gohatto et livra une performance que l’univers n’oubliera pas de si-tôt.

Chi To Hone est un film violent, brutal et confirme que si l’homme est un loup pour l’homme, Kim Shunpei est le mâle dominant de la meute.

Au Japon, Pony Canyon a sorti deux éditions DVD du film début avril, une simple et une double. Absence de sous-titres anglais. Les 144 minutes de film sont disponibles en 5.1 et en DTS.

Blood and Bones sortira par ailleurs sur les écrans français le 20 juillet prochain.

aka Chi to Hone | D’après le roman de Sogiru Yang | Un film de Yoichi Sai | Avec Beat Takeshi, Kyoka Suzuki, Tomoko Tabata, Joe Odagiri, Hirofumi Arai, Yutaka Matsushige
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