Bloodrayne 2 : Deliverance

L’une des raisons pour lesquelles Bloodrayne premier du nom, entreprise aussi lucrative que décriée d’Uwe Boll, est si peu appréciée de par le monde, est évidemment son accumulation de non-prestations de la part d’acteurs pourtant reconnus : Michael Madsen, Michelle Rodriguez, Geraldine Chaplin, Udo Kier, Billy Zane et même Ben Kingsley (depuis réhabilité dans le merveilleux Hugo de Scorcese) y croisaient la silhouette aguicheuse de Kristanna Loken, pour le résultat que l’on connaît, et que j’apprécie dans une certaine mesure. Histoire de pallier à cette lacune redoutable, le réalisateur le plus injustement détesté de la planète a trouvé une parade simple au moment de remettre le couvert pour un second opus des aventures de Rayne : se séparer de tous ces noms connus au profit d’acteurs et actrices nettement moins exposés, dont on n’attend du coup pas grand-chose. Une délivrance à plus d’un titre, donc. Se faisant, il s’est toutefois aussi défait de l’atout esthétique Loken, autant que de celui, nettement moins sexy, du gore d’Olaf Ittenbach. Que reste-t-il alors, de cette escapade vidéo-ludico-roumaine ?

Pas grand-chose en réalité. Rayne, empruntant désormais les traits de la très jolie mais un tantinet vulgaire Natassia Malthe, trimbale son éternité, une centaine d’années après sa naissance, de l’autre côté de l’Atlantique, pour affronter une figure phare du western américain, Billy the Kid. Troquant le décolleté de son inspiration vidéoludique pour le cache-poussière – bye bye sexy -, Rayne s’acoquine bien malgré elle avec un certain Pat Garrett, pour libérer le bled de Deliverance qui donne son titre au métrage – désolé pour ceux qui imaginaient déjà Miss Malthe à quatre pattes, imitant le cochon – du joug de Billy, vampire ancestral comme chacun sait, qui attend l’arrivée du chemin de fer pour envahir le continent américain à l’aide de son armée de suceurs. Et qui, pour tuer le temps, se gave des enfants du coin, Jodelle Ferland (Seed, Silent Hill) en tête. Pas cool.

Oubliés l’approche mystico-fantastique du premier opus, ses combats fadasses et l’appétit sanglant de Rayne : à une scène près (Natassia recouvre ses forces en buvant le sang de Michael Paré), Bloodrayne 2 ne fait aucun usage de la nature de dhampir de son héroïne, qui aurait pu se contenter d’être une simple Van Helsing du Far West. Les lames caractéristiques de la demoiselle font de la figuration, et les balles des revolvers suffisent à venir à bout des hommes de mains de Billy – Zack Ward en mode Dani Filth, mais blond -, comme si Uwe Boll ne cessait d’oublier le contexte vampirique de son film, plus intéressé par l’univers des gunslingers. L’image léchée permise par les économies roumaines du premier film est remplacée par un grain monocorde canadien, nettement moins ambitieux. Et globalement, chacun préfère palabrer que dégainer, vidant progressivement le film de tout excès et violence, à un machiavélique infanticide près.

Pourtant, dans cette trahison totale de son matériau d’origine, Boll trouve matière à réaliser un sympathique petit western fauché, qui, raccourci d’une vingtaine de minutes et tourné en japonais, ferait office d’un très recommandable objet de v-cinema. En l’état, le film est certes un peu long et pas vraiment nippon, mais sa façon d’étirer un nombre très limité d’idées dans une poignée de décors possède un certain charme, renforcé par la bande-son gavée d’emprunts de Jessica de Rooij ; et ne lui manque donc qu’un zeste d’érotisme pour remplir le cahier des charges d’un bon opus vidéo de genre, western aux canines légèrement aiguisées, forcément crépusculaire.

Lui-même surpris par cette restreinte, Uwe Boll, jusqu’alors obnubilé par son hommage improbable aux spaghetti (les gros plans de regards, le fusil mitrailleur de Django, les truands héroïques), recouvre in extremis ses esprits et termine cette suite-prétexte sur une grossièreté gratuite et déplacée, Pat Garrett expliquant au nouveau maire, après le refus de Rayne de cavaler en duo, que «  life is like a penis : when it’s hard you get screwed, when it’s soft you can’t beat it ». Une citation presque aussi classe que les taglines de Blubberella, sur lequel nous reviendrons prochainement, aventure obèse tournée en 2011 par notre trublion d’outre-Rhin dans les mêmes décors qu’Auschwitz et… Bloodrayne 3, succès du présent film, quoiqu’en disent les critiques de la Terre entière, oblige.

Akatomy | 10.07.2012 | Hors-Asie

Comme beaucoup de films de sieur Boll - preuve qu’ils plaisent bien à d’autres que moi -, vous pouvez trouver Bloodrayne 2 un peu partout.

Allemagne / Canada | 2007 | Un film d’Uwe Boll | Avec Natassia Malthe, Zack Ward, Michael Paré, Chris Coppola, Chris Spencer, Brendan Fletcher, Sarah-Jane Redmond, Mickael Eklund, Jodelle Ferland
Solo, Solitude
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