Blubberella

Il n’y a pas quinze minutes qui se sont écoulées depuis le début de Blubberella, et Uwe Boll a déjà eu le temps de taper sur les gros, les allemands, les homosexuels, les juifs, les critiques de ciné, Michael Jackson et Lindsay Lohan, et j’en passe. Avec une grossièreté débridée et un mépris évident de la rigueur cinématographique, Boll est ici en mode Postal ; mais on s’en serait douté rien qu’en parcourant les taglines qui ornent les différentes affiches du film. « Elle va vous botter le cul avec son gros cul » et autre « Moitié vampire, deux fois et demie femme », annoncent la couleur du trublion improbable d’un triptyque tout aussi atypique, puisque complété de Bloodrayne The Third Reich et... Auschwitz, dont les seuls liant sont une unité de tournage et une poignée d’acteurs. Opportuniste, Uwe Boll ? Très certainement, mais la démarche, non contente d’être pertinente d’un point de vue économique, résonne aussi d’une désarmante honnêteté – doublée, bien sûr, du je-m’en-foutisme provocateur du bonhomme.

Blubberella donc, conte l’histoire de sa super-héroïne éponyme incarnée par Lindsay Hollister, damphyr – mi femme mi vampire – à la carrure plus que respectable, confrontée malgré elle aux forces nazies de Hitler pendant la Seconde Guerre Mondiale, fâchée de voir tous ses rencarts juifs dégotés sur Internet échouer sous prétexte de quelque déportation ferroviaire, et pas plus heureuse de voir un soldat orné d’une croix gammée gâcher de la sainte nourriture. Ses poches garnies de victuailles providentielles – une saucisse peut aussi bien servir d’arme que de godemichet – et d’ustensiles de cuisine (et je ne vous dis pas dans quel orifice elle cache son mixer), Blubberella repousse les ennemis d’un rebond ventral, joue des sabres façon Rayne, rejoint des forces de résistance anecdotiques, et s’éprend de leur leader qui hésite entre son attirance pour les formes de notre héroïne et les gâteries de son second homosexuel. Ce faisant, elle affronte un commandant nazi incarné par un Michael Paré bien loin du sordide percutant de Seed, l’étouffe entre ses seins et le transforme involontairement en ennemi vampirique, toujours flanqué du frappé Docteur Mangler qui espère bien, en usant du sang de Blubberella, rendre Hitler immortel. Bien.

Quand je parle d’ « histoire » en évoquant la structure de Blubberella, j’avoue que je vais peut-être un peu loin. Uwe Boll ne s’accommode pas plus d’une narration structurée que de cohérence historique et temporelle – Blubberella se déplace en Segway, vit dans un appartement contemporain connecté au web, etc. -, découpant simplement son film en chapitres aux titres évocateurs qui sont autant de scènes gratuites, prétextes à sa verve railleuse. Mention spéciale pour cet intermède onirique dans lequel Hitler – incarné par Boll en personne – débarque chez Blubberella pour une petite journée de détente. Les deux figures jouent ensemble à Risk, discutent du potentiel d’Internet dans la domination mondiale, et évoquent la mauvaise image laissée par les penchants génocidaires du dictateur en se tapant un cochon issu du « frigo » de la gironde vampire (une colossale chambre froide qui est la pièce préférée de son appartement). J’avoue, il faut avoir l’humour bien accroché, mais le cas échéant, comment savourer une prostituée nommée Slutlana ou une autre, White Russian, dont on évoque la mort prioritaire en l’absence de noirs au générique du film ? D’ailleurs si, il y en a, deux même, mais ce sont des blancs teintés au cirage, et l’un (un homme, donc) incarne la mère de Blubberella dans une séquence de querelle domestique façon my mama yo mama à faire rougir Martin Lawrence.

Lorsque l’on découvre au générique du film, aussi insolent que le reste (il dure plus de dix minutes sur les 83 du métrage, et se permet de montrer des séquences du tournage de Bloodrayne The Third Reich pour dénoncer l’échec du running gag de Michael Paré, à cheval sur les deux films, à base de baffes rythmées par d’incessants « Eins, Zwei, Eins, Zwei »), on se rend compte que Lindsay Hollister, franchement charmante quoiqu’on en dise à l’écran (« elle se déplace comme une pastèque », possède la grâce « d’un rhinocéros en captivité qui n’a pas été nourri depuis des semaines »), dindon volontaire de la farce, a participé elle-même à l’écriture du film. Il devient dès lors impossible de rejeter en bloc cet amas de mauvais goût aux dialogues inoubliables (« 2 in the pink, one in the stink » - à vous faire traduire par un anglophone un peu conservateur de préférence), qui qualifie lui-même certaines de ses scènes de chiantes, invente le terme VILF (« Vampire I’d Like to Fuck »), et ne pense à rien d’autre que se faire plaisir en se salissant les mains, de sperme si nécessaire.

Il est évident que Boll pourrait prendre quelques leçons de direction d’acteurs auprès d’Oriza Hirata, car les échanges entre Michael Paré et un Clint Howard en mode Mengele manquent de rythme comique (conscient de ses lacunes, Boll joue de la cymbale à la bande son, et souligne ainsi des bides... de circonstance) , mais pour peu que l’on ne soit pas à cheval sur la théorie cinématographique, Blubberella se déguste comme un bon plat bien gras, avec force ventilation gastrique et intestinale, et beaucoup de plaisir grivois. Et puisque, pour enfoncer le clou, notre réalisateur adoré se fend, en fin de générique, de remerciements non seulement pour tous les gens qu’il a rencontrés, pour toutes celles qu’il a baisées mais dont il a oublié le nom, mais aussi pour Adolf Hitler qui a rendu tant de films possibles (no comment), nous remercions à notre tour Uwe Boll pour son fantastique manque de discernement, terrain de tous les (im)possibles.

Akatomy | 7.12.2012 | Hors-Asie

Blubberella n’est peut-être pas disponible chez nous, mais vous pouvez facilement vous le procurer (sans sous-titres français), outre-Rhin ou outre-Manche.

Allemagne / Canada | 2011 | Un film d’Uwe Boll | Avec Lindsay Hollister, Brendan Fletcher, Michael Paré, Willam Belli, Clint Howard, Safiya Kaygin, Uwe Boll
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