Bootleg Film

Guns & Talks...

Une voiture roule sur les routes enneigées du Nord du Japon. A bord, deux hommes. Tatsuo, un yakuza sur le point de perdre sa place au sein d’un clan en "restructuration", et Seiji, un flic. Alors que tout semble les distinguer, Tatsuo et Seiji sont les meilleurs amis du monde. Les deux hommes se rendent aux funérailles d’Ayako, à la fois épouse de Seiji et maîtresse de Tatsuo. Pendant le long voyage qui les attend, ils se remémorent avec bonheur et plaisir les meilleurs moments qu’ils vécurent avec la disparue... avant de succomber rapidement tous deux à un sentiment de jalousie à l’égard de l’autre. La discussion s’enflamme entre les deux hommes qui sortent de la voiture et se mettent en joue. Au même moment, un jeune couple fait irruption ; Yoji et Junko se rendent au mariage de leurs amis. Interloqués par la vision des deux hommes armés se faisant face, les deux jeunes gens tentent de les séparer, avant de s’apercevoir qu’un corps se trouve dans le coffre de la voiture... Seiji, en colère, accuse alors Tatsuo et lui demande des explications. Tatsuo, irrité et guidé par une fierté mal placée, décide de supprimer le jeune couple témoin de la scène...

Scénariste émérite d’un nombre de film relativement important -quarante-six scénarios écrits depuis 1986-, dont la majeure partie sont des Pinku, Masahiro Kobayashi, grand amoureux du cinéma français -son rêve de jeunesse le plus fou était de devenir l’assistant de Truffaut-, explore d’une manière qui est depuis devenue une sorte de marque de fabrique, les tréfonds de l’âme humaine avec un humour féroce à l’égard de ses congénères, dans son second long-métrage, Bootleg Film, deux ans après sa première incursion derrière la caméra avec Closing Time...

...tourné dans un scope magistral en noir et blanc, Kaizokuban (que l’on peut traduire par "édition pirate") = Bootleg Film, est un film étrange, entre huis-clos, road-movie, comédie grinçante, et drame passionnel. Les personnages dépeints par Kobayashi semblent détachés d’une quelconque réalité plausible, et ce, pendant toute la durée du film. La violence semble être la solution à tous leurs problèmes ; une violence verbale, physique, psychologique, qui les entraîne finalement à se replier sur eux même, et à faire face à leurs propres peurs, à leurs démons enfouis au plus profond d’eux. Si Kobayashi montre l’être humain sous un aspect quelque peu dérangé, voire infiniment tourmenté, il semble prendre un malin plaisir à se jouer des situations, et toute cohérence scénaristique semble partir en éclats au fur et à mesure que le bout du voyage se rapproche... Ce voyage surréaliste entamé par deux anti-héros parfaits, deux humains bourrés de défauts, se situe sur une sorte de mince fil entre onirisme et réalité, burlesque et tragique. Tatsuo et Seiji, frères ennemis, ont aimé la même femme... soit. Mais peu à peu, les travers de chacun vont s’affirmer haut et fort, rabaissant nos deux hommes au rang de loups se battant pour une même femelle, pour un pouvoir désuet et obsolète n’existant plus que dans leur esprit...

En tournant cet étrange exercice de style qu’est Bootleg Film, Masahiro Kobayashi semble s’être octroyé un plaisir coupable de cinéphile, plaçant ci et là quelques référence on ne peut plus explicites aux films qu’il aime, de Reservoir Dogs (Quentin Tarantino), au sujet duquel Tatsuo devient violent face à une Junko apeurée, alors que cette dernière lui affirme que Steve Bucemi s’appelle "Steve Buscemi" et non "Steve Scemi" (jeu de langage permis par la prononciation du japonais -Sutiibu Bushemi / Sutiibu Shemi), en passant par Le Parrain II (The Godfather, part II de F.F. Coppola) ou encore Retour vers le Futur (Back to the Future de Robert Zemeckis)... A ce sujet, Kobayashi se défend d’un quelconque élitisme et prône ouvertement son amour inconsidéré du cinéma, sans se soucier de l’aspect fortement mainstream de ces trois références : "(...) ce ne sont pas forcément les trois grands films qui comptent le plus pour moi mais de plus en plus j’aime tous les films. L’avis qu’on a sur un film dépend beaucoup des circonstances. Un film qu’on n’aime pas à 20 ans, on peut l’apprécier à trente ans. Dans Bootleg Film, j’avais envie de faire référence à trois films que j’aime beaucoup (...)" [1].

Il est indéniable qu’un film de l’acabit de Bootleg Film, s’il doit en grande partie à sa mise en scène et au talent de son réalisateur, s’appuie fermement sur l’interprétation des comédiens. Akira Emoto (Kanzo Seisei) -déchainé !- et Kippei Shiina (Oboreru Sakana), dont le talent n’est plus à prouver, sont peut-être en roue libre... en tous cas, ils s’en donnent à cœur-joie pendant les soixante-quatorze minutes que dure le film, où ils excellent dans l’art du cabotinage, en exagérant les traits de caractère de leurs personnages sans pudeur ni retenue, les entraînant lentement, et inévitablement, là où Kobayashi souhaite qu’ils se dirigent...

...poème visuel tragi-comique désenchanté et infiniment humain, Bootleg Film n’est pas exempt de défauts ; ses nombreuses imperfections lui accordent toutefois l’attention du spectateur, enivré par les paysages contrastés d’Hokkaidô et l’aspect -finalement- foncièrement altruiste de ce conte surréaliste, aux allures de fable macabre couplée à un grand film d’Amour tragique, liant le destin de deux hommes malheureux d’avoir perdu la femme qu’ils aimaient, dans un final à la fois cynique, drôle et désespéré. Masahiro Kobayashi signe une fable où la mort décide de ne pas poser son doigt sur l’épaule d’innocents, et où la quintessence de l’Amour atteint un paroxysme sans retour possible, aussi sépulcral soit-il...

Kuro | 26.11.2004 | Japon

Existe en VHS (NTSC) chez KSS Films au Japon.

[1Propos recueillis par Robin Gatto et Glenn Myrent.

aka Kaizokuban = Bootleg Film - Buutoregu Firumu - La Route des Petits Voyous | Japon | 1999 | Un film de Masahiro Kobayashi | Avec Akira Emoto, Kippei Shiina, Maika, Kazuki Kitamura, Wakaba Nakano, Kazue Takani, Tamaki
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