Borei-Kaibyoyashiki

Réalisé deux ans avant le légendaire Jigoku, Borei-Kaibyoyashiki est un film d’épouvante plus classique, qui réussit à inscrire une relecture très particulière du Chat Noir d’Edgar Allan Poe dans la tradition japonaise...

Tetsuichiro Kuzumi, docteur de son état, est seul dans une clinique, la nuit, quand il entend des pas se rapprocher dans le couloir. Perplexe plus que véritablement effrayé, il se demande qui peut bien venir le voir à cette heure de la soirée - car il paraît clair que les pas amènent le visiteur mystérieux dans sa direction. En attendant l’arrivée de la présence nocturne, il se souvient d’un évènement étrange survenu quelques six années auparavant...
Tetsuichiro et sa femme Yoriko quittent la ville pour aller s’installer à la campagne, dans l’espoir que le changement d’air aidera Yoriko à guerir de sa tuberculose. Le couple fait par conséquent l’acquisition d’un grand "manoir" ancien et délaissé, réputé hanté, et Tetsuichiro y installe sa clinique. Rapidement, sa femme est perturbée par l’apparition d’une vieille femme aux cheveux blancs qui tente à plusieurs reprises de l’étrangler. D’abord sceptique, Tetsuichiro met ces visions sur le compte de l’état de santé de sa femme - jusqu’à ce qu’il retrouve Taro, leur chien, assassiné, après avoir été écarté de la clinique par une fausse urgence. Le Docteur, sous les conseils d’un de ses amis, décide donc d’aller rencontrer un moine du village, qui va lui conter l’histoire de sa nouvelle demeure...

Retour bien plus longtemps en arrière... Kokingo est un joueur de Go redoutable. Le fils du chef du clan Shigen le convoque afin qu’il enseigne l’art de ce jeu à son père. Mais ce dernier, trop fier, insiste sur une véritable partie. Rapidement mis en échec, il essaye de tricher mais Kokingo s’énerve et émet le souhait d’abandonner cette partie sans intérêt pour lui. Impulsif, Shigen exécute Kokingo sur le champ et le fait emmurer dans une cache secrète de sa chambre personnelle par un de ses serviteurs. Un peu plus tard dans la journée, le fantôme du jeune homme décédé apparaît à sa mère aveugle qui comprend immédiatement l’incident, et se rend rapidement dans la demeure de Shigen (qui n’est bien sûr autre que le manoir de la famille Kuzumi) pour en avoir le coeur net. Malheureusement, Shigen profite de l’handicap de la mère et la viole. Doublement bafouée, l’aveugle se suicide après avoir ordonné à son chat Tama de lapper son sang et d’assurer la vengeance de sa famille...

D’une durée exceptionnellement courte (à peine plus d’une heure), Borei-Kaibyoyashiki est construit sur trois présents de narrations différents et imbriqués en gigogne - construction grâce à laquelle le film gagne énormément en suspense : une fois la partie centrale racontée, les deux retours successifs dans le futur n’en sont que plus intenses.
Ce n’est pas la seule originalité de ce film qui ne traîte que la partie la plus éloignée dans le temps en couleurs, le reste du film naviguant entre le noir et blanc et des contrastes extrèmement trompeurs (comme ce sera le cas aussi avec la première moitié de Jigoku).

Dans son approche du film en costumes, Borei-Kaibyoyashiki respecte une esthétique chère au cinéma japonais, au sein de somptueux décors en studio exploitées par un scope magnifique. L’approche d’éléments fantastiques eux aussi très japonais (les fantômes féminins, les animaux - plus particulièrement le chat - comme entités maléfiques) risque cependant de déconcerter le spectateur occidental néophyte, et ce encore plus dans le lien établi de façon implicite avec la nouvelle de Poe.
Quoiqu’il en soit, de par son intelligence narrative et son efficacité (très résistante au passage des années), Borei-Kaibyoyashiki demeure un film d’épouvante passionnant pour tout amoureux du genre qui se respecte, qu’il soit "nipponophile" ou non.

Le film est disponible au Japon en DVD sous-titré anglais dans la collection lancée par Beam (BIBJ-1302).
La copie est beaucoup moins abimée que celle de Jigoku, et le transfert est vraiment superbe. Un véritable bonheur que cette collection, je ne vous dis que ça !!! D’autant que les visuels des jaquettes sont tout simplement splendides...

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