Casshern

Qu’on le veuille ou non, Casshern est sans nul doute l’un des films japonais de l’année et sans aucun doute un film qui va marquer le cinéma - c’est-à-dire que l’on peut s’attendre à une ribambelle de navets s’en inspirant plus ou moins. Un réalisateur venant du clip musical et dont il s’agit du premier film, des artistes en provenance de l’anime et du manga, et surtout une utilisation iconoclaste et rare des effets numériques concordent pour faire de Casshern une de ces curiosités japonaises telles qu’elles se font plutôt rares en ce moment. Incontestablement, Casshern est un film qui utilise à merveille les nouvelles technologies de l’image, et bien des films bourrés d’effets numériques vont désormais faire pâle figure pour n’apparaître que comme ce qu’ils ont toujours été : de simples réussites techniques.
Casshern, s’il est lui aussi une réussite technique, démontre une bien plus grande volonté artistique réfléchie - laissant d’ailleurs parfois malheureusement le scénario à la traîne. De plus, le goût souvent agaçant des japonais pour une forme de sentimentalisme larmoyant, enrobé de romantisme à deux balles, parvient presque à nous gâcher le plaisir.

Casshern est difficilement qualifiable de film au sens traditionnel du terme. Le travail de post-production est présent sur chacune des images du film, rendant extrêmement floue la frontière entre l’animation et le film. D’ailleurs, un passage est du pur anime (des robots en ombre chinoise défilant sur un fond rouge) et un autre de l’animation classique en pâte à modeler.

Il est indéniable que l’univers très particulier de Casshern demandait l’utilisation intensive des effets spéciaux numériques. Plus que ceux de films comme Blade Runner ou Brazil, par exemple, qui pouvaient se contenter de quelques décors. Néanmoins, et c’est là que Casshern réussit son pari, les effets spéciaux sont au service du film, d’une conception de l’image, et pas un simple outil dont l’usage abusif est souvent agaçant (Matrix Reloaded, Returner). Ils apportent véritablement une dimension nouvelle et surtout, définissent un nouveau type de cinéma, à la fois grand public (les éléments dramatiques classiques, la structure limpide, l’action) et résolument novateur (l’utilisation iconoclaste des effets numériques, le mélange des genres internes au cinéma mais puisant aussi son inspiration dans le clip musical, le manga ou l’anime).

Dans un monde où toute la vie a été organisée pour soutenir l’effort de guerre, un généticien, Azuma, présente ses travaux pour créer un Homme Nouveau, capable de résister aux maladies dues à la pollution (héritée des ravages de la guerre) dont souffre sa femme agonisante. Rejeté par ses pairs, il trouve un financement auprès du gouvernement. Son fils qui vient de se fiancer est parti pour le front. Les recherches progressent mais un jour, un gigantesque éclair de pierre s’abat sur le laboratoire, amenant les êtres créés in vitro à la vie. Le gouvernement les massacre mais trois d’entre eux parviennent à fuir avec la femme de Azuma. Leur leader, Play, décide par vengeance d’anéantir la race humaine et lève une armée de robots. Mais Azuma ramène à la vie son fils mort au front. Ce dernier devient le superhéros Casshern et va être le dernier espoir de la race humaine.

L’univers de Casshern décrit un monde dirigé par un gouvernement de type stalinien (inscriptions en russe, portraits géants, industrialisation à outrance, culte de la personnalité, dictature luttant contre des "terroristes") qui va bientôt affronter une menace équivalente à la menace nazie de la seconde guerre mondiale (le logo de l’armée de Play est une référence à peine voilée à la svastika nazie). Retournement ironique s’il en est, la race rebelle étant finalement la Race Nouvelle que les humains voulaient créer. Le sujet reste cependant réduit à un affrontement bipolaire simpliste et une vision futuriste guère convaincante, sans s’aventurer dans des considérations politiques ou idéologiques (ainsi la présence de terroristes n’implique pas de prises de position caricaturales à la Battle Royale II).
L’autre thème du film est un discours messianique tendance mystique. Ainsi lorsque l’éclair s’abat sur le laboratoire, difficile de ne pas y voir le doigt de Dieu. Un Dieu de la technologie à défaut d’un Dieu théologique. Il est l’intervention divine lorsque l’homme tente lui-même de jouer à se prendre pour Dieu. De plus, difficile de ne pas rapprocher Play d’une sorte d’anté-Christ, d’ange de la mort venu pour "détruire" l’humanité. Son attitude, ses poses en disent long. Et Casshern est son alter ego humain, sa némésis. Il est le Messie (il ressuscite et subit un baptême) venu quant à lui "sauver" l’humanité.

On le voit, Casshern ne fait pas nécessairement dans la finesse et va droit au but avec une efficacité incroyable. Car c’est avant tout un film d’action, un film de superhéros finalement assez classique, sur le fond du moins.
Car du point de vue de la forme, c’est un curieux mais convaincant mélange entre l’anime live et le film anime, et surtout une expérience visuelle unique. L’utilisation abondante des effets spéciaux numériques, qui aurait pu lasser très vite, s’intègre au contraire parfaitement au récit et donne tout son cachet à Casshern. Les audaces visuelles et les parti-pris de Kazuaki Kiriya (notamment une fausse 3D qui rapproche le film de l’animation) permettent à Casshern de basculer du côté de la réussite. En refusant le compromis (il plonge tête baissée dans le numérique), Kazuaki Kiriya a certainement fait le meilleur choix qui pouvait être. D’autant qu’il intègre des parties qui font référence à du cinéma plus conventionnel : chambara (les combats), superhéros (la tenue à la Actarus de Casshern), guerre (avec des images en noir et blanc pour renforcer l’aspect documentaire/réalisme), fresque baroque et épique (l’assaut du château), conte (La Belle au Bois Dormant ?), mais aussi comédie dramatique ou bien sûr science fiction, tout cela réunit sous la bannière du tout numérique.
Soyons franc, on en prend plein les yeux, et à défaut de véritable subtilité - c’est même parfois un peu pataud - le plaisir est bel est bien là.

J’hésite à conclure si Casshern est une des plus belles surprises du cinéma japonais de ces dernières années dans le genre, ou un simple effet de mode. Après les pétards mouillés ou les ratages complets que sont des films comme Returner, Princess Blade ou même DoA : Final, on ne peut que difficilement bouder son plaisir, mais on a appris à être prudent. Une chose en tout cas est claire à mon sens. En refusant de délivrer des messages à l’emporte pièce (suivez mon regard vers Battle Royale II) et sans toujours chercher à tout prix une forme de crédibilité souvent pesante pour ce genre de films (la lourdeur incommensurable de Matrix Reloaded), Casshern tape dans le mille, au cœur de son sujet, le cinéma d’action novateur et bourré d’idées.

Zeni | 25.05.2004 | Japon

Casshern est sorti sur les écrans japonais le 24 avril 2004.

Site officiel du film : http://www.casshern.com

Japon | 2004 | Un film de Kazuaki Kiriya | Avec Yusuke Iseya, Kumiko Asou, Akira Terao, Kanako Higuchi, Fumiyo Kohinata, Hiroyuki Miyasako, Mayumi Sada, Jun Kaname, Hidetoshi Nishijima, Mitsuhiro Oikawa, Susumu Terajima, Hideji Otaki, Tatsuya Mihashi, Toshiaki Karasawa
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