Centre Stage

Centre Stage, film fantomatique... Tandis qu’Amenabar vous entraîne en ces mêmes heures au cœur des limbes de son dernier film (cf. The Others), je me suis aventuré pour ma part, en ce début d’année 2002, à visiter celles que décrivait Stanley Kwan en 1992 dans Centre Stage, biographie hongkongaise de l’actrice Ruan Ling Yu, avec Maggie Cheung dans le rôle principal ; c’est d’ailleurs de sa brillante interprétation, égalée récemment dans In the Mood for Love de Wong Kar-Wai, que le film tient toute sa renommée critique.

Centre Stage, film documentaire... Ruan Ling Yu, âgée d’une vingtaine d’années, était donc une jeune actrice du cinéma chinois des années 30, années fastes du cinéma muet. Capable d’exceller dans des registres différents, elle connut un début de carrière prometteur qui la propulsa rapidement au rang de star. Malheureusement, le milieu du cinéma, qui lui avait offert la richesse et la reconnaissance, lui avait également transmis ses travers, comme la mince frontière qui sépare la vie privée de l’opinion publique. Incapable de supporter la pression grandissante qui régissait sa vie, Ruan Ling Yu a préféré la quitter alors qu’elle n’avait que vingt-cinq ans. Et ce sont ces quelques années qui sont exposées dans Centre Stage, au travers d’une narration inhabituelle, voire déroutante, mais irrésistiblement envoûtante. En effet, la structure chronologique traditionnelle est ponctuée de séquences des films muets originaux qu’a tournés Ruan Ling Yu (en tout cas, ceux dont les bobines existent encore...), d’interviews de personnes qui ont travaillé avec elle, de discussions entre le réalisateur Stanley Kwan et ses acteurs, et également de scènes de tournage du film. Le tout, bien incorporé et très bien dosé, apporte une touche d’authenticité et un aspect documentaire dont on aurait pu éprouver le manque.

Centre Stage, film hypnose... 150 minutes sur une actrice de films muets que nous ne connaissons pas ici peuvent sembler rébarbatives. Moi-même, je m’attendais à subir un film un peu austère, dans la molle artère d’un Zhang Yimou, mais dès la première demi-heure, une atmosphère imperceptible se dégage du récit. Issue de l’alchimie entre les différents types de séquences et le propos authentique du film, une brume se forme entre le spectateur et l’image, pour les envelopper hors du temps. L’impression d’assister aux images réelles de la vie de Ruan Ling Yu se forme, et Maggie Cheung se fond en elle ; synonyme d’une prestation très puissante.

Centre Stage, film photographique... On sort de la vision de Centre Stage avec le sentiment d’avoir assisté à une séance filmée de spiritisme ; la dernière image du film, une photo N&B granuleuse de Ruan Ling Yu lors de son enterrement, y contribue. J’irais même jusqu’à dire qu’après Ring, c’est le genre de plan qui fait froid dans le dos. Mais outre cette impression, certaines séquences continuent à flotter dans l’air trouble qui se désagrège après le générique, telles des esprits, muées par la seule force des émotions qu’elles ont procurées : les tournages où Maggie Cheung, dans la peau de Ruan Ling Yu, révèle l’implication émotionnelle que peuvent avoir les acteurs dans une scène, le fait qu’ils sont parfois débordés par l’émotion qu’ils ont générée devant l’objectif, au point de ne plus pouvoir la contrôler une fois le "Coupez" prononcé. Egalement, les remerciements qu’elle fait, lors d’un dîner, à tous ceux qui ont travaillé avec elle ; remerciements qui s’avèrent être des adieux, comme le révèle l’alternance de plans entre son discours et son enterrement. Une scène au désespoir éclatant... Enfin, Ruan, c’est-à-dire Maggie, dansant seule, lentement, avec sensualité, sur des sonorités légèrement latines, le sourire aux lèvres, somptueuse dans une robe prémisse aux magnifiques costumes d’In the Mood for Love. En voix off, ses pensées déchirées sur son existence contrastent avec son sourire et son bien-être apparent ; je vous laisse la surprise sur leur sens...

Centre Stage, film biographique... Pour mieux connaître l’actrice... Laquelle...

Centre Stage est disponible en DVD HK chez Media Asia, dans une version tronquée d’une demi-heure (celle exploitée en salles dans l’ex-colonie)...

aka Center Stage | Hong Kong | 1992 | Un film de Stanley Kwan | Avec Maggie Cheung, Carina Lau, Tony Leung Kar-Fai
Solo, Solitude
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
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