Chanko

Melting pot.

Si le film de sport est un peu une institution au japon, il obéit le plus souvent au formatage de l’entertainement avec son habituel climax, et son lot d’acteurs en herbe sortis tout droits d’une fabrique d’idoru à la chaîne. Existant le plus souvent à des fins servant à l’amplification d’un phénomène de mode, ou soulignant une occidentalisation marquée de la jeunesse - le base-ball recevant la palme de la popularité -, il est rarement propice à révéler les traditions en péril de l’archipel.

Le sumo [1], sport japonais le plus ancien et assurément le plus hermétique, n’a que très rarement connu les honneurs du grand écran. Hormis la comédie Shiko Funjatta (1992) du très populaire Masayuki Suo, peu de cas est fait de cet art, tombé en désuétude auprès de la jeunesse nippone.

Alors que le club de sumo de l’université Higashi d’Hiroshima est en passe de disparaître, faute d’adhérents, Yuka Nakata, une jeune étudiante davantage préoccupée par ses études que par les flirts de ses jeunes camarades, est interpellée par un étudiant brésilien en tenue de sumotori distribuant des tracts, afin de recruter de nouveaux adhérents pour le club. Tout d’abord réticente, elle se rend à une fête d’intronisation (Chanko party) au cours de laquelle elle sera touchée par la franchise et l’honnêteté de cette pratique sportive pleine d’engagement. Saisissant l’opportunité d’organiser un championnat national, la jeune fille s’implique sans compter dans la survie du club, jusqu’à assumer le rôle de capitaine de l’équipe.

Le réalisateur de pinku Toshiki Sato [2], habitué aux incartades mainstream - voir Lunatic (1996) et surtout Perfect Blue (2002) -, à la différence de son aîné Masayuki Suo [3], dont l’attachement au sumo se traduisait par une approche plus otakiste, le cinéaste est ici moins préoccupé par la rigidité des règles et des subtilités du sport, que par ses personnages et leurs relations conflictuelles et sentimentales. L’influence et l’héritage du pinku à tendance auteuriste qu’incarne Toshiki Sato n’y sont certainement pas étrangers. L’auteur filme ses personnages et leur engagement à l’entraînement de façon sobre et simple, n’abusant jamais d’effets de montage, ni de gros plans pour souligner un effet comique ou accentuer le sentimentalisme, certes sincère, mais souvent maladroit, à charge de la médiocre performance des acteurs étrangers, dont le jeu quelque peu emphatique et peu subtile, détonne sur l’ensemble.

Chez Sato, ce sont les rencontres humaines qui stimulent le récit. Dans cet univers estudiantin, la susceptibilité des uns est vite provoquée par la maladresse des autres, à l’image des tirades politiques amusantes mais quelques peu stéréotypées entre l’étudiant américain et l’étudiant kazakh. Les confrontations ont autant lieu sur le ring, que dans la vie quotidienne, et traduisent l’opposition des caractères des personnages et de leur culture respective (le groupe d’ouvriers qui se plaint initialement de voir trop d’étrangers, avant de se mettre au service du club et vaincre leurs préjugés). A l’image de la tambouille traditionnelle que partage les membres du club, tel un rituel consolidant les liens humains, le Chanko [4] symbolise le melting pot culturel constituant le club, tout autant qu’un gage d’espoir de sa survie.

La ville d’Hiroshima, théâtre des péripéties du club universitaire, est aussi traitée de façon inhabituelle par le cinéaste, qui préfère montrer sa vie quotidienne estudiantine, semblable à celle de toute grande métropole, et sa richesse culturelle, qu’accentuer son héritage tragique. Ceci en opposition avec les représentation habituelles et les références systématiques à la bombe, habituellement en cours au cinéma. Il ne peut malgré tout s’empêcher de filmer l’intérieur du musée du mémorial de la paix, mais c’est alors pour souligner l’intérêt surgissant de la part d’étudiants étrangers pour la culture locale et la sincérité de leur engagement.

A l’encontre des dorama de sport en vogue, dont le climax sert de point d’orgue, et dont les affrontements sont souvent magnifiés par des effets de mise en scène tapageurs, les combats sont ici filmés en temps réel et sans plan de coupe, adoptant le parti pris du réalisme, et refusant l’effet dramatique de mise.

Dans Chanko, la beauté du sport réside dans l’engagement qu’on y met, quelque soit son niveau et sa technicité. Une femme devenant sumotori déplaira certes aux puristes, mais traduit l’adaptation et l’évolution d’une tradition certes porteuse de valeurs anciennes, mais autant sujette à évoluer que la société elle-même. La féminisation du sport et l’introduction de pratiquants étrangers est à l’image de l’évolution nécessaire de mise dans la société contemporaine japonaise, une étape indispensable à sa survie et sa modernité.

La jeune Atsuko Sudo (Yuka Nakata), tient avec justesse son rôle de protagoniste avec une timidité retenue, et en devient attachante, de par son abnégation à surmonter le défi du club. Un défi qui est à l’image de l’écueil devant lequel se trouve un sport en décalage avec les préoccupations de la jeunesse actuelle, comme l’indique l’auteur (les jeunes mangent des pizzas et écoutent du rap).

Ce sport traditionnel s’étant tenu à l’écart des changements qui ont affecté le Japon dans son ensemble, il a subi une désaffection au profit d’autres sports plus populaires (K1, base-ball, football...). Les valeurs que le sumo véhicule : fukoku-kyohei (une société forte) et bushido (la voie du guerrier), sont en opposition avec celles de la société semi-occidentalisée qui émerge depuis ces dernières décennies au japon. C’est en montrant que l’avenir du sport passe par une remise en question de ces valeurs, que le cinéaste en favorise du même coup la transmission auprès d’une jeunesse qui se cherche, à l’image de l’un des jeunes rappeurs qui, voyant le tract avec la photo de la jeune Yuka, semble tenté.

Outre le jeu maladroit de la plupart des acteurs étrangers, on regrettera la platitude du traitement sentimental des relations entre Cabrera et Yuka, qui n’évite pas les écueils sentimentaux du genre, malgré sa sobriété. Si le cinéaste parvient pourtant à livrer une comédie douce et attachante, c’est avant tout grâce à la justesse de son approche psychologique, davantage que la précision de sa description des traditions du sumo. Et pour ceux qui se plaindraient d’un manque d’érotisme, on se saurait trop leur conseiller de lorgner du côté du trublion du bis, Takao Nakano, et son Sumo Vixens (1996), dont l’érotisme guilleret vous mettra assurément d’humeur joyeuse.

Chanko a été diffusé au cours de la 9ème édition du Festival du film asiatique de Deauville dans la section Panorama.

Disponible en DVD japon chez Pony Canyon. Ce DVD ne comporte aucun sous-titres.

[1On trouve sa première mention dans le Kojiki, un livre datant de 712, le plus ancien exemplaire existant d’écriture japonaise. Celui-ci relate même une légende selon laquelle la possession des îles Japonaises a été déterminée par un combat de sumo.

[2Il fait parti du groupe des Shitenno “quatre rois divins du Pinku”, aux côtés de Kazuhiro Sano, Hisayasu Sato, et Takahisa Zeze.

[3A noter que ce dernier a par ailleurs lui aussi débuté dans le pinku eiga.

[4Plat quotidien du sumo consistant en un mélange de viande, poisson, et légumes bouillis dans une grande marmite.

aka Sumo Hot Pot | Un film de Toshiki Sato | Japon | 2005 | Avec Atsuko Sudo, Takahiro Azuma (Take 2), Ricaya Spooner, Yu Kitamura (Flame), Tasuku Emoto, Toshiyuki Kitami, Mounir El Arfaoui, Troy Presley, David Yano, Naomi Nishida, Atsuro Watabe
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