Chant des mers du Sud

Lorsque la femme d’Ivan accouche d’un petit garçon brun, le russe est persuadé que sa belle l’a trompé avec son voisin kazakh, Assan. Cette naissance sous le signe du soupçon marque le début d’un conflit dans un village du Kirghizistan, qui gronde encore quinze ans plus tard. Sasha, cause des tourments, s’enfuit du domicile familiale pour vivre auprès des chevaux ; Assan quitte sa femme pour retrouver ses racines, et Ivan, incapable de s’affirmer face à la famille cosaque de son épouse qui voit d’un mauvais œil son statut de moujik, doit comprendre ses propres origines pour vivre enfin dans la quiétude de son élevage de cochons.

Chant des mers du Sud, dernier film en date du réalisateur Marat Sarulu, a remporté le prix du public lors de la dernière édition du Festival des 3 Continents. Habitué du palmarès du rendez-vous annuel créé par les Frères Jalladeau, le metteur en scène d’origine soviétique – désormais kirghize – avait en effet remporté la Montgolfière d’Or en 2002 avec Le Faisan d’or, qui contait le voyage d’enfants à la recherche d’une ligne de chemin de fer suivant la Route de la Soie. Il est à nouveau question, dans cette fausse comédie de paternité(s) contrariée(s), de voyages. Multiples, ils sont physiques et intérieurs, et permettent à Sarulu de faire exploser les frontières qui morcèlent aujourd’hui l’ex bloc soviétique, en faveur d’un d’un héritage culturel, plus large : celui du métissage.

A l’image de l’interrogation qu’il met en scène avec brio, Chant des mers du sud est un film aux multiples facettes. On pourrait croire lorsque le film démarre, sur l’accouchement de la femme d’Ivan qui met le feu aux poudres et construit une mécanique de pseudo-violence conjugale à double sens, que nous avons affaire ici à une comédie sur fond de diversité. Pourtant rapidement, Sarulu s’éloigne d’Ivan en observant Sasha, son fils, empruntant au père supposé un peu de sa crainte, de son incertitude. Une attitude qui confère à ces scènes un caractère presque mystique – une impression renforcée par la musique qui les accompagne – comme si Sasha incarnait, dans cette distance, plus que le doute de l’adultère.

Grand absent du métrage, on comprend en effet que l’enfant, bien plus qu’un ressort tragi-comique, incarne le bout du voyage entrepris par Ivan mais aussi Assan : l’esquisse d’une nationalité indécise, presque impalpable, descendance d’un métissage sur plusieurs générations, entre les russes et les kazakhs. Sasha, c’est la réalité d’une culture et d’une Histoire, qui fait fi des frontières et des contours. Autour de lui, deux périples s’opposent et se ressemblent pourtant : l’un prend la forme d’un dialogue entre Ivan et son grand père, véritable film dans le film, tandis que l’autre se situe à l’autre bout du spectre de l’expression, non pas verbal mais uniquement ressenti. Le parcours d’Assan, silencieux, est tout en retenue, cumule paysages et intermèdes en formes de jeu de marionnettes pour terminer de rendre Chant des mers du Sud inclassable. Un hymne poétique et enthousiasmant à l’identité culturelle, qui distille avec intelligence beaucoup de cinémas dans un seul film : un métissage – cinématographique celui-ci – en parfaite harmonie avec le propos de Marat Sarulu.

Chant des mers du sud a été présenté en compétition lors de la 30ème édition du Festival des 3 Continents, où il a remporté le prix du public.

aka Pesni Juzhnykh Morej - Songs from the southern sea | Kirghizistan | 2008 | Un film de Marat Sarulu | Avec Vladimir Yavorsky, Dzaidarbek Kunguzhinov, Irina Agejkina, Ajzhan Ajtenova
Solo, Solitude
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
[REC]
Salaryman Kintaro
Haewon et les hommes
Scaramouche
Jellyfish
L’armée oubliée de l’empereur
Turning Gate
Godzilla X Megaguirus
Metropolitan Police Branch 82
Hommes, porcs et loups
Skinned Deep
Padaiyappa
Sous les drapeaux, l’enfer
Beijing Bicycle
Red Room
Tekken
Bug Me Not !
Le Chemin des lucioles
Le Dieu de la guerre
The Land of Hope
28 Days Later
Time
Le monde de Nemo
Shanghai Dreams