Charon

Ephémère beauté éternelle...

Dai Katsuki est un écrivain marié à une très belle jeune femme, Hideko. Cependant leur union n’est qu’apparence. Leur mariage ne s’est fait que sous plusieurs conditions : les époux n’auront aucune vie sexuelle, et Hideko n’acceptera aucun apport financier de la part de son mari... Mais la jeune femme possède plusieurs identités ; lorsqu’elle n’est pas Hideko, elle devient Yuto, vendeuse dans une grande librairie, ou Charon, prostituée de luxe colocataire d’un yakuza, l’intrigant Jigen...

Pour son douzième film, Gen Takahashi, grand indépendant devant l’éternel, s’offre les moyens de ses ambitions artistiques ; expérimentateur au sein des grands studios qui lui confient un budget (cf. l’excellentissime Reikai Gakkou - Asako Sensei no Kubi), il accumule un savoir-faire depuis près de vingt ans, se nourrissant de ses expériences filmiques, montrant un appétit sans fin à la limite de la boulimie cinématographique, se façonnant habilement une œuvre à la fois éclectique et réfléchie. L’aventure Charon naît d’une envie ; l’envie profonde d’un réalisateur, son désir de mettre en scène une histoire d’Amour, simple et limpide, une ode à l’être humain, ses peurs, ses aspirations, ses rêves... Gen Takahashi s’est visiblement posé la question quant au support de son film, notamment grâce à la video qui propose aujourd’hui une qualité plus que satisfaisante en matière de photographie... mais selon lui, le 35mm est le format le plus adapté au marché international. Entre alors en ligne de compte le problème du coût. Qu’à cela ne tienne, Takahashi fonde sa propre maison de production, Grand Café Pictures [1], et crée un site internet sur lequel les cinéphiles du monde entier peuvent envoyer leur contribution financière afin que le projet Charon puisse voir le jour. C’est de Hong Kong que viendra le producteur associé à Grand Café Pictures en la personne de Paul Cheng, grand habitué des co-productions avec le Japon, notamment sur des films tels Kitchen ou Sleepless Town ; Cheng rencontre Takahashi lorsque ce dernier s’installe à Shanghai en 2002. Le producteur hongkongais lui propose de réaliser un film dont le sujet serait une histoire d’amour universelle, capable d’émouvoir les spectateurs du monde entier...

Charon est le nom du nocher, fils de l’Erèbe et de la Nuit, qui faisait traverser le Styx aux âmes des défunts sur sa barque afin qu’ils se rendent vers Hadès, le royaume des morts... mais il s’agit également du nom donné au satellite (découvert en 1978) de Pluton, la planète la plus éloignée du système solaire ; satellite inhabituel, puisqu’il ne gravite pas autour de sa planète. Pluton et Charon gravitent l’un autour de l’autre, autour d’un même centre de gravité, ce qui fait que certains scientifiques considèrent ce système comme une double planète. La rotation de Charon autour de son axe s’effectue en 6 387 jour terrestre, ce qui signifie qu’une journée sur Terre équivaut à une semaine sur Charon...

...cette triple personnalité qu’entretient la jeune femme, est la preuve tangible d’une extrême envie de vivre, d’un besoin vital de profiter pleinement de son existence aussi courte soit-elle, aux allures de course contre le temps. Quel est son secret, quelle énigme se cache derrière cet indicible désir de vivre ? A travers le voyage de Charon dans un monde qui ne va pas assez vite pour elle, se cache une grande humanité, une femme indépendante et altruiste, un être à la fois fragile et bien plus fort que ses multiples rencontres, d’une bonté rare, à la beauté envoûtante... Que représente Charon -l’astre- à l’échelle de notre planète ? Un lieu à des années lumières de nos préoccupations, de nos vies... Charon représente ce futur dans lequel chaque être humain se réfugie, imaginant un lendemain meilleur... qui la plupart du temps se révèle n’être qu’un avenir fantasmé, un idéal rêvé aux allures d’espoir, pour mieux (sur)vivre (dans)le présent.

...aux yeux de son mari et de Jigen, pénétrer le monde/esprit de Charon paraît être une sorte d’épreuve parsemée d’indices, un jeu de piste tant mental que géographique, à mi-chemin entre le passé et l’avenir. Chacun de leur côté, ils vont tenter de comprendre la jeune femme et ce qui la meut, en essayant de percer ce qui semble être un mystère... Leurs chemins vont indubitablement se croiser, pour qu’ils comprennent finalement, se découvrant eux-mêmes. Avec Charon, le but avoué de Gen Takahashi était de réaliser un film humain, sans scène d’action ni effets spéciaux, qui ne repose que sur la structure de son scénario, et avant tout sur la mise en scène et l’interprétation des comédiens. Deux hommes, deux mondes ; Ryûshi Mizumaki (Loved Gun) endosse le rôle de l’écrivain, homme froid au premier abord qui va peu à peu tomber amoureux d’une femme qu’il ne connaissait pas avant qu’elle disparaisse de sa vie, et Junichi Kawamoto (Shin Dochinpira 1 & 2) -également producteur du film, yakuza proxénète et amant, perturbé par une femme unique, sorte d’ange échoué sur Terre... quant à Charon, c’est la désarmante Megumi Morisaki (Yakuza Takushî 893 TAXI, Moko ni Omakase ou plus récemment dans le magnifique Musumedojoji - Jaen no Koi) qui lui insuffle vie, être généreux à la beauté enivrante, sublime et émouvante... belle, tout simplement.

Fable universelle touchante qui, à l’image de son personnage principal, nous entraîne dans un voyage introspectif d’une rare sensibilité, Charon, authentique ressenti cinématographique, nous plonge dans une sorte de nostalgie pour que ne subsiste qu’une émotion, provoquée par un metteur en scène à l’apogée de son Art qui parvient, même si elle n’est pas notre histoire, à déclencher ce sentiment de tristesse mêlée de joie, laissant gravée en nous l’image d’une magnifique jeune femme à l’inépuisable désir de vivre...

Charon est visible en salles au Japon depuis le 19 Février 2005.
- Site Officiel de Charon : http://www.movie-charon.com/
- Site Officiel de Grand Café Pictures : http://www.grandcafepictures.com
- Site Officiel de Megumi Morisaki : http://www.m-meg.com/

[1Grand Café Pictures tient son nom du fameux Grand Café, situé Boulevard des Capucines à Paris, où eut lieu la première représentation en public d’un film, le 28 Décembre 1895.

aka Karon | Japon | 2005 | Un film de Gen Takahashi | Avec Megumi Morisaki, Junichi Kawamoto, Ryûshi Mizukami, Funaki Ikki, Nobu Iwai, Kei Tanaka
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