Chasseurs de Dragons

C’est en affrontant le redoutable Bouffe-Monde que le Seigneur Arnold a perdu la vue : incapables d’affronter le spectacle de l’effroyable créature, ses yeux se sont retournés dans leurs orbites. Aujourd’hui, le chasseur de dragons déchu ne voit rien d’autre qu’un monde dévasté, grisâtre et dépeuplé, projection de ses craintes… Il faut dire aussi que sa forteresse s’est retrouvée vidée de ses chevaliers, tous incapables de venir à bout de la menace. Arnold vit donc seul aux côtés de son serviteur, Gildas, et de sa nièce Zoé. Si l’aveugle aurait aimé que sa nièce soit un neveu, Zoé apprécierait tout autant devenir chasseur, tel le chevalier Gothik, héros de légende dont elle dévore les aventures, tentant d’éloigner la menace d’un pensionnat chez les Vieilles dents. Lorsque son dernier héros revient défait du bout du monde, Arnold sait que la fin est proche. C’est pour l’aider autant que pour fuir une vie d’ennui, que Zoé part à la recherche de valeureux guerriers. Chemin faisant, piégée par des dragons électriques, elle tombe sur Gwizdo, Lian-Chu et leur animal de compagnie, Hector. Pas vraiment des héros, ces chasseurs de dragons là sont de maladroits businessmen qui ne pensent qu’à s’offrir une ferme où couler des jours tranquilles ; c’est en tout cas ce que souhaiterait Gwizdo, opportuniste limite misanthrope dont la seule arme est un contrat. Lian-Chu lui, aurait plutôt l’étoffe d’un héros au grand cœur, frappe-dur adepte du tricot…

Soit, je suis un otaku. Ayant décidé, pour célébrer mon accession au rang G des Hunter à Monster Hunter Freedom 2, conjointement à la sortie au Japon de MHP2G, de fêter une semaine durant les dragons de toute sorte – et peut-être même plus longtemps, allez savoir – je ne pouvais qu’accepter, avec plaisir, de satisfaire la requête de mon fils : l’emmener voir Chasseurs de Dragons au cinéma. Il faut dire aussi qu’à la base, je suis déjà fan du dessin animé, véritable réussite de design qui trône à mes yeux, au sommet de la production télévisuelle française des dernières années. Avec son monde éclaté - concept repris avec succès par Skyland – ses personnages atypiques et ses créatures iconoclastes, Chasseurs de Dragons fait partie de ces nouvelles « IP » que l’on peut se réjouir de voir devenir des franchises ; à condition bien entendu, que le passage au long-métrage notamment, se fasse avec intelligence.

Dans sa transition du petit vers le grand écran, le trait de la série a gagné une dimension ; les aventures grand format de Gwizdo et Lian-Chu sont donc en synthèse. Si l’on peut s’étonner de ce choix graphique et technique – la 2D de la série est simple et superbe – force est de constater que les héros, en gagnant en volume, n’ont rien perdu en personnalité. Au contraire même : cette complémentarité qui les caractérise s’en trouve renforcée. Lian-Chu est une boule aux extrémités affinées, tandis que Gwizdo, filiforme, possède des extrémités empâtées… Ce contraste, quasi-contradiction dans le design, trouve un écho d’une énorme richesse dans le monde explosé, post-apocalyptique, de Chasseurs de Dragons. Fait de mini-planètes et autres plates formes flottantes, c’est un univers multiple, dont la cohérence est justement faite de disparités.

La quête simpliste exposée par ce long-métrage, sorte de préquelle à la série, n’est pas exempte de défauts. A l’image de l’ensemble des productions virtuelles de l’hexagone, de Kaena au Manège enchanté, Chasseurs de Dragons souffre d’une certaine sous-population. Passés les obligatoires villageois du début du film, seuls quatre personnages, une floppée de moutons et quelques dragons (très réussis) occupent l’écran. Faiblesse globale de notre cinéma d’animation, ce manque de moyens évident est ici utilisé à bon escient, de façon consciente. Les protagonistes sont certes peu nombreux mais superbement réalisés, et le film puise dans ses lacunes narratives une richesse contemplative, qui lui permet de profiter pleinement du potentiel visuel de son magnifique bout du monde. Une séquence en particulier – non pas accompagné d’une chansonnette pour enfants pour une fois, mais d’une partition signée Klaus Badelt – la séparation silencieuse des deux héros, propice à une exploration du morcellement architectural du film, compense somptueusement son vide narratif. On pourrait presque dire, finalement, qu’elle le justifie, tant le background implicite de l’œuvre est imposant et marquant.

Chasseurs de Dragons est donc un film bien dosé, loin d’être niais – attention au vocabulaire très imagé de Gwizdo, auquel Timsit prête une voix reconnaissable et pourtant étonnamment jeune – speed et visuellement remarquable. En cela, c’est déjà une immense réussite, car le retard technique des productions hexagonales a toujours plombé l’appréciation de leurs qualités (Kaena par exemple, possédait un univers très original, occulté par une animation pour le moins limitée). L’effort se traduit ici non pas par un exploit, mais par un univers fluide et dynamique, et passe donc idéalement inaperçu ; ce qui permet à Chasseurs de Dragons de s’extraire du carcan d’ambitieux projet technique, pour devenir simplement un film, drôle, beau, et sacrément attachant.

Akatomy | 31.03.2008 | Hors-Asie, Animation

Chasseurs de Dragons est sorti sur les écrans français le mercredi 26 mars 2008.

France | 2008 | Un film d’Arthur Qwak et Guillaume Ivernel | Avec les voix de Vincent Lindon, Patrick Timsit, Philippe Nahon, Amanda Lear, Marie Drion, Jérémy Prevost
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