Chinese Dinner

Yukihiko Tsutsumi est un réalisateur extrêmement méconnu en Occident, mais c’est loin d’être le cas au Japon où il bénéficie d’une très bonne réputation et popularité, surtout après avoir réalisé Beautiful Dreamer, puis la plupart des épisodes du TV drama Trick (qui a depuis été adapté au cinéma par Yukihiko Tsutsumi lui-même).
A côté de films que l’on pourra qualifier de commerciaux, sans connotation péjorative, il a réalisé quelques petites perles extrêmement intéressantes, au nombre desquelles on pourra citer Egg et 2LDK. Ce dernier film faisant partie d’un projet appelé Duel dont le principe était de présenter un affrontement comme thème central du film. En outre, le duel se déroulait également entre deux films, 2LDK et Aragami de Ryuhei Kitamura. 2LDK montrait déjà la maîtrise de Yukihiko Tsutsumi, notamment celle du rythme, surtout comparé à ce gros défaut de Ryuhei Kitamura. Avec Chinese Dinner, Yukihiko Tsutsumi prouve sur un registre très similaire, qu’il n’y a pas forcément besoin d’un scénario très élaboré pour accoucher d’un film prenant. Ce huis-clos d’une heure vingt réussi le pari de tenir en haleine le spectateur tout du long, même s’il reste un cran en dessous de 2LDK.

Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Chinese Dinner pourrait en fait se résumer à son titre. Un dîner chinois. Ryuichi, riche et puissant yakusa, se rend dans un restaurant chinois dont il est propriétaire pour y fêter un récent succès. Dans la pièce qui lui est réservée, il attend un autre convive. Ce dernier se fait attendre et Ryuichi finit par remarquer une présence dans la pièce. Il s’agit d’un tueur à gages qui est là pour l’assassiner. S’engage entre les deux hommes des pourparlers et le tueur accepte de dîner avec sa cible avant de l’abattre. Evidemment, Ryuichi va tenter de mettre à profit ce délai...

Le huis-clos est l’un des exercices les plus difficiles du cinéma. Pourtant, grâce certainement à son expérience du clip musical et des réalisations pour la télévision, Yukihiko Tsutsumi s’en sort avec brio, comme il le fera plus tard avec 2LDK. A quoi tient donc l’alchimie de Chinese Dinner ? D’abord et surtout, à une gestion parfaite du rythme.
Le tueur, comme sa victime, nous sont d’abord totalement inconnus. La part de mystère disparaît au fur et à mesure que Ryuichi tente de connaître les raisons pour lesquelles on désire l’abattre. A coup de bluff, devinettes et déductions, il pénètre peu à peu dans l’esprit du tueur, commençe à comprendre comment ce dernier pense. Cela lui permet d’anticiper, dans une certaine mesure, sur les actions et le comportement de ce dernier. Les parties de dialogues alternent avec le service des plats, devenant eux-mêmes des personnages au même titre que la serveuse et les convives, qui sont autant d’opportunités pour Ryuichi de tenter de retourner la situation. Les deux convives brisent la monotonie du repas en jouant à des jeux parfois très dangereux, et l’intérêt est régulièrement relancé par des scènes plus mouvementées, voire d’action, qui restent les moins convaincantes. La dernière partie du film vire quant à elle à l’affrontement véritable - merci John Woo.

Dans un décor où le rouge prédomine, Yukihiko Tsutsumi soigne l’esthétique et joue sur/avec les quelques éléments présents dans la pièce : la table tournante, les plats, un aquarium... Ou sur le personnage même du tueur, interprété par Izam, qui doit son succès à son image d’androgyne. De nombreuses zones d’ombre entretiennent le côté mystérieux et le décor cossu renforce l’ambiance oppressante, en plus des scènes filmées en contre-plongée. Usant de peu d’effets de caméra, Yukihiko Tsutsumi exploite du mieux possible l’espace extrêmement restreint, donnant une impression de grandeur à la pièce, en plus d’un dynamisme par les nombreux points de vue différents.

Chinese Dinner est une démonstration, bien que trop technique et esthétique, des talents de Yukihiko Tsutsumi qui fait surtout preuve d’une gestion hallucinante du rythme (point fort de la plupart de ses films). Une excellente introduction à l’univers passionnant de ce réalisateur.

Zeni | 23.07.2003 | Japon

Chinese Dinner est disponible en DVD japonais (zone 2, NTSC) chez Pony Canyon. L’avantage de cette édition ? La présence de sous-titres anglais !

Site officiel : http://www.ponycanyon.co.jp/intl/mp/right_06.html

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