Chinese Odyssey 2002

Chang Chen et Faye Wong incarnent l’Empereur et la Princesse de Chine. Las de la vie du palais et désireux de vivre une vie sans responsabilités ni obligations, ils cumulent les tentatives d’évasion, au grand désespoir de leur Reine Mère. C’est au cours de l’une de ces tentatives que la Princesse parvient à quitter le palais, usant de pouvoirs incroyables selon certains récits, de simple furtivité selon d’autres. Feng (Vicki Zhao) est gérante d’une auberge. Elle s’attife comme un garçon et vit seule, jusqu’au jour où son frère Ah Long (Tony Leung) revient en ville après deux années d’errance. Jouissant d’une réputation de brute détestable - « King Bully » est d’ailleurs son surnom - le retour d’Ah Long fait fuir les clients de Feng, qui évitent son frère comme la peste. Arrive alors la Princesse, incognito et déguisée en homme, qui s’est fait déposséder de ses biens par un voleur. Dès qu’il pose les yeux sur elle/lui, Ah Long voit en cette personne l’homme idéal pour sa sœur. D’ailleurs Feng s’en éprend, seulement la Princesse craque pour la brute, qui fait preuve d’incroyables attentions envers elle. Quiproquos et comédie s’en suivent, jusqu’à ce que l’Empereur parvienne à son tour à quitter le palais, prétextant qu’il part à la recherche de sa sœur. Désireux en réalité, de laisser sa créativité artistique s’exprimer en prenant l’apparence d’un homme « normal », il va tomber amoureux de Feng...

Dernière grande production à ce jour de Jet Tone, la société de Jeff Lau et Wong Kar-Wai, pour le Nouvel An Chinois, Chinese Odyssey 2002 est un film merveilleux, dernier représentant du talent hongkongais en matière de comédie somptueuse à base de romance et de Wu Xia Pian. Démarche unique s’il en est, Chinese Odyssey 2002 singe à la fois les deux opus de Chinese Odyssey que Jeffrey Lau avait réalisé en 1994 avec Stephen Chow, et la mise en scène de Wong Kar-Wai sur Les Cendres du temps ; preuve qu’en matière de dérision, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Ainsi les arrêts sur images avec voix off chers au réalisateur de In the Mood for Love sont-ils ici parodiés avec intelligence, pour définir des personnages ambigus, dont on ne saura finalement jamais s’ils sont de simples grandes gueules ou de véritables artistes martiaux, puisque les scènes de combat du film sont toujours remises en question par différents intervenants, au travers d’extraits de leurs autobiographies.

A la tête de ce festival d’auto-dérision, Tony Leung (dont le personnage déclare avoir beaucoup appris au cours de ses "années sauvages") affirme une fois de plus son immense talent de comédien, jonglant comme l’ensemble du film, entre rire au vingtième degré et émotion réelle. Son personnage de brute amoureuse permet à l’acteur d’enchainer comique hallucinant (la scène où il reste figé, tellement occupé à fixer un point de l’espace pour accélérer le retour de la princesse) et mélodrame flamboyant (les scènes où il laisse libre cours à son amour pour Faye Wong sont véritablement magiques). A ses côtés, l’ensemble du casting livre une performance mémorable, de Vicki Zhao, décidemment magnifique, à Faye Wong qui est à la fois craquante et touchante, et participe même à quelques passages chantés, en passant par Chang Chen qui brise ici son image de grand romantique de Tigre & Dragon, en faveur de celle d’artiste visionnaire, inventeur précoce des platform boots coiffé d’une redoutable coupe affro...

Chinese Odyssey 2002 affirme grâce à ses acteurs et à l’intelligence d’un scénario en roue libre, sans le moindre temps mort, un équilibre rarement atteint entre le rire et l’émerveillement. Dénué de violence et de vulgarité, c’est un spectacle familial au plus beau sens du terme, comme il en existe peu. La photographie est superbe, les décors splendides, les costumes somptueux. Même les acteurs secondaires sont beaux et délirants, à l’image du ressort narratif ultime incarné par Athena Chu, que Jeff Lau redéfinit (du lapin magique à la déesse de l’amour) à chaque fois qu’un rebondissement le nécessite. De telles œuvres sont aujourd’hui rares même à Hong Kong, et elles l’ont toujours été dans le reste du monde ; il n’est pas étonnant que Chinese Odyssey 2002 soit l’œuvre de grands maîtres du cinéma contemporain, car pour savoir livrer un film d’une telle cohérence et d’une telle qualité, tout en restant drôle et on ne peut plus grand public, il faut maîtriser toutes les facettes de cet art inestimable qu’est le cinéma. On s’amusera enfin de l’insolence assumée de Laurent Mareschal, programmateur de la sélection « Continent B : Très méchant(e) » du Festival des 3 Continents, qui a choisi d’intégrer le film à cette thématique. A propos du film, il déclare : « non seulement on n’y trouve que de très légères traces de personnages de méchants, mais on dirait même qu’il se refuse tout simplement à en avoir ». L’absence d’antagonisme et de méchanceté, au cœur d’une histoire d’amour et d’arts martiaux ? De nos jours, une telle vision de l’Homme est tellement rare, qu’elle mérite vraiment d’être chérie, et célébrée. Car Chinese Odyssey 2002 est, avant toute chose, une fête, un hymne à la joie et à l’amour !

Chinese Odyssey 2002 faisait partie de la sélection « Continent B : Très méchant(e) » de la 27ème édition du Festival des 3 Continents de Nantes, et est par ailleurs disponible en DVD HK chez Mei Ah, ainsi qu’en DVD zone 2 PAL en Angleterre chez Tartan Video.

Hong Kong | 2002 | Un film de Jeff Lau Chun-Wai (Jeffrey Lau) | Produit par Wong Kar-Wai | Avec Tony Leung Chiu-Wai, Faye Wong, Vicki Zhao Wei, Chang Chen, Rebecca Pan, Athena Chu Yun, Eric Kot Man-Fai, Ning Jing, Roy Cheung Yiu-Yeung
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