City of Life and Death

La vie est plus difficile que la mort.

Trois films, trois réussites : Lu Chuan s’affirme comme l’un des réalisateurs chinois les plus talentueux du moment. Après la comédie policière, The Missing Gun, le western tibétain, Kekexili, la patrouille sauvage, il s’est attaqué avec succès à l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire contemporaine chinoise : le massacre de Nankin.

City of Life and Death débute lors de la prise d’assaut des fortifications de la ville par les troupes japonaises. Nankin est à l’époque la capitale de la Chine. Ni la muraille, ni les troupes chinoises ne résistent bien longtemps à la puissance de feu des Japonais. Désormais maîtres de la ville transformée en free fire zone, à l’exception de la zone internationale, les Japonais commettent des exactions à grande échelle, massacrant leurs prisonniers, tuant et violant les femmes, des jeunes filles aux grands-mères. La zone internationale n’offre finalement qu’une sécurité précaire. La soldatesque nippone y poursuit ses viols tandis que le commandement veut s’emparer des hommes en âge de porter les armes et exige que certaines femmes deviennent des "femmes de confort", sinistre euphémisme pour désigner des prostituées, pour leurs soldats. Une poignée d’occidentaux essaye sans succès d’arrêter le massacre. De manière improbable, l’un de ces défenseurs n’est autre que l’ambassadeur du Troisième Reich dans la ville !

Les réalisateurs chinois traitant de la Seconde Guerre mondiale nous gratifiant généralement de films à forts relents nationalistes, même sur des sujets anodins comme le récent Ip Man, le pire était à craindre. Non seulement Lu Chuan évite de tomber dans ce piège, mais il fait même preuve d’audace. Son excellente et courageuse idée (il n’est pas évident que ses compatriotes les plus chauvins apprécient) a consisté à faire d’un soldat du Mikado, désabusé par les actions de ses compatriotes, l’un des principaux protagonistes de son film.

Sa conscience a été ébranlée par les femmes qu’il avait abattues par erreur alors qu’elles se cachaient dans un confessionnal. Sa rencontre avec deux prostituées, l’une japonaise et l’autre chinoise, lui a ensuite montré que les deux peuples n’étaient pas différents. Les Japonais ne sont pas supérieurs aux autres peuples asiatiques contrairement à ce qu’affirmait la propagande impériale.

Les autres personnages sont plus conventionnels. Aidée par les étrangers, Mademoiselle Jiang, le seul membre chinois du comité de direction de la zone de sécurité, tente tout ce qui est humainement possible pour sauver ses compatriotes. Pour sa part, Monsieur Tang fait de même pour sa famille, quitte à passer de petits arrangements avec le diable.

Non content de faire d’un soldat japonais la figure de proue du film, le réalisateur ne caricature pas les autres militaires nippons. Ce serait bien inutile car leurs actes nauséabonds, montrés sans fard, parlent d’eux-mêmes. Le nombre de leurs victimes s’élèverait entre 90 000 et 300 000. L’ampleur de la tuerie est montré par des plan de foule, puis de cadavres qui couvrent la totalité de l’écran. Le massacre n’est pas anonyme : le réalisateur prend son temps pour filmer les visages des futurs suppliciés.

En montrant les Japonais commettre les pires excès, mais aussi lors de scènes ordinaires de leur vie au front, Lu Chuan illustre ce qu’Hannah Arendt a appelé la banalité du mal [1] lors du procès d’Adolf Eichmann. Mais plus parlante est l’histoire de ce bataillon de réserve de la police allemande [2] qui participa à la Shoah en Pologne même si rien ne prédestinait ses membres (dockers, ouvriers...) à perpétrer de telles horreurs. Le bourreau n’est pas forcément un monstre, mais un individu, comme moi ou toi, lecteur, qui se contente d’obéir aux ordres. Une vérité qui est difficile à admettre. Cette analyse ne diminue en rien la responsabilité de la personne, mais invite tout un chacun à exercer sa conscience.

Le talent du réalisateur est présent tout au long du film, mais il éclate particulièrement lors de l’embuscade du début. Cette scène de guerre est ce qui s’est fait de mieux dans ce domaine depuis la scène de débarquement d’Il faut sauver le soldat Ryan. Et Lu Chuan n’a pas à rougir de la comparaison. Il a adopté une approche similaire à celle du documentaire, qu’il maintient classieusement pendant le reste du film, en la magnifiant avec un montage cinématographique.

Lu Chuan réalise un film profondément humaniste en montrant que lors des évènements les plus monstrueux de l’histoire, il existe, heureusement, des raisons d’espérer dans l’homme. Une part d’humanité est toujours là, présente ; à chacun d’en être conscient lors de ces épisodes ténébreux.

City of Life and Death est disponible en DVD chinois sous-titré anglais.

[1Eichmann à Jérusalem, Folio.

[2Des hommes ordinaires : Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne de Christopher Browning, édition 10/18

Chine | 2009 | Un film de Lu Chuan | Avec Hideo Nakaizumi, Fan Wei, Liu Ye, Gao Yuanyuan, John Rabe
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