City Under Siege

Freak Show !

City Under Siege démarre au crépuscule de la Seconde guerre mondiale, alors que l’armée japonaise, dans le secret d’un laboratoire souterrain en Malaisie, échoue une nouvelle fois à viabiliser la transformation de ses prisonniers en soldats surhumains, monstres boursouflés et griffus, à l’aide d’un gaz violacé. Quelques explosions opportunes plus tard, on apprend que le laboratoire, détruit par les anglais, est resté secret jusqu’à aujourd’hui, l’expérience oubliée. On rencontre alors Sunny (Aaron Kwok), orphelin d’une lignée de lanceurs de couteaux émérites, réduit au statut de clown faire-valoir par les performers d’une troupe de cirque en représentation en Malaise. Chang Tai Chu (Collin Chou), leader de la bande, entraîne ses sbires sur les traces de chercheurs d’or, pour leur dérober leur magot ; et le simplet Sunny, qui rêve lui aussi de gloire et fortune, s’invite à la fête, au sein du labo japonais oublié. Seulement, une fois les premiers lingots retrouvés, Chu écarte Sunny sous prétexte de lui faire monter la garde, pour mieux éliminer le gêneur – et libérer, malencontreusement, le gaz mutagène. Sunny profite de l’intoxication pour s’échapper…

Tout ce petit monde parvient à revenir, en bateau ou en flottant – nous y reviendrons –, à Hong Kong. Sunny, subitement obèse, croise le chemin de la belle Angel (Shu Qi), star de la télé locale, pendant que Chu et ses potes profitent de leur mutation pour semer le chaos dans l’ex-colonie. Mais pourquoi Sunny, dégonflé dès le lendemain ne l’incident, ne souffre-t-il pas des mêmes symptômes ravageurs que les super-vilains ? Et surtout, que se passe-t-il dans l’esprit de Benny Chan ?

Quand le réalisateur d’Invisible Target est pris d’une poussée de fièvre en pleine résurgence super-héroïque, cela donne City Under Siege (Blast dans les rayons de votre boucherie préférée), grand film malade, consternant et réjouissant du même élan décomplexé, à envoyer au suicide n’importe quel théoricien en expression cinématographique. Par où commencer… la prestation d’Aaron Kwok ? Le mauvais goût des pubs anti-diarrhée de Sunny ? La beauté de Shu Qi ? La moralité des marins HK ? Les innombrables paradoxes spatio-temporels du film ?

Tenez, commençons par ces derniers. City Under Siege, en effet, entretient un étrange rapport au temps et à l’espace. Pendant que Sunny, tout d’eau gonflé, se repose une nuit durant, Chu et ses amis mutants ont le temps de multiplier les braquages de part et d’autre de Hong Kong, les médias de rapporter les faits, la police d’enquêter, Terence Yin de licencier Shu Qi, jugée trop vieille et plus assez charmante (blasphème !)… certainement la nuit la plus longue de tous les temps ! Alors qu’à l’inverse, pendant que Sunny, auteur d’un exploit one-shot qui lui vaut de porter la communication des forces de l’ordre HK avec Angel pour manager, multiplie les endorsments ridicules, le temps s’arrête pour les bad guys, qui ne mutent plus ni ne commettent de méfaits. Une échelle de temps insaisissable - à moins que je n’ai rien compris, ce qui est toujours possible -, uniquement asservie aux pics de fièvre de Benny, qui déstabilise même ce dernier au point qu’il omette de traiter la maîtrise des pouvoirs de Sunny et reporte son apprentissage en dernière bobine, juste avant le combat final.

Du coup, puisque Sunny est en réalité un piètre super-héros, uniquement remarquable lorsqu’il est en colère (ce qui ne lui arrive pas souvent), Aaron Kwok est réduit le gros du film à faire le pitre, jouant à merveille – c’est à dire sans retenue ni amour propre – le neuneu tête-de-turc, certainement dans le but de faire passer Shu Qi (dont le naturel face à un Sunny gonflé comme une baudruche est déconcertant) pour l’âme la plus charitable du monde, en dépit de la capacité de son personnage à exploiter la célébrité usurpée de Sunny. Un déséquilibre de plus à l’actif de City Under Siege, qui possède de véritables moments made in Hong Kong – comme cette séquence post-intoxication où Sunny, évanoui sur le pont d’un bateau et montrant des signes de mutation, est mis à la baille par des marins altruistes – et préfère un improbable élan romantique – Chu tombant amoureux, vilaine Bête, de la Belle Angel – à un véritable schéma d’antagonisme héros-Némésis.

Il y aurait encore beaucoup à dire - tenez, je ne vous ai même pas mentionné le duo de supers flics fiancés incarné par Wu Jing et Zhang Jingchu, spécialistes es-mutants - sur cet objet insaisissable qui mélange kung-fu, lancer de couteaux, acupuncture, éloge de la différence et chute de cheveux, et, tel la dernière lame de Sunny, vous triture de l’intérieur jusqu’à l’explosion, mais je pense qu’il faut que vous jugiez vous-même de l’étendue des dégâts. Benny Chan a craqué, c’est certain, et pourtant je ne parviens pas à vous déconseiller City Under Siege, œuvre à la fois débile, incohérente, ridicule, spectaculaire et éminemment divertissante. Du blockbuster marginal comme il y en a peu, mutant de bout en bout !

Akatomy | 9.05.2012 | Hong Kong

City Under Siege est disponible un peu partout en DVD et BR (y compris chez nous donc, sous le titre Blast), donc les curieux trouveront aisément matière à se satisfaire.

aka Blast - Assassin : City Under Siege - 全城戒備 | Hong Kong | 2008 | Un film de Benny Chan Muk-Sing | Avec Aaron Kwok Fu-Sing, Shu Qi, Collin Chou (Ngai Sing), Wu Jing, Zhang Jingchu, Yuen Wah, Ben Wong Chi-Yin, Tie Nan, Zhang Bao-Wen, Gao Yan-Chao, Terence Yin, Chrissie Chau Sau-Na
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