Constantine

Constantine... ahhh qu’elle était belle la bande annonce. J’imagine que comme moi beaucoup ont du se dire en la voyant, qu’un bon dieu de film les attendait en salles. Si seulement ça avait pu être la vérité. Pour être honnête, la catastrophe n’est pas totale, loin de là, mais disons plutôt qu’on est face à un beau moment de frustration, du genre d’une gigantesque séquence masturbatoire qui n’irait jamais jusqu’au climax libérateur.

Alors mettons les choses au clair dès le début. Je ne vais pas descendre le film car malgré ses nombreux défauts (et Dieu sait qu’il y en a) ses qualités se montrent exactement au même nombre et permettent à Constantine de garder la tête hors de l’eau. L’un des gros points négatifs de ce film est quand même l’histoire qui ne vole pas haut. Résumons vite fait : Satan, non content d’être méchant et d’être une sorte de Sex Pistols sur le retour (mais ça j’y reviendrais plus tard), a eu la mauvaise idée d’avoir un fils. Et cette saleté de canaille de môme (qui ne fait que confirmer mon envie de ne pas avoir de gosse) n’a qu’une envie : être calife à la place du calife. Pour cela il lui faut la lance de la destiné, celle qui a percé le flan de Dieu. Seule cette arme peut lui permettre de rentrer dans notre monde et y établir son empire pour devenir plus puissant que son père. Bon alors, non content d’être un conflit de succession banal, cette partie de l’histoire n’est que survolée ; on ne va jamais à fond dedans et le sale goût d’inachevé qui nous reste dans la bouche perdure encore longtemps après la sortie de la salle.

A tout cela vient s’ajouter une galerie de personnages secondaires follement attrayants, dont la plupart ne sont utilisés qu’au dixième de leurs possibilités - voire même pas du tout pour certains. Le meilleur exemple de tout le lot est sans aucun doute « Papa Midnite ». Incarné par Djimon Hounsou, cet ancien sorcier ayant fait vœux de neutralité tient un night-club, terre d’asile pour les hybrides, où l’on respecte la balance (loi qui interdit aux anges et aux démons de faire autre chose qu’influencer nos vies). Le charisme de ce personnage est énorme, on sent qu’il est une véritable force de la nature, on sent qu’il ne faut pas le faire chier, on sent qu’il suffirait d’un rien pour que ça pète et que le personnage devienne chef-d’œuvre ! Malheureusement cette étincelle ne vient jamais et, pire que tout, le personnage n’a droit qu’à un temps de présence ridicule. Il est une victime de plus au champ d’honneur des frustrations cinématographiques. C’est déjà bien dommage, mais la plus mal lotie du lot reste quand même Rachel Weisz dont le rôle se borne ni plus ni moins à celui d’une convoyeuse (vous verrez dans le film...). Son personnage n’a aucune consistance et fait de son mieux pour sauver les meubles malgré tout. Est-ce que je dois aller plus loin dans le travail de sape et vous couper toute envie de voir le film ? Non ! Si je le faisais ce serait stupide.

Pourquoi ? Tout simplement car vous passeriez à côté des deux grandes choses de ce film, à savoir Constantine et Lucifer. On peut dire tout ce que l’on veut sur Keanu Reeves et la « profondeur » de son jeu d’acteur dans Matrix, mais il faut bien être honnête : le rôle de Constantine lui va comme un gant. Alcolo, cynique, désabusé - Reeves est excellentissime dans ce registre. Mais il n’arrive pas en deux heures (un peu longues...) à égaler la prestation gigantesque de Peter Stormare, qui en l’espace de dix minutes et d’une discussion avec un Constantine mal dans sa peau (c’est le cas de le dire...) éclate les bornes du grand n’importe quoi. Cette discussion entre les deux icônes de ce film est un grand moment de pétage de plomb. C’est simple : imaginez que Sid Vicious soit Lucifer et vous aurez à peu près une bonne idée du degré de « je pars en vrille » qui s’imprime sur la pellicule. Peter Stormare est grand, il en fait des tonnes, roule des yeux, fait des vannes foireuses, donne l’impression d’être en deux fixes, mais putain que c’est bon !!! C’est con mais c’est bon !!! Voir Lucifer inciter Constantine à s’en griller une petite, lui dire que c’est très bon pour sa santé (humour) et que ça ne peut pas lui faire de mal à lui vu qu’il a des parts dans les actions des compagnies de tabac, est le genre de connerie qui me fait toujours rire. 10 minutes de bonheur total sur 2 heures c’est court mais rien que pour cela, j’aurais presque envie de dire "Lucifer for President". Mais Constantine ce n’est pas qu’une pub pour t’inciter, toi le jeune à la recherche de ta foi en la vie, à te vautrer dans le stupre et la luxure. Non loin de là, Constantine c’est un film qui de toute sa grandeur tente de te montrer une seule et unique chose : l’enfer c’est BEAU !!!

Eh oui, les passages en enfer (très courts malheureusement) sont magnifiques, et la présence des charognards d’âmes damnées rend le paysage encore plus agréable. Toute cette farandole de couleurs démoniaques et chatoyantes donnerait presque envie de s’acheter une petite maison avec vue sur une salle des tortures, afin d’aller s’en jeter un petit de derrière les fagots avec notre pote Lucifer. Ce qui nous amène à la mise en scène du film. Pour un ex-clippeur, Lawrence s’en sort haut la main et nous offre un spectacle clair et lisible ; on n’est jamais vraiment à l’ouest ni aux portes de l’horreur Pitofienne. Ce qui est un gros soulagement et en même temps une grosse frustration, car tout le travail sincère et propre mis dans la réalisation se retrouve anéanti par la vacuité du script. Un coup d’épée dans l’eau, non pas à fond mais dans l’état actuel des choses, Constantine est plus un gigantesque pilote de série TV qu’un vrai film en bonne et due forme.

Mais rien que pour la belle, que dis-je l’immense prestation de Lucifer, j’attends quand même de voir ce que donnera la suite des évènements... Avec un bon scénario en mains, y’a de grandes chances pour que le second épisode puisse casser la baraque. Au vu du potentiel qui reste en magasin en tout cas, on n’en attend pas moins.

Marcus Burnett | 22.02.2005 | Hors-Asie

Constantine est en salles depuis le 16 fevrier 2005.

USA | 2004 | Un film de Francis Lawrence | d’après Hellblazer, une série de comics de Jamie Delano et Garth Ennis | Avec Keanu Reeves, Rachel Weisz, Tilda Swinton, Peter Stormare, Djimon Hounsou
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