Convict Killer

Ti lung à la recherche d’un assassin insaisissable...

J’ai beau m’être gentiment moqué des cassettes Fil à Film dans un précédent article (voir Les disciples de Shaolin) pour la qualité douteuse de leurs copies, je serais tout de même toujours reconnaissant à cet éditeur de m’avoir fait découvrir des classiques du studio Shaws Brothers, à une époque où il était bien difficile de voir des films venus d’Asie. Par exemple Convict Killer, malgré son titre débile en français - Griffes d’acier contre Léopard Noir (vive les traductions françaises, ma préférée restant Ca branle dans les bambous) - fut une véritable révélation, et pendant longtemps j’ai espéré voir d’autres films de son réalisateur, Chu Yuan. Heureusement, aujourd’hui grâce à la collection Shaw Brothers éditée par Celestial Pictures (je le répète, indispensable pour tous ceux qui désirent découvrir des joyaux oubliés de l’ex colonie), mon désir est exaucé. Killer Clans, Death Duel, Clans of Intrigue et surtout The Magic Blade (on en reparle prochainement)... autant de chefs-d’œuvres qui confirment que Chu Yuan est un immense réalisateur à découvrir (vous voilà prévenus).

Ten Piao a purgé une peine de prison de 15 ans, suite à l’assassinat d’un homme qui avait voulu le mêler à un trafic de drogue. Ten n’a qu’une idée en tête : se venger (il se bat avec une chaîne, symbole de son enfermement) du responsable de toute cette affaire, un dénommé Long Faï - plus connu sous le nom de "Léopard Noir" (parce qu’il porte une marque de naissance en forme de tête de léopard sur le torse). Pourtant, dés sa sortie de prison, un dénommé Chou tente d’acheter Ten pour qu’il cesse de traquer le "Léopard Noir". Mais Ten refuse, et s’installe dans un hôtel de la région. Chou fait alors appel à ses six frères, qui forment avec lui un groupe nommé "les sept invincibles" pour arrêter Ten ; parmi eux se cache le fameux Léopard Noir. Peu après, plusieurs personnes viennent s’installer à l’hôtel où est descendu Ten. Le jeu d’apparences s’installe autour de Ten Piao...

Moins connu que Chang Cheh et King Hu, Chu Yuan est pourtant l’un des réalisateurs les plus intéressants du Wu Xia Pian. Ses films les plus marquants dans le genre seront réalisées entre 1974 et 1978, au moment même où ce style de films est en train de disparaître des écrans. Adaptant les œuvres des romanciers Gu Long et Jin Yong, les films de Chu Yuan ne sont ni aussi violents que ceux de Chang Cheh, ni aussi philosophiques que ceux de King Hu, mais se distinguent avant tout par leurs histoires - qui tiennent tout autant du film martial que du film noir (intrigue embrouillée, rebondissements nombreux, et personnages à multiples facettes) -, que par une esthétique très travaillée au niveau des décors et de la lumière.

Dans Convict Killer, Chu Yuan mélange cette fois le film de Kung Fu (le film regorge de nombreuses scènes plus spectaculaires les unes que les autres) avec le polar (renforcé par des personnages portant pistolets et chapeaux mous). Le film démarre d’ailleurs comme une simple histoire de vengeance (thème classique du film de Kung Fu), mais très vite Chu Yuan abandonne cette thématique pour y greffer une intrigue policière qui va rendre le film beaucoup plus ludique.

A l’instar d’une des premières séquences du film, qui voit un tueur abattre un personnage de paille alors qu’il croyait abattre le personnage de Ti Lung, tout le film est construit sur l’être et le paraître. Le personnage de Ti Lung est à la recherche d’un homme dont il ne connaît que de nom une particularité physique difficile à démasquer (la marque sur le torse), mais il se retrouve aussi face à six autres personnages inconnus qui veulent tous sa mort.
Une double énigme donc pour Ti Lung, mais aussi pour le spectateur (jamais en avance sur le héros, ce qui fait toute la force de l’intrigue), que Chu Yuan s’amuse à compliquer à loisir avec le ballet incessant de nouveaux personnages qui gravitent autour du héros. On n’essaye même plus de savoir si Ti Lung va accomplir sa vengeance : ce qui nous intéresse vraiment, c’est de savoir qui ment et qui dit la vérité, qui est avec ou contre Ti Lung.

Le film devient alors une immense partie d’échec, face à autant de duplicité. Chacun doit avoir un coup d’avance - même plusieurs - pour pouvoir anticiper toutes les traîtrises de ses adversaires. Chu Yuan s’en donne alors à cœur joie tout au long du film, avec des personnages qui changent de camps tous les quarts d’heure, d’autres qui attendent le dernier moment pour se dévoiler et abattre leur jeu. Chu Yuan n’hésitant pas à tricher lors d’une séquence qui, dévoilée sous un autre angle, apportera un éclairage différent aux motivations de l’un des personnages.

L’esthétique adoptée par Chu Yuan est en parfaite adéquation avec cette intrigue riche en rebondissements. Les décors (presque tous artificiels) tournent pratiquement autour d’un seul lieu (l’hôtel où loge le héros), et forment un dédale où chaque porte, chaque paravent, chaque recoin sert aux personnages à se dévoiler ou au contraire à disparaître (une des scènes importantes du film voit justement Ti Lung pris dans une succession de guet-apens tendus par les invincibles, au détour de chaque recoin du décor). Dans le même ordre d’idée, la lumière symbolise parfaitement le côté obscur de l’enquête et des motivations des personnages : pratiquement tout le film se passe la nuit ou dans la pénombre (le film possède un éclairage bleuté que l’on verra énormément dans les films de Hong Kong des années 80), en particulier dans les scènes d’action où les ennemis de Ti Lung se révéleront toujours les plus dangereux. Cette esthétique sera toutefois complètement inversée dans la dernière scène du film, se déroulant à la fois en pleine journée mais aussi sous une tempête de neige, annonçant alors la résolution de l’enquête et la révélation de l’identité de "Léopard Noir".

N’hésitez donc pas à découvrir Convict Killer et les films de Chu Yuan, vous ne le regretterez pas, croyez moi.

PS : Je tiens à remercier le magazine HK pour les informations qui m’ont permis d’écrire cet article.

Torrente Wong | 18.04.2003 | Hong Kong

Convict Killer sortira chez Celestial Pictures, probablement en 2004. Pour l’instant vous le trouverez dans la collection Fil à Film dans une copie que nous qualifierons d’honnête (passons sur le doublage et le titre du film ; la copie est au format et les couleurs pas trop délavées).

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