Cow

Buddy moohvie.

Dans la Chine rurale des années 40, pendant la seconde guerre sino-japonaise, un homme parcourt, seul, son village déserté. Lorsqu’il découvre un charnier au pied des habitations, le simplet Niu Er est bien obligé de se rendre à l’évidence : les soldats japonais n’ont laissé aucun survivant. Aucun ? Pas tout à fait. Dissimulée par les villageois, teintée de jaune pour masquer ses origines et rendue muette par un obscure breuvage, une vache refuse de quitter les murs de cet endroit isolé de la province de Shandong. On découvre alors, par le biais de flashbacks, que cette vache hollandaise, avec son incroyable production de lait, était autant la fierté du village que la garantie de sa subsistance. A l’approche de l’armée japonaise, les anciens ont effectué un tirage au sort pour déterminer qui aurait la responsabilité de dissimuler l’animal. A contre-cœur, Niu Er s’est retrouvé affublé de l’insolite fardeau, convaincu par une dote supplémentaire : la main de Jiu, une veuve émancipée qui s’insurge sans cesse contre les traditions passéistes de ses concitoyens. Alors que la guerre suit son cours, l’animal têtu, comme le village, passe d’un camp à l’autre, tandis que Niu Er, privé de ses rêves de mari et père, se résout à assumer ses obligations, et tente tant bien que mal de protéger la vache jusqu’au retour de la 8ème armée de la route, future Armée Populaire de la Libération.

« A cette époque, un paysan trainait une vache étrangère suite à une promesse idiote, et ils parvinrent à survivre ensemble. » [1] Cette simple phrase, légende orale du Shangdong, a servi de point de départ au réalisateur Guan Hu pour écrire le scénario de Cow, fable improbable sur la relation salvatrice d’un homme et d’une vache en temps de guerre. Imaginant l’amont et l’aval de cette singulière énonciation, Guan Hu parvient à dépasser la farce antimilitariste pour livrer une fresque humaine saisissante, forte d’émotions contradictoires et sans cesse renouvelées. Et surtout, d’une aisance cinématographique aussi grande que son titre est court.

Ainsi lorsque Cow démarre sur la déambulation de Niu Er, la caméra passe-t-elle sans cesse du détail à l’ensemble, de la caméra portée à la plongée englobante, pour mieux refléter la panique contenue dans le héros insolite. Le visage de l’acteur Huang Bo, lieu d’un jeu volontairement forcé, s’accorde avec ces points de vue multiples, et facilite les changements de tons déjà incessants du film, entre l’humour et le drame. Cette introduction, qui oppose l’horreur de la découverte du charnier, à l’étrangeté de la rencontre avec l’animal qui donne son titre au film, résume d’emblée la force de Cow, capable de mélanger plusieurs cinémas de façon cohérente. Lorsque Guan Hu revient sur les événements passés ? Un certain cinéma social, non dénue de satire. Lorsque les japonais s’emparent des lieux et s’approprient l’animal, sans savoir que Niu Er tente de les décimer ? Le film d’action à la McTiernan. Lorsque Niu Er se retrouve confronté à quelques compatriotes affamés ? La comédie de situation. Lorsqu’enfin il parvient à prendre la route de la montagne avec son fardeau tacheté ? Le western, aussi bien dans son approche spaghetti – il se retrouve au milieu d’un stand off qui synthétise le conflit en cours - que dans une autre, plus naturaliste, à la Jeremiah Johnson.

Liant entre toutes ces conceptions cinématographiques macroscopiques, par ailleurs traversées de variations plus fines, Niu Er parvient à effacer leurs transitions grâce à son incroyable humanité. Retranscrite avec caricature, aussi bien dans son apparence gauche que dans son interprétation, celle-ci aussi est évolutive, et donne à Cow des allures de conte initiatique. Dans une démarche surréaliste, Guan Hu relie les personnalités de la vache et de la défunte Jiu, au point de leur donner des caractéristiques physiques communes, retranscrivant ainsi la façon dont Niu Er, peut-être dénué de réflexion profonde mais certainement pas de bon sens, trouve matière à se rapprocher de son compagnon à quatre pattes. Au fur et à mesure que ce rapprochement s’effectue, Niu Er s’affirme comme le seul être en possession de ses moyens, quels qu’ils soient, préservé des folies de la guerre par son innocence. Lui seul voit en cette vache, nourricière, fondatrice et immuable, un statut quasi-matriarcal qui ne saurait être bafoué.

Et c’est ce survivant résilient qui nous entraîne, comme par magie, au terme de ce périple à l’image sublime, dont les tons désaturés s’accommodent à merveille de quelques éclats – de ciel bleu, de flammes, de poils teintés de jaune –, et rend crédible cette amitié si délicate à retranscrire sans tomber dans la parodie. Car c’est bien d’amitié, au bout du compte, qu’il s’agit : la vache éponyme, cet animal ni blanc ni noir, contrasté comme l’ensemble du métrage, étant la mère de tous – villageois, soldats, chinois, japonais - mais l’amie d’un seul homme ; puisque seul Niu Er, sans même s’en rendre compte, accorde encore une quelconque importance à cette valeur évanescente. Cow, multiple et singulier jusqu’au bout, touche ainsi autant, qu’il surprend et impressionne.

Akatomy | 11.09.2010 | Chine

Cow est notamment disponible en DVD en Chine, sous-titré anglais, dans une édition particulièrement soignée.

[1Cf. « For the Love of Cow » sur le site YesAsia

aka 斗牛 | Chine | 2009 | Un film de Guan Hu | Avec Huang Bo, Yan Ni, Gao Hu, Hua Zi, Hu Longyin, Hu Xiaoguang
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