Crossing The Line

L’art du documentaire semble avoir regagné ses lettres de noblesse depuis une dizaine d’années, qu’il s’incarne sous la forme de docu-fiction à grand renfort d’effets numériques, de documentaire engagé à grand renfort de provocation ou bien de documentaire éducatif à grand renfort de BBC. N’ayant pas échappé à l’influence MTV, le genre s’est donc modernisé dans sa forme : nous sommes aujourd’hui loin des musiques chevrotantes et des interviews cravatées en laine, au grand dam de Boards Of Canada qui aimait y puiser quelques sources musicales.

C’est sur Ruthless Gravity de Craig Armstrong que l’introduction de Crossing The Line nous allèche comme une bande-annonce bien fichue sur un sujet qui n’est pourtant pas des plus sexy : en 1962, James Joseph Dresnok, soldat américain sur la DMZ (zone coréenne démilitarisée), déserte son poste pour rejoindre la Corée du Nord. Aucun gouvernement ne reconnaissant son existence, Private First Class Dresnok disparaît purement et simplement de la planète. Et ce n’est qu’en 2002, soit quarante ans plus tard, qu’il refait surface aux yeux du monde occidental...

Pédagogique, Crossing The Line l’est certainement. Dans un premier temps, il nous remet en mémoire la tension contenue qui règne sur la DMZ, cette incroyable bande de 4km de large sur 248km de long qui sépare la Corée du Sud de la Corée du Nord ; le sujet avait notamment déjà été abordé par Park Chan Wook dans Joint Security Area avant que ce dernier ne s’égare en amourettes cybernétiques... Ensuite, à travers le destin de Joe Dresnok, son intégration au système totalitaire qui régit le pays, en tant qu’individu de la nation mais également en tant qu’acteur au service de la propagande communiste non dissimulée, nous abordons de l’intérieur la situation qui règne en Corée du Nord, situation finalement assez méconnue tant le pays fonctionne en vase clos. Enfin, le point de vue qui nous est présenté ne se limite pas à celui de Joe Dresnok, plutôt satisfait des conséquences de son acte : Daniel Gordon revient également sur trois autres déserteurs, contemporains de Joe Dresnok, dont Charles Robert Jenkins, émigré au Japon depuis 2004 et pour qui les années passées en Corée du Nord n’ont pas eu la même saveur. Par ce procédé de thèse/antithèse vis-à-vis du régime coréen, Crossing The Line gagne une objectivité d’autant plus appréciable lorsque l’on travaille sur le plan de l’enseignement.

En revanche, sur le plan émotionnel, il faut bien avouer que l’on reste sur sa faim ; même si le rythme narratif et le regard du réalisateur parviennent à captiver l’attention du spectateur, le ressort dramatique du film ne nous transporte pas, ne nous investit pas comme on peut s’attendre à l’être lorsque l’on franchit les portes des salles obscures. Du coup, Crossing The Line aurait peut-être dû cibler un autre support que le 35mm, son sujet se prêtant sans doute davantage à un magazine d’information ; à juste titre puisque l’émission américaine 60 Minutes s’en est chargé en janvier 2007. Comme quoi je n’écris pas que des conneries...

Crossing The Line faisait partie de la programmation de la neuvième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2007).

UK | 2007 | Documentaire réalisé par Daniel Gordon | Avec James Dresnok, Charles Robert Jenkins et la voix de Christian Slater
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