Cut - Three... Extremes

Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir...

Soyons francs, ce n’est pas avec Cut, second segment tiré de la nouvelle anthologie Three... Extremes, que Park Chan-Wook va dissiper la controverse qui court à son sujet depuis Sympathy for Mr. Vengeance et surtout Old Boy. En effet, à l’instar de son diptyque sur la vengeance (en attendant le troisième volet intitulé Sympathy for Lady Vengeance prévu pour septembre), Cut se révèle une œuvre douloureuse, à la violence absurde mais surtout d’une noirceur extrême, qui indéniablement ne plaira pas à tous.

Réalisateur à succés de films d’horreur, Ryu est agressé par un inconnu au retour d’un tournage. A son réveil, il se retrouve séquestré sur son propre plateau en compagnie de sa femme - étrangement ligotée à son piano tel un insecte pris dans une toile d’araignée - et d’une fillette inconnue. Son ravisseur, un figurant ayant participé à tous les films de Ryu, se révèle un être tourmenté convaincu que derrière ses aspects d’homme honnête à qui tout a réussi, Ryu n’est pas celui qu’il prétend être. Afin de l’obliger à montrer son véritable visage, le ravisseur soumet le réalisateur à un choix cruel : soit ce dernier accepte de tuer la fillette, soit sa femme se fait trancher les doigts à coups de hache.

A la différence des segments de Fruit Chan et Takashi Miike, Cut n’est pas à proprement parler un film fantastique, mais repose au contraire sur un huis-clos réaliste et terrifiant, qui graduellement finit par dégénérer dans l’horreur absolue. Une histoire de créature s’en prenant à son créateur somme toute classique, qui permet à Park Chan-Wook de brasser des thèmes qui lui sont chers : la manipulation, le « dilemme » moral [1], mais qui surtout prolonge sa réflexion sur l’émergence de la part sombre de l’homme, ainsi que la perte d’humanité et de sens moral qui en découle, le conduisant invariablement aux pires extrémités.

Ainsi à l’image de Sympathy for Mr. Vengeance et Old Boy, on retrouve dans Cut des personnages, qu’ils soient bourreau ou victimes, pris dans un engrenage fatal qui peu à peu les déshumanise et les transforme inéluctablement. Que ce soit Ryu, réalisateur de films d’horreurs qui se retrouve projeté dans un de ses cauchemar pelliculé (il est enchaîné dans son propre plateau de tournage), soumis à une torture psychologique cruelle, obligé de « jouer » les méchants (on ne sait jamais vraiment si Ryu dit la vérité ou ment pour tenter de sauver sa femme) devant son ravisseur, ou bien sa femme torturée avant tout physiquement ; tous deux pour sauver leur vie, vont alors oublier toute valeur moral et commettre l’innommable. Un choix qui, pour Park Chan-Wook, ne va pas sans conséquences dramatiques. Car au final, le constat est forcement des plus pessimiste : en abandonnant toute humanité, les personnages finissent par se perdre eux-même et sont alors inéluctablement condamnés à se détruire ou à être détruits à leur tour.

En résumé, Cut est un moyen métrage cruel et violent, excessif et sans concession qui, indéniablement, que vous l’aimiez ou pas, ne vous laissera pas indifférent.

Présenté au 7ème festival du film asiatique de Deauville, le film sortira le 4 Mai prochain dans les salles. Disponible en DVD HK sous titré anglais chez Megastar.

[1« Cut parle d’un dilemme(...) j’ai voulu montrer comment un choix peut devenir l’un des moments les plus terrifiants et horribles de notre vie. » Source : dossier de presse du film.

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