D-War

Tous les 500 ans, une jeune femme vient au monde qui porte en elle le Yeo-ui-ju, une énergie libérée lorsqu’elle atteint l’âge de 20 ans à même de transformer un Imoogi, sorte de dragon embryonnaire à l’apparence d’un serpent géant, en véritable dragon. Le Yeo-ui-ju est l’objet d’un conflit séculaire entre les forces du bien et du mal, ces dernières incarnées par l’Imoogi Buraki, désireux de devenir un dragon maléfique. Pour protéger l’incarnation du Yeo-ui-ju, le ciel a dépêché sur Terre deux guerriers, Bochun et son disciple Haran, qui doivent assurer que l’énergie sera employée pour créer un dragon céleste. Ethan Kendrick est la réincarnation contemporaine de Haran ; statut révélé dans son enfance par un amateur d’art incarné par Robert Forster. Lorsque d’étranges évènements se produisent à Los Angeles, Ethan comprend que le retour de Buraki est imminent, et qu’il doit trouver et protéger la porteuse du Yeo-ui-ju, une dénommée Sarah, de son armée maléfique...

C’est en 2002 que l’ex-comédien Shim Hyung-rae annonce, en dépit de l’échec critique et commercial de son Yonggary (remake d’un célèbre film de 1967), la mise en chantier de D-War. Ambitieux, le réalisateur souhaite que son métrage rivalise avec les productions américaines en matière d’effets spéciaux. Une bobine démo montée en 2003, un tournage réalisé fin 2004, et une post-production étalée sur près de trois ans plus tard, D-War est officiellement le film le plus cher de l’histoire du cinéma coréen. Un statut de curiosité qui lui vaut de déplacer un nombre conséquent de spectateurs aussi bien en Corée qu’aux Etats-Unis, cible avouée du réalisateur puisque le film est tourné en anglais avec des acteurs américains. Le succès critique par contre, n’est toujours pas au rendez-vous de cet attendu film de monstres...

Nous parlions à l’occasion du Sukiyaki Western Django de Miike, des bienfaits d’une glocalisation pertinente, nourrie d’un historique d’interculturalité ; D-War a priori, apparaît comme un candidat évident à l’analyse de la propension du marché asiatique à cibler dès leur conception, ses productions aux goûts des spectateurs occidentaux. Tourné en anglais avec deux stars à l’envergure limitée, jouant de la présence au générique de deux seconds couteaux célèbres - Robert Forster et la merveilleuse Elisabeth Peña -, mettant en scène des créatures d’origine coréenne dans un décor symbolique des US of A, le tout sous la musique de Steve Transformers Jablonsky (un habitué des collaborations pluri-culturelles, ayant œuvré notamment sur Steamboy ou Metal Gear Solid 2)... D-War cible tellement l’autre côté de la planète, qu’il en viendrait presque sur le papier, à renier son identité nationale, pourtant essentielle au projet qui consiste à montrer les avancées de l’industrie coréenne en matière d’effets numériques. Dans les faits, le film conserve sa nationalité au travers de sa mythologie, éminemment asiatique et d’ailleurs présentée comme telle au travers de flash-backs qui eux, sont tournés en coréen.

Seulement voilà : autant le western spaghetti a toujours été le terrain d’un melting-pot cinématographique, très en marge du western américain, autant les kaiju teintés de films de sabre n’ont rien à puiser dans les cultures occidentales. Il ne suffit pas d’incarner au travers d’acteurs et de leur langues, des figures d’une culture pour les exporter, et c’est la première aberration qui ressort de la vision de D-War. Tourné avec des acteurs coréens et en coréen, la débauche visuelle de Shim Hyung-rae nous aurait très certainement paru attachante. Hors-contexte, elle délaisse son potentielle exotique pour s’affirmer comme parfaitement étrangère, et ce d’autant plus qu’elle souhaite tellement nous ressembler. Robert Forster a beau réciter avec passion des rudiments de mythologie coréenne, rien n’y fait.

En mettant ainsi en exergue sa singularité culturelle, D-War laisse son flanc parfaitement exposé pour que le spectateur décèle ses innombrables faiblesses : réalisation approximative, montage absurde qui fait disparaître des pans complets de l’histoire et de l’action, écriture caricaturale... Incapable de s’incarner en dehors de ses très belles créatures de synthèse, D-War ne repose donc que sur celles-ci, et devient donc, finalement, parfaitement artificiel, véhicule d’une culture virtualisée qui, plutôt que d’appartenir à tout le monde, n’appartient plus à personne. Restent bien entendu, des scènes véritablement spectaculaires, des Imoogi superbes et une confrontation finale de haute volée (même si l’on ne comprend pas bien dans quel univers parallèle elle se déroule) ; et le plus important finalement, est que l’on ne s’ennuie pas. Mais en offrant sa culture en pâture aux américains, Shim Hyung-rae accentue, en dépit de son indéniable générosité, la disparité de nos us et coutumes respectifs, infantilise son film et condamne ses acteurs au ridicule. Un coup d’épée dans l’eau donc, que ce D-War qui nous a fait rêver pendant des années ; ceci étant, à l’image des Power Rangers dont la pluri-culturalité produit le même effet, non pas de symbiose, mais justement de contradiction culturelle, ce film monstre ravira certainement mes enfants d’ici quelques années - ainsi que les amateurs de cinéma involontairement décalé.

Akatomy | 5.04.2008 | Corée du Sud

D-War est disponible en DVD et Blu-Ray, aussi bien en Corée qu’aux USA. Seuls les coréens par contre, nous gratifient d’un box superbe, comprenant deux disques et le storyboard du film étalé sur deux livres.

aka Dragon Wars | Corée du Sud | 2007 | Un film de Shim Hyung-rae | Avec Jason Behr, Amanda Brooks, Robert Forster, Craig Robinson, Aimee Garcia, Chris Mulkey, John Ales, Elizabeth Peña
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